LA TRIBUNE - Plus de huit Français sur dix achètent sur internet mais moins d'un petit commerce sur trois dispose d'un site internet. Sans aller jusqu'au e-commerce, ils sont quand même nombreux à disposer d'une présence en ligne sur tel ou tel réseau social. Est-ce qu'on part vraiment de zéro ?
DAVID EYMÉ - Oui et non, ça dépend énormément des secteurs d'activité et de la génération du commerçant. Les restaurateurs s'y sont beaucoup mis à la fois par choix et par contrainte. Mais concrètement, et sans même parler de site marchand, ce que l'on a constaté à la sortie du premier confinement, c'est que beaucoup de commerçants n'avaient même pas le début d'un fichier clients. Ils étaient donc dans l'incapacité de contacter leur propre clientèle, y compris pour les prévenir, par exemple, des possibilités de click and collect (commande en ligne, retrait en magasin). Et malheureusement, six mois plus tard, avec ce reconfinement, on en est exactement au même point avec les mêmes conséquences néfastes.
LA TRIBUNE - Pour y remédier, les aides financières et techniques mais aussi les plateformes de vente en ligne locales ou régionales se multiplient. Comment analysez-vous cette effervescence ?
DE - Tout le monde s'affole un petit peu et fait des annonces parce qu'il y a urgence avec le reconfinement ! Mais le problème c'est que ça ne répond pas forcément aux vrais besoins des commerçants. Les marketplaces [place de marché en ligne] c'est très bien mais ça pose beaucoup d'autres problèmes, notamment de fracture numérique. Il y a des commerçants qui sont très avancés sur leur présence en ligne - offre, commande, paiement, livraison, etc. - et il y en a d'autres pour qui c'est un sujet encore très compliqué pour de multiples raisons. Ce sont les commerçants de cette deuxième catégorie qui sont évidemment les plus touchés par le reconfinement parce que quand leur boutique ferme, il ne se passe plus rien du tout. Et le risque est de voir ces commerçants, qui en ont le plus besoin, restés esseulés face à ces plateformes. En résumé, la marketplace n'est qu'un support numérique et, sans accompagnement au cas par cas ou presque, elle risque de ne pas servir à grande chose.