Valls et le piège européen

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Michel Sapin et Wolfgang Schäuble. / Reuters
Michel Sapin et Wolfgang Schäuble. / Reuters (Crédits : Reuters)
Pour le gouvernement français, la période des examens a commencé. Début mai, Michel Sapin a rendu à Bruxelles sa copie, ce plan de réformes tant attendu par les autres élèves de la zone euro.

Dans deux semaines, quand la Commission rendra son avis sur le Pacte de compétitivité, il connaîtra sa note. Michel Sapin, arrivé dans la classe en cours de cycle, a joué les bons élèves et se dit confiant d'obtenir la « moyenne », autrement dit de convaincre Bruxelles que la France a tracé un chemin crédible pour passer sous la barre des 3% de déficit des finances publiques en 2015. Mais ce ne sera pas la fin de l'histoire. La suite est semée d'embûches. Son Premier ministre, Manuel Valls, va devoir solder le dilemme qui mine depuis des années la politique européenne de son pays et... sa crédibilité.

" Doit faire ses preuves "

Symptôme du malaise, le débat sur l'euro fort, que François Hollande voudrait ouvrir, comme Nicolas Sarkozy avait déjà cherché à le faire en 2008. Pour nombre de ses partenaires, à commencer par l'Allemagne et les Pays-Bas, l'euro fort est un tabou, en dépit du fait qu'il commence à sérieusement peser sur les résultats des groupes européens. Ils ont tort. Mais ils soupçonnent le président français de vouloir s'attaquer à l'indépendance de la Banque centrale européenne par une voie détournée. Le ton du débat à Paris, où la critique de Francfort, partie des marges de la classe politique, gagne progressivement son centre, n'est pas de nature à les rassurer.

Le manque de compétitivité de l'économie française rendrait opportun une dépréciation de sa monnaie. Elle ne l'est toutefois ni pour l'Allemagne, qui continue à empiler les excédents, ni même désormais pour des pays comme l'Espagne ou le Portugal, qui ont pratiqué la dévaluation interne. Même l'Italie tique : sa facture énergétique pâtirait d'une dépréciation de l'euro.

Nous voilà donc ramenés à la critique déjà formulée par l'économiste français Jean-Paul Fitoussi à l'époque du traité de Maastricht : une politique monétaire unique pour des économies dont la compétitivité diverge et dont les marchés restent fragmentés - ce qui est dramatiquement le cas pour l'énergie - peut s'avérer un poison. Cela étant, ce poison n'est pas incurable.

Le remède est connu

Pour « réparer » la zone euro, il faudrait non pas mutualiser la dette passée, mais commencer à émettre de la dette en commun (les fameux eurobonds), créer un budget commun, même limité, inventer une politique économique commune, développer de vraies infrastructures européennes et un socle commun de sécurité sociale.

Le problème est que la France, qui devrait tracer ce chemin si elle voulait être à la hauteur de son propre destin européen, doit au préalable solder son passé, autrement dit passer par la case des réformes, en rationalisant pour de bon sa dépense publique, en acceptant que l'État ne soit plus le dispensateur d'une manne miraculeuse mais plus modestement un instrument au service des entreprises et de la société. Ce renoncement à l'État tout puissant est un défi historique.

Les partenaires de la France sentent confusément qu'il y a là quelque chose qui résiste, non seulement dans le corps politique de la Grande Nation, mais dans son corps social. Et ils sont inquiets. Que les Néerlandais ou les Britanniques s'interrogent sur leur destin européen est certes un problème. Que les Français le fassent et cela devient une menace existentielle. Le triomphe annoncé du Front national ne va pas arranger les choses.

« La classe politique française est en train de prendre une ligne de plus en plus proche de celle des Britanniques ou des Néerlandais », expliquait récemment une source européenne haut placée.

Sa procrastination est en train de miner l'organisme européen de l'intérieur.

Si elle ne s'attaque pas à ce virus, au prix d'une rupture avec sa culture souverainiste, la Grande Nation en sortira plus petite. Et Manuel Valls tombera finalement dans le piège européen au bord duquel la crise nous a conduits, entraînant avec lui bien plus que son propre destin politique.

