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Business - La Tribune Bordeaux

Chez Aquabio, 80 % des salariés sont aussi des associés (7/10)

Pierre Cheminade

Publié le 18 décembre 2019 à 08:41 - Mis à jour le 18 décembre 2019 à 09:20

Aquabio

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Experte du suivi de la qualité des milieux aquatiques, la société coopérative et participative (Scop) Aquabio, qui emploie 100 salariés, est en pleine croissance. Bruno Fontan, le dirigeant de ce bureau d'étude basé en Gironde, a choisi le statut coopératif en connaissance de cause en 2007. Douze ans plus tard, il partage son retour d'expérience.

Le domaine d'expertise d'Aquabio est une activité de niche. Ce bureau d'étude évalue et suit dans le temps la qualité des milieux naturels aquatiques et humides, essentiellement pour le compte des agences de l'eau et de services de l'Etat dans toute la France. Une activité portée notamment par la réglementation environnementale croissante au niveau national et européen. Le statut de société coopérative et participative (Scop) d'Aquabio n'est ni le fruit d'une transmission de l'entreprise à ses salariés, ni d'une reprise après une faillite mais bien d'une démarche assumée et réfléchie du chef d'entreprise et de son équipe. "Je suis plutôt très à gauche politiquement et j'avais déjà un fonctionnement très participatif avec notre équipe de huit personnes quand nous avons décidé collectivement de basculer en Scop", se souvient Bruno Fontan, le chef d'entreprise qui assume une motivation d'abord idéologique : "On crée de la richesse ensemble, il est normal qu'on la partage ensemble et qu'on apprenne à travailler dans la même direction".

Créée en 1998, l'entreprise, dont le siège est à Saint-Germain-du-Puch (Gironde), a adopté le statut de Scop en 2007 tout en optant pour le sociétariat obligatoire. Celui-ci se traduit par une part sociale de 20 € qui atteint quatre mois de salaire brut au bout de quatre ou cinq ans via un prélèvement mensuel de 2 %.

Favoriser la démocratie interne

Douze ans plus tard, la Scop a bien grandi en passant de huit à cent salariés et génère un chiffre d'affaires de 6 M€ en hausse de 20 % sur un an. 80 % des employés sont aujourd'hui associés au capital de l'entreprise et tous ont vocation à le devenir à l'issue d'une période de deux ans après la signature du CDI. De quoi poser de sérieuses questions en termes de fonctionnement et de structuration de la Scop comme le reconnaît Bruno Fontan :

"On ne fonctionne pas de la même manière à huit et à 80 associés, c'est évident ! Aujourd'hui nous avons deux assemblées générales par an pour acter les grandes décisions de l'entreprise et après, il y a des commissions et des délégations. Le dirigeant est élu pour six ans. Tout cela suppose beaucoup de pédagogie, d'explication des décisions qui peuvent parfois être clivantes. Ce n'est pas toujours facile à gérer à 80 et demain à 100. Certains voient ces moments de concertation comme un handicap, moi je pense que c'est une manière d'associer tout le monde en amont à la direction de l'entreprise. On ne perd pas forcément du temps mais on gagne en termes d'adhésion des salariés au projet commun."

Les salariés d'Aquabio opèrent dans toute la France (crédits : Aquabio)

Et si le principe d'un associé = une voix prévaut lors de l'Assemblée générale, ce n'est pas le cas dans le fonctionnement quotidien de l'entreprise qui reste soumis à une organisation hiérarchique, ce qui n'est pas toujours évident à gérer. "L'aspect management est l'un des plus complexes. On se cherche, on expérimente, ce n'est pas évident d'autant qu'on a quasiment que des profils disposant d'un BAC+5 et qui ont du répondant intellectuel et des avis tout à fait fondés. D'autant que dans une Scop on apprend à dire ce qu'on pense et à assumer ses positions", sourit Bruno Fontan qui considère que dans une Scop la démocratie ne se résume pas à l'assemblée générale : "On essaye de favoriser la démocratie interne au maximum. Tout cela suppose une formation assez poussée et un suivi dans le temps avec du tutorat par exemple."

Un élément de la marque employeur

Et dans l'esprit de Bruno Fontan, ce statut coopératif participe aussi de la marque employeur auprès des candidats comme des salariés :

"Chez Aquabio on est sur des métiers rares qui demandent au minimum deux ans de formation, donc le sociétariat suit aussi une logique de fidélisation avec un vrai intérêt à s'inscrire dans la durée. Mais paradoxalement, la Scop avec son échelle des salaires beaucoup plus resserrées qu'ailleurs peut aussi être un frein auprès de certains profils, notamment les plus expérimentés."

La logique de la Scop permet en effet une distribution plus équilibrée des bénéfices engrangés par l'entreprise. La clé de répartition est décidée en assemblée générale. Chez Aquabio cela donne les ratios suivant : "Les profits vont dans les réserves, 25 % en moyenne, en dividendes aux associés, 10 % en moyenne, et en participation à l'ensemble des salariés, qu'ils soient associés ou pas."

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Un socle de garanties pour l'emploi

Enfin, Bruno Fontan voit aussi dans la Scop une forme de sécurité supplémentaire pour la bonne tenue de l'entreprise. Outre l'importance des sommes mises en réserves, l'approche collective des questions stratégiques a des vertus, quitte à y passer plus de temps : "La Scop sous-tend une transparence importante sur la trajectoire de l'entreprise, sa stratégie et son état de santé globale. Donc quand il y a des difficultés, on ne peut pas les dissimuler et on est obligés de les aborder et de trouver une solution. La démocratie en entreprise n'est pas un miracle mais on s'interroge beaucoup collectivement sur ce que doit faire ou pas faire notre entreprise"

Une logique qui plaide aussi en faveur du maintien des emplois sur le territoire :

"A mon sens, les Scop sont une sécurité pour l'emploi et les élus locaux devraient davantage s'y intéresser. La Scop n'est pas une garantie de réussite mais les salariés-associés ne vont pas décider de se délocaliser ou de se licencier eux-mêmes. Donc, en termes d'investissement public, un euro de subvention ou d'investissement dans le mouvement coopératif est un euro particulièrement utile pour l'économie réelle et locale."

////////////////////////

Cet article s'intègre dans le dossier intitulé "Les PME de Nouvelle-Aquitaine misent sur le modèle coopératif", paru dans l'hebdomadaire de La Tribune du 29 novembre 2019.

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