LA TRIBUNE - Quel est votre degré d'inquiétude quant à la capacité de résistance des entreprises de l'industrie et de la métallurgie ?
Eric TRAPPIER - Le quoi qu'il en coûte nous a permis de traverser la crise du Covid sans trop de casse et on pensait pouvoir redémarrer quand, patatras, une deuxième crise tout aussi sérieuse, et peut-être encore plus dramatique dans son essence, nous tombe dessus avec le retour de la guerre en Europe. Cette nouvelle crise touche un tissu industriel qui est déjà fragilisé même s'il était reparti de l'avant dans un mouvement de relance, de numérisation et de modernisation. Dans ce cadre, le remboursement des prêts garantis par l'Etat (PGE) et la hausse de la production entraîne un besoin supplémentaire de fonds de roulement alors même que l'inflation augmente le coût de l'argent et que le tarif de l'énergie explose. La flambée des prix de l'énergie place les entreprises industrielles face à des surcoûts impossibles à surmonter. C'est le sujet numéro un de préoccupation de nos PME partout en France et les remontées du terrain traduisent beaucoup d'inquiétude des entreprises.
Qu'en est-il pour les sous-traitants tout au long de la supply chain aéronautique ?
Nous avons des outils pour nous serrer les coudes et nous soutenir. On a conservé la watch tower, la cellule de vigilance, créée pendant le Covid pour vérifier qu'il n'y a pas d'écroulement de la chaîne de sous-traitant. Par ailleurs, le fonds de soutien de près d'un milliard d'euros mis sur pied pendant le Covid nous permet aussi de pouvoir mobiliser au total deux milliards d'euros pour soutenir les entreprises qui ont le plus de difficulté, y compris par un apport en fonds propres si nécessaire. L'aéronautique est donc bien outillée mais ça peut être plus difficile pour d'autres filières industrielles. En réalité, il y a des pans entiers de l'industrie qui pourraient être menacés, il faut un bouclier tarifaire pour les protéger sinon il y a un vrai risque de casser la dynamique de réindustrialisation.