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Commentaires
a écrit le 21/05/2014 à 6:06 :
Oh il faut arrêter de manger même si c'est la république qui paye.
a écrit le 21/05/2014 à 6:05 :
Reste à Barcelone on ne va pas pleure, l'Europe c'est fini on n'en veut pas, ce sont des gens comme toi qui nous on poussé dans les bras du FN. au juste pourquoi tu transpire en permanence même quand il fait frais c'est de famille.
a écrit le 20/05/2014 à 17:48 :
L'Europe c'est fini.
L'axe franco-allemand n'existe pas, plus... donc bye bye l'europe
a écrit le 20/05/2014 à 17:36 :
Florence Autret, à vous lire, on dirait un petit soldat envoyé par Bruxelles.
Réponse de le 20/05/2014 à 21:57 :
Merkel a deja decore f Autret il y a quelques mois et c'est une ancienne du RPR
a écrit le 20/05/2014 à 17:25 :
l'euro , c'est la grande Allemagne qui s'enrichit et la FRANCE qui qui s'endette.....

Il ne faut pas compter sur les européens pour nous aider, les français commence à comprendre
a écrit le 20/05/2014 à 15:33 :
Ce qui est insupportable dans le débat politique français c'est que tout nos difiicultés les politiciens de droite de gauche les ramènent à l'europe et sur l'euro
Bientot ils diront que le rechauffement climatique c'est la faute à l'euro
C'est ca qui est à l'origine de la montée du FN quand meme les leaders de partis de gouvernement tienne un discours démagogique sur l'europe ca déteint beaucoup sur les electeurs
Ce n'est pas une entité supranationale qui nous impose quoi que ce soit c'est une loi votée par le parlement européen élus par les citoyens et les 28 ministres (par ex réunion des 28 ministres de l'agriculture)
Une fois que la directive est votée par le Parlement européen et par le conseil des ministres des 28 (qui joue le role du Sénat en quelque sorte) chaque Etat est responsable devant ses partenaires et non devant la Comission Européenne
Une fois que la directive est votée, la commission veille simplement que les décisions votées par le Parlement sont executées dans les délais comme un notaire. La Commission a juste un pouvoir de notaire pour veiller que les décisions votées et adotées sont bien appliquées
Ceux qui disent que c'est Bruxelles qui fabrique, vote et impose aux Etats des lois qui ne sont pas les leurs mentent !
Réponse de le 20/05/2014 à 19:37 :
Propagande européiste contre choc des réalités : PIB en baisse, chômage massif, montée des nationalismes, soutien aux néo nazis ukrainiens, soumission aux banksters de Goldman Sachs ... Les petits trolls de l'UE vont bientôt connaître le dur retour au concret (pôle emploi)
a écrit le 20/05/2014 à 15:20 :
Le rejet, c'est la politique de la gauche quand la droite est au gouvernement, et inversement, c'est celle des syndicats, des privilégiés, des assistés, des personnes accrochées à leurs avantages etc... Bref, chacun rejette tout. UPR ou non il faut que la France restructure son administration. Alors au travail au lieu d'avoir les discours des uns et des autres pour nous enfumer.
a écrit le 20/05/2014 à 14:15 :
Michel Sapin a rendu sa copie à Bruxelles...Hollande est chez Jamel, et Valls au " bon marché "....on s'occupe comme on peut...
a écrit le 20/05/2014 à 14:10 :
il y a deux manières: soit baisser les revenus sans le dire en dévaluant l'euro, soit baisser les dépenses publiques et on est obligé de le dire . Cette incapacité à dire la vérité est particulière aux Francais depuis que tout le sud de l'europe s'est mis à parle Franc( au sens ancien de vrai) .
a écrit le 20/05/2014 à 13:29 :
Madame AUTRET,

Reprendre le terme favori du SPIEGEL (Grande nation) pour qualifier la France est carrément débile. Jamais la France ne s'est autoproclamée sous ce nom de Grande nation. Ce terme stupide est sorti tout droit de l'imagination du SPIEGEL est est repris à l'envie par la presse allemande, mais n'a jamais été utilisé en France.

