Foncier, innovation, ESS : Bordeaux Métropole adopte sa stratégie économique
Pierre Cheminade
Stéphane Delpeyrat, vice-président en charge de l'économie, de l'emploi et de l'enseignement supérieur de Bordeaux Métropole, ici le 18 octobre, a présenté le Schéma de développement économique métropolitain ce vendredi 26 novembre.
Le conseil de Bordeaux Métropole a adopté ce 26 novembre le Schéma de développement économique métropolitain à la quasi-unanimité. Longuement discutée avec le monde économique, cette feuille de route vise "une attractivité équitable" en mettant l'accent sur le soutien à l'emploi, l'économie de la transition et le rééquilibrage des territoires. 350 millions d'euros sont fléchés sur ces sujets.
"L'objectif c'est d'être concret et proche des besoins des entreprises avec 22 fiches actions. 90 % des propositions qui figurent dans ces fiches actions sont issues des débats que nous avons eus avec les entreprises. Autrement dit, ce sont les entreprises elles-mêmes qui nous ont aidé à construire cette feuille de route", a insisté Stéphane Delpeyrat, le vice-président en charge de l'économie, de l'emploi et de l'enseignement supérieur, avant de poursuivre :"Les entreprises nous ont dit "soyez lisibles et soyez simples !" Nous serons lisibles avec ces fiches actions et nous serons simples, je l'espère, avec un numéro de téléphone unique pour les entreprises, un portail numérique dédié et une mise à disposition des données en open-data sur le foncier économique disponible ou encore la mobilité."
Dans le sillage de cette offre revue de services aux entreprises, la Métropole veut appuyer sur l'enjeu du foncier et de l'immobilier, qui se raréfie et se renchérit. "En cohérence avec notre objectif de zéro artificialisation nette des sols, l'accent sera mis sur la requalification du foncier économique et la rénovation de ces zones d'activité économique", a assuré le vice-président, qui veut parallèlement "faire émerger les filières de demain de la transition écologique et environnementale telles que les nouveaux matériaux, l'hydrogène, les énergies renouvelables, etc."
Le soutien aux "locomotives du territoire" telles que la filière aéronautique et spatiale sera poursuivi tandis que d'autres filières jugées prometteuses et nécessaires à la transition écologique seront également encouragées. C'est le cas de la santé et de l'e-santé, de l'hydrogène, des énergies renouvelables, de l'économie circulaire et du traitement des déchets, de l'économie agroalimentaire et de la filière du dernier kilomètre.
Trop souvent absents de ce type de documents stratégiques, le commerce et l'artisanat, qui pèseraient 25 % de l'emploi du territoire, selon la Métropole, sont mentionnés. Le schéma prévoit d'amplifier les actions d'accompagnement face aux changements des modes de consommation en accentuant notamment la transition numérique et écologique. Une enveloppe de 20 millions d'euros est prévue pour accompagner 3.000 entreprises. Une "maison de la numérisation des commerçants" est notamment à l'étude avec la Région et la Ronde des Quartiers.
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La Garonne fera, elle-aussi, l'objet d'attentions plus marquées tandis que le marché d'intérêt national de Bordeaux Brienne devra devenir la pièce centrale d'une métropole bordelaise visant la position de "capitale agroalimentaire et gastronomique de la première région agricole d'Europe".
Stéphane Delpeyrat défend également une stratégie de développement économique plus équilibrée géographiquement "avec notamment la 3e Opération d'intérêt métropolitain (OIM) sur la rive droite" mais aussi avec un dialogue plus approfondi avec des territoires comme Libourne, Langon ou le Médoc, piloté par Invest in Bordeaux. Exit "Magnetic Bordeaux" au profit d'une "nouvelle démarche de marketing territorial plus responsable" qui reste à définir. Une conférence économique annuelle sera organisée "avec les partenaires économiques locaux".
Enfin, alors que Bordeaux a décroché l'accueil du Forum mondial de l'économie sociale et solidaire (ESS), cette filière fait désormais partie intégrante de la feuille de route économique en étant reconnue comme un "moteur de l'économie locale". Bordeaux Métropole acte notamment la création d'une foncière solidaire dédiée à l'ESS sous la forme d'une société coopérative d'intérêt collectif (Scic) à laquelle elle apporte 45.000 euros sur un budget total de 130.000 euros. Cette foncière devrait avoir des missions classiques mais aussi des fonctions d'accompagnement et de conseil.
Prochaines étapes à la Métropole : la présentation en 2022 d'une feuille de route dédiée à l'ESS et d'une autre dédiée au tourisme.
Des moyens financiers et humains
L'adoption du schéma de développement économique métropolitain s'accompagne de moyens financiers et humains dont :
40 millions d'euros sur l'action foncière pour financer des acquisitions foncières et immobilières
15 millions d'euros pour les projets de mutation et de rénovation des zones d'activité existantes
20 millions d'euros sur le fonds transition pour accompagner 3.000 entreprises
15 millions d'euros pour des projets de développement du territoire girondin hors métropole
260 millions d'euros dédiés aux trois OIM (Bordeaux Aéroparc, BordeauxInno Campuset la 3e OIM prévue sur la rive droite).
Huit agents supplémentaires seront dédiés à l'action économique et à l'économie de proximité
Ce qu'en dit l'opposition
Pour le groupe Métropole Commune(s), à droite et au centre, Patrick Bobet salue une feuille de route "fort riche, diversifiée et, somme toute, assez complète [...] et des objectifs ambitieux qui vont dans le bon sens". S'il salue la création d'une foncière solidaire, il s'interroge sur "la place et le poids réels de l'économie sociale et solidaire dans l'économie locale puisqu'on entend parfois 10 %, parfois 2 %" et rappelle que "l'attractivité du territoire sur laquelle repose ce nouveau schéma doit s'entretenir sans relâche".
De son côté, le groupe Renouveau Bordeaux Métropole salue aussi le document avec un bémol sur l'action foncière : " Nous pensons que Bordeaux Métropole doit se doter d'un outil de foncière économique unique répondant à la diversité des entreprises de notre territoire et pas seulement une foncière sur l'ESS. Cela est primordial pour nos PME et TPE", a insisté Thomas Cazenave. Le seul vote contre est venu de l'extrême-gauche avec Philippe Poutou : "Ce schéma va plaire aux entreprises, entreprises qui n'ont pas grand-chose à faire de l'intérêt général. Nous désapprouvons cette logique libérale."