"La première chose qu'ils m'ont demandé quand je suis arrivé à Genève c'est : allez-vous laisser nos données en Suisse ou les transférer en France ?", raconte à La Tribune Nicolas Leroy-Fleuriot, PDG de Cheops Technology (650 salariés, 112 millions d'euros de CA). Ce spécialiste du cloud (nuage pour informatique dématérialisée -NDLR) basé à Canéjan (Gironde) vient de racheter la société Suisse DFI Service (47 salariés, 9,2 millions d'euros de CA), sa première opération de croissance externe à l'étranger. En France, en Suisse, comme ailleurs en Europe, ce sujet éminemment sensible de la souveraineté des hébergeurs en cloud pour les données personnelles, économiques ou stratégiques se pose avec toujours plus d'insistance. "Aucun transfert de données à caractère personnel ne peut être réalisé en dehors de l'Union européenne", indique ainsi un arrêté pris par le ministère de la Santé le 9 octobre 2020 à propos de la plateforme Health Data Hub, hébergée par Mircrosoft mais qui devrait changer d'hébergeur d'ici deux ans comme Olivier Véran vient de s'y engager.
Les usages du cloud par les entreprises et administrations se sont en effet fortement intensifiés dans le contexte de la crise sanitaire liée à lutte contre le Covid-19. A tel point que la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) vient de diffuser une note sur le sujet pointant les risques liés aux prestataires gratuits et/ou extra-européens.
"Ce que nous dit la DGSI est très clair", considère Nicolas Leroy-Fleuriot : "Si vous hébergezvos données chez un opérateur américain ou chinois alors il n'y a aucune garantie qu'elles ne seront pas consultées et exploitées, a minima sur un plan strictement commercial et marketing. En réalité, il y a même une certitude qu'elles le seront ! Or, aujourd'hui, les données c'est le patrimoine d'une entreprise !"
Pour se prémunir de ces risques, encore faut-il disposer en France et en Europe du savoir-faire technologique capable de répondre à ces impératifs politiques et stratégiques. Mais pour le CEO de Cheops Technology, qui dispose notamment de la certification "hébergeur de santé" depuis 2013 renouvelée en 2018, les compétences sont bien là.