Je m'étonne que vous vous associez à une telle sottise.
Réponse de le 20/05/2014 à 16:28 :
Faux: la France s’est bien autoproclamé grande nation pendant la période napoléonienne. Une période sombre pour nos voisin d’outre-Rhin.
a écrit le 20/05/2014 à 13:10 :
On ne crée pas de croissance avec des dettes. Or depuis 40 années consécutives de déficit publique, la France est le pays le plus taxée, où il y a le plus de chômeurs, et le plus endetté. On ne change pas une équipe qui perd depuis longtemps. Chaque contrôle fiscal, c'est 10 voix de plus pour le FN ; résultats le 25 mai.
Réponse de le 20/05/2014 à 13:24 :
Odette, le Japon bat le record de dettes, quant au chômage, allez donc en Irak ou au Nigeria, vous verrez les "bienfaits" de la mondialisation heureuse de l'oncle Sam ! En revanche niveau corruption et nullité des "élites" , en France on doit être recordman au moins d'Europe !
Réponse de le 20/05/2014 à 13:24 :
Odette, le Japon bat le record de dettes, quant au chômage, allez donc en Irak ou au Nigeria, vous verrez les "bienfaits" de la mondialisation heureuse de l'oncle Sam ! En revanche niveau corruption et nullité des "élites" , en France on doit être recordman au moins d'Europe !
a écrit le 20/05/2014 à 10:39 :
Étonnant que l'article ne mentionne pas l’autre voie possible : Pratiquer la même politique économique que les autres pays de la zone euro : pratiquer la dévaluation interne ! Apparemment, il n'y a plus que la France qui fasse bande à part...
Réponse de le 20/05/2014 à 19:56 :
>Yves

Ben, Yves ouvrez la voie: baissez votre salaire de 40%

Par contre, ne comptez pas sur moi pour vous faire l'aumône quand vous aurez perdu femme, enfants et foyer: vous l'aurez bien cherché...
a écrit le 20/05/2014 à 10:09 :
j'en veux beaucoup aux journalistes qui ne parlent pas de la reconnaissance du vote BLANC!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Réponse de le 20/05/2014 à 10:17 :
Quel intérêt dans la mesure ou il n'est pas comptabilisé?
Encore de la poudre aux yeux.
Réponse de le 20/05/2014 à 10:21 :
Reconnu pour quoi faire ? Seule une abstention massive, plus de 75%, annulerait l'élection. Le vote blanc c'est un blanc seing des gogos pour que les eurocrates corrompus signent le traité transatlantique !
a écrit le 20/05/2014 à 10:06 :
La question que je me pose .... verra t' on des bulletins BLANCS dans les bureaux de votes ! Ce qui semble logique .... mais le monde politique est tellement tordu !!!!!!!!!!!!!!!!
Réponse de le 20/05/2014 à 14:16 :
vaut mieux pas !!
a écrit le 20/05/2014 à 10:00 :
C'est désaveu du monde politique en Europe qui s'annonce ! perso je vais voter blanc !
a écrit le 20/05/2014 à 9:53 :
que l'on soit pour contre l’Europe ... le vote BLANC est reconnu !!!!!!!!!!!!
Réponse de le 20/05/2014 à 15:28 :
on vous a répondu que NON ! maintenant, vous faites ce que vous voulez, évidemment...
a écrit le 20/05/2014 à 9:38 :
Dans les faits, aujourd'hui, la France comme tous les autres Etats membres de l'UE, ne sont plus que de simples provinces européennes dont les Présidents ont une fonction de Gouverneur ! Toutes les décisions majeures se prennent à Bruxelles et quand un Pays se rebiffe, il est très vite rappelé à l'ordre par une caste d'oligarques non élus au suffrage universel ! Hollande qui voulait faire plier la commission et Montebourg avec ses tentatives de nationalisation et son récent décret en savent quelque chose ! Dès lors on se demande à quoi servent nos instances nationales puisqu'elles sont pieds et poings liés par les traités qu'elles ont elles mêmes signées en s'asseyant parfois sur le vote
de leurs citoyens (cf référendum du 29mai 2005). Tout le reste n'est qu'enfumage !
Oui, le 25 mai, il faut aller voter pour changer cette Europe qui n'est aujourd'hui qu'un partchwork de langues, de cultures et de mentalités différentes. Mis à part l'euro, qui y a t-il vraiment de commun à ces 28 pays en matière de politique, d'économie, de fiscalité, de social, de défense etc... ? Rien, nada, walou !
Réponse de le 20/05/2014 à 9:42 :
Dans ce cas pourquoi appeler à voter ... pour fes valets de la troïka ?
a écrit le 20/05/2014 à 8:55 :
Oui l'europe est un piege et il faut en sortir le plus rapidement possible
Réponse de le 20/05/2014 à 9:55 :
... pas que l'on soit gagnant en cas de sortie de l’Europe ?
a écrit le 20/05/2014 à 8:23 :
en 2005 nous avions voté NON lors du referendum sur la constitution.

Ras le bol de devoir rendre des compte a l'UE.

Vive la france et vive l'UPR, mouvement qui rassemble des français de droite comme de gauche dans le seul et unique but de faire sortir la france de ce ''machin'' technocratique et de rétablir la démocratie dans NOTRE pays.

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