INTERVIEW. « À Pau, il n'y aura pas la LGV et la situation de l'aéroport est un vrai réenclavement du territoire ! », alerte Nicolas Patriarche, le président du Syndicat mixte de l'aéroport de Pau Pyrénées dont le trafic s'effondre. Dénonçant « la concurrence faussée » de l'aéroport de Tarbes-Lourdes, l'élu tance également Air'Py, son propre délégataire, et demande à l'Etat de prendre ses responsabilités alors que le Béarn se trouve à « un moment capital et déterminant pour son avenir ».LA TRIBUNE - Avec moins de 350.000 voyageurs en 2023, le trafic de l'aéroport de Pau est pour la première fois de son histoire significativement inférieur à celui de Tarbes-Lourdes qui atteint 600.000 passagers. Cette trajectoire est-elle préoccupante ?
Nicolas PATRIARCHE - Oui, c'est un sujet qui fait beaucoup réagir sur le territoire et qui est le fruit de plusieurs facteurs conjugués. La concurrence de l'aéroport de Tarbes qui bénéficie depuis 2022 d'une OSP (obligation de service public) vers Paris-Orly soutenue financièrement par l'Etat à hauteur de 1,5 million d'euros par an. Parallèlement, notre clientèle très typée affaires n'a jamais retrouvé les niveaux d'avant Covid avec l'essor du télétravail et des visioconférences tandis qu'Air France a drastiquement réduit son offre. Nous sommes passés de 32 vols hebdomadaires vers Orly à seulement un vol quotidien opéré par Transavia en fin de journée...
Air France a-t-elle abandonné l'aéroport de Pau ?
Air France ne s'est pas retirée mais a très fortement réduit la voilure. Ils nous disent qu'ils perdent de l'argent car la concurrence de Volotea sur le Tarbes-Orly est trop forte avec des prix plus bas et des horaires plus adaptés. Nous avons nous-même observé une évaporation de près d'un tiers de notre clientèle vers Tarbes qui n'est qu'à 35 minutes de voiture ! Mais quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage et nous avons vu une dégradation continue des conditions d'exploitation du Pau-Orly par Air France puis Transavia. Et je crains que dans quelques semaines, il n'y ait encore une baisse de l'offre, puis une fin programmée de ce seul vol quotidien.
Quel est l'impact de cette forte baisse du trafic sur les comptes de l'aéroport ?
Le délégataire Air'Py [filiale de la CCI Pau Béarn et d'Egis, NDLR] a réduit ses effectifs, notamment en externalisant la sécurité, pour passer de 130 salariés avant le Covid à 85 aujourd'hui. Mais dans un aéroport il y a des charges fixes et l'équilibre économique de la délégation de service public est complètement chamboulé. Avec 600.000 voyageurs, on atteignait à peu près le petit équilibre, mais avec 350.000 c'est impossible. Ce qui veut dire qu'à un moment donné les collectivités locales devront mettre plus d'argent pour transporter moins de passagers... Au total, en 2023 on était encore à l'équilibre grâce à de la trésorerie mais les prévisions pour 2024, 2025 et 2026 sont très sombres. L'impact le plus dur se fera sentir cette année : avec la baisse des fréquences vers Lyon, le trafic 2024 sera encore inférieur à celui de 2023.
Propos recueillis par Pierre Cheminade avec Annelot Huijgen