SCAF : le nouveau coup de pression du président de Dassault Aviation

Le temps passe et le SCAF ne décolle toujours pas. Bien au contraire. Eric Trappier a profité d’un déplacement en Gironde, pour mettre à nouveau les points sur les i dans le dossier sensible du Système de combat aérien du futur. Le PDG de Dassault Aviation ne cache plus son agacement vis-à-vis des négociations qui patinent depuis des mois avec Airbus : « A un moment donné, il faut savoir dire si on arrive à démarrer ou si on n’y arrive pas ! ». Quitte à faire cavalier seul ?
Eric Trappier, mardi 28 juin, à Mérignac, en Gironde.
Eric Trappier, mardi 28 juin, à Mérignac, en Gironde. (Crédits : PC / La Tribune)

« La France doit préserver ses compétences critiques dans le domaine de l'aéronautique et de l'aéronautique de défense pour que, demain, nos pilotes bénéficient des meilleurs équipements au meilleur prix », a rappelé le patron de Dassault Aviation, Eric Trappier, ce mardi 28 juin au cours d'une cérémonie d'hommage aux 79 martyrs de l'aéronautique de la Société nationale des constructions aéronautiques du Sud Ouest pendant la Seconde guerre mondiale, à Mérignac, en Gironde. Des mots qui raisonnent de manière très particulière dans le contexte géopolitique actuel.

« Faire tout seul, ce n'est pas une honte »

Le président de Dassault Aviation, qui n'avait pas assisté à cette cérémonie depuis 2013, en est pleinement conscient et en a d'ailleurs profité pour adresser quelques messages à Airbus ainsi qu'aux gouvernements français, allemand et espagnol. Les deux constructeurs coopèrent depuis trois ans sur le projet SCAF, le système de combat aérien du futur qui combine un système de plateformes en réseau et un futur avion du combat. Mais après un réchauffement en début d'année, les discussions semblent actuellement au point mort menaçant de reporter le projet aux années 2050.

Lire aussi 4 mnSCAF : "On est parti plutôt sur les années 2050" (Eric Trappier, Dassault Aviation)

Une situation indécise qui dure et qui a le don d'agacer Eric Trappier :

« À un moment donné, il faut savoir dire si on arrive à démarrer ou si on n'y arrive pas ! [...] La coopération ça peut être mieux si c'est efficace, mais si c'est pour coûter plus cher et être moins efficace alors faire tout seul ce n'est pas une honte ! »

Lors du Paris Air Forum, début juin, le patron de Dassault Aviation s'était montré un peu plus diplomate, insistant sur le risque de gros retards plutôt que sur celui d'un abandon. Mais visiblement les discussions du mois de juin n'ont pas été très fructueuse le poussant à se montrer plus direct. S'il ne s'agit pas encore d'un ultimatum posé par Dassault Aviation, ça commence à y ressembler puisque pour Eric Trappier une décision doit intervenir avant la fin de l'année 2022. Et, dans son esprit, le plus tôt sera le mieux.

« Nous avons un plan B »

Sur le fond, c'est toujours autour du partage des tâches sur le sujet très convoité des commandes de vol que ça coince entre les deux constructeurs : « On s'est rapproché avec Airbus puis là, sur le sujet des commandes de vol, on s'éloigne un peu. Honnêtement, Dassault Aviation fait des avions et fait les commandes de vol qui vont avec, ce sont des bijoux de famille. On est pour une coopération efficace, pour partager le travail mais on ne souhaite pas co-développer, c'est-à-dire dupliquer des centres d'expertise en France, en Allemagne et en Espagne. »

Fin négociateur, le patron de Dassault Aviation souffle le chaud et le froid, prenant bien soin de ne fermer aucune porte tout en campant sur ses positions : « On n'est pas forcément très loin d'un accord avec Airbus mais, oui, nous revendiquons d'être sur le poste de commandement et de contrôle sur ce sujet du SCAF. Dassault Aviation est sous-traitant d'Airbus sur l'Eurodrone, je ne vois pas pourquoi Airbus ne serait pas notre sous-traitant sur le SCAF.» Et Eric Trappier de conclure, un sourire en coin : « Le plan A c'est toujours la coopération avec les Allemands et les Espagnols. Mais un industriel a toujours un plan B, nous avons un plan B... »

