La chitine et le chitosane se posent en alternative au plastique et à certains produits chimiques. La startup Alpha Chitin débute l'export de ces molécules bio-sourcés mais n'a pas encore l'autorisation de les vendre en France sur certains marchés. Après avoir levé 4,5 millions d'euros, elle en recherche dix supplémentaires cette année pour financer un projet qui relève, selon elle, de la souveraineté industrielle. L'usine est installée à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques.En déambulant dans son usine inaugurée il y a tout juste un an, Philippe Crochard, président d'Alpha Chitin, a du mal à cacher son pessimisme, son exaspération même :
« Nous avons fait le choix de nous implanter en France pour que l'Europe ait la souveraineté industrielle et l'autonomie stratégique sur deux biomolécules du futur, la chitine et le chitosane, produite quasi-exclusivement en Asie. Or, alors que nous pouvons débuter la vente à l'export, où la demande est en forte croissance, nous attendons encore l'autorisation de commercialisation en France sur certains marchés, espérée cette année. L'an dernier, nous avons dû détruire notre production...,souligne-t-il.Pis, comme nous ne réalisons pas encore de chiffre d'affaires, nous ne pouvons pas prétendre à toutes les aides », avoue cet entrepreneur multirécidiviste.
En créant il y a dix ans avec son associé Jérome Delay cette startup de chimie verte et biosourcée, son 22e projet dans une multitude de secteurs et de pays (jeu, informatique, restauration...), il était loin de soupçonner que le chemin serait aussi long. Et sinueux. La Région Nouvelle-Aquitaine, via son fonds Naco, et plusieurs investisseurs privés viennent certes de leur confier 4,5 millions d'euros. « Mais nous avons besoin d'une dizaine de millions d'euros supplémentaires dès cette année, qui sera critique. Lever des fonds en tant que startup industrielle reste très difficile en Europe. Nous cochons pourtant toutes les cases », pointe le dirigeant, auparavant installé en Asie et rentré avec ce projet de chimie verte dans sa valise.
Une alternative aux produits chimiques
Les deux associés ne remettent aucunement en cause leur choix, fin 2019, de privilégier le bassin de Lacq à leur région d'origine, l'Isère, et la France à d'autres pays, pour créer leur pilote industriel. La chitine et sa version raffinée, le chitosane, qui appartiennent tous deux à la même famille que les sucres ou la cellulose, sont promis à un bel avenir. Elles figurent sur la liste des vingt biomolécules les plus prometteuses réalisée par l'Union Européenne, qui considère Alpha Chitin « innovante et stratégique ».
Annelot Huijgen, à Lacq (Pyrénées-Atlantiques)