Radoslaw Sikorski, diplomate venu de l'Est, à la place de Catherine Ashton?

Florence Autret

Florence Autret
La veste ouverte sur des bretelles à double boutonnage, un étui de portable accroché à la ceinture façon Wild West, Radoslaw Sikorski n'a pas l'allure policée des chefs de la diplomatie.
Pourtant, le ministre des Affaires étrangères polonais est l'un des candidats les plus sérieux pour succéder à Catherine Ashton en prenant la tête d'une diplomatie européenne naissante.
Les « europhiles » ouest-européens nous ont habitués à se montrer à la fois blasés quant aux mérites de l'intégration européenne et réticents à critiquer la machine bruxelloise, de peur d'être taxés d'euroscepticisme. Radoslaw Sikorski a une posture exactement inverse : il se montre à la fois reconnaissant et critique.
Il appartient à cette génération de dirigeants européens pour lesquels l'intégration européenne prend tout son sens avec la chute du Rideau de fer.
Leader des grèves estudiantines en 1981, il part au Royaume-Uni pour ce qui aurait dû n'être qu'un court séjour. La déclaration de la loi martiale à Varsovie en fait un réfugié politique pour dix ans.
L'arrivée probable d'une escouade de députés eurosceptiques dans les rangs du parlement en juin prochain ne l'alarme pas plus que cela.
Les Polonais ne sont-ils plus que 30 % à souhaiter troquer le zloty pour la monnaie unique, contre 80 % en 2009 ? La faute au laxisme des pays fondateurs de la monnaie unique qui ont violé « plus de 60 fois » le pacte de stabilité, réplique-t-il :
Et d'espérer l'entrée de son pays dans la zone euro « avant la fin de la décennie ».
Récemment, Radoslaw Sikorski a croisé le fer avec David Cameron qui s'en est pris aux immigrés polonais supposés abuser d'un État providence britannique plus généreux qu'en Pologne.
Quand le leader conservateur britannique brandit l'arme atomique d'un référendum sur une possible sortie du Royaume-Uni de l'Union, il préfère le « prendre au mot » et le penser capable de « convaincre ses citoyens de rester dans l'Union ».
À Berlin en novembre 2011, au plus fort de la crise, il avait été l'un des rares à trouver les mots pour exhorter à l'action une chancelière allemande paralysée par son opinion publique.
Face aux Russes, dont il qualifie les pressions sur Kiev d'« inacceptables », il prône une ligne à la fois ferme et pragmatique. Soucieux de ne pas compromettre des relations commerciales russo-polonaises en plein boom, Radoslaw Sikorski encourage en même temps la Commission à maintenir la pression sur Gazprom qui pousse ses intérêts en Europe au mépris des règles de concurrence.
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Officiellement, il n'est candidat à rien. Il préférerait être jugé sur pièces.
Florence Autret