Lire aussi 3 mnLe moteur de l'Eurodrone pétarade dans les instances européennes

Une économie de guerre


  • Alors que, face à la guerre en Ukraine, Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, appelle l'industrie de défense française à se placer dans une "économie de guerre", Eric Trappier se montre rassurant tout en appelant les pouvoirs publics à anticiper : "Le ministère des Armées devra se positionner sur les budgets militaires. Nous on soutient nos forces armées et s'il y a besoin de plus de matériels on répondra bien sûr favorablement [...] En réalité, le rythme du réarmement doit démarrer bien avant le début d'un conflit sinon on n'y arrive pas parce que pour fabriquer un avion, il faut trois ans, c'est incompressible ! Il y a encore des Rafale qui seront livrés l'année prochaine aux forces françaises puis à l'export." Il ajoute que Dassault Aviation est train de passer à une cadence de production de deux Rafale par mois courant 2022, contre un seul jusqu'à présent, et se prépare à passer à trois d'ici un an.

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Commentaires 14
à écrit le 29/06/2022 à 23:06
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Le SCAF est un projet politique pour une industrie de la défense européenne tant chéri par notre Président. Renoncer au SCAF lui reviendrait à avouer son échec. Je paris qu'il préfera poursuivre dans l'erreur plutôt que de ce remettre en question. Po...

à écrit le 29/06/2022 à 15:18
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L'allemagne fait secession dans le spatial et ambitionne de concurrencer directement Vega et Ariane 6 avec leur propre lanceurs et base de lancement, au mépris de tous les accords déjà passés avec la France. Malgré les accords passés avec la France ...

à écrit le 29/06/2022 à 12:51
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100 milliards de dette en plus pour développer un système de combat aérien qui sera prêt en 2040 voire 2050... Est sérieux de pousser pour ça en ce moment ? Il faut de l'armement pour cette décennie et investir dans l'économie, l'éducation, la tran...

à écrit le 29/06/2022 à 11:24
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C'est peut-être une bénédiction déguisée. Espérons que la France acceptera les leçons de l'industrie spatiale américaine. Arrêtez de dépendre des autres pays et apprenez à développer et construire en France. Spacex Falcon 9 ne nécessite pas de piè...

à écrit le 29/06/2022 à 11:07
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Au diable l'avarice, le SCAF se r'biffe !

le 29/06/2022 à 13:35
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+ 1.. bravo, ça valait le titre de l'article.

à écrit le 29/06/2022 à 10:46
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Compte tenu de la situation en France, c'est déjà un miracle que le Rafale fonctionne. Maintenant, à l'impossible nul n'est tenu. Ce n'est pas à Dassault de payer pour les incompétences des uns et des autres. Dassault ne devrait pas trop s'eng...

à écrit le 29/06/2022 à 9:47
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Faut les mettre au pied du mur soit on y va maintenant soit dassault jette l éponge et qu Airbus ( sous influence germanique) se demerde …

à écrit le 29/06/2022 à 9:47
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Faut les mettre au pied du mur soit ont va maintenant soit dassault jette l éponge et qu Airbus ( sous influence germanique) se demerde …

à écrit le 29/06/2022 à 9:19
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Qui va créer le Dacia de l'aéronautique ?

à écrit le 29/06/2022 à 9:06
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Cela risque de se passer comme avec les sous-marins australiens. Une fois qu'Airbus aura récupéré la technologie Dassault, elle pourra choisir d'autres partenaires. Dassault a démontré son savoir-faire et a toutes les capacités à continuer seul le dé...

le 29/06/2022 à 11:50
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Il est temps d'arrêter cette mascarade. L'Allemagne n'est pas un partenaire fiable ! On l'a déjà vu sur d'autres programmes dont MGCS où ils ont forcé l'ajout de Rheinmetall: la France s'ait aplatie sur l'autel fantasmé de l'europe de la défense: au ...

le 29/06/2022 à 11:52
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Il est temps d'arrêter cette mascarade. L'Allemagne n'est pas un partenaire fiable ! On l'a déjà vu sur d'autres programmes dont MGCS où ils ont forcé l'ajout de Rheinmetall: la France s'ait aplatie sur l'autel fantasmé de l'europe de la défense: au ...

le 29/06/2022 à 18:07
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Travaillons avec l IItalie et l Espagne c est plus sur qu avec les Allemands Les italiens sont deja bien dans le Spatiale..

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