Anxieuses au plan national, les ETI innovent en Nouvelle-Aquitaine
Pierre Cheminade
Dans un contexte économique et politique jugé anxiogène, les ETI de Nouvelle-Aquitaine misent sur la formation professionnelle et l'électricité renouvelable.
AD Industries
Anxieuses au plan national, les ETI innovent en Nouvelle-Aquitaine
Les arbitrages du budget pour 2025 sont sur toutes les lèvres des dirigeants d'entreprises de taille intermédiaire qui sont nombreux à freiner leurs investissements. En Nouvelle-Aquitaine, ces industriels misent sur l'achat groupé d'électricité et la formation de leurs salariés pour préparer l'avenir.
« Le contexte est hyper-compliqué et l'anxiété est réelle face au manque de visibilité politique. Le résultat c'est une baisse des investissements et un cercle vicieux qui se met en place », alerte Marc Prikazsky, le président du club des ETI de Nouvelle-Aquitaine et patron du laboratoire Ceva Santé Animale. C'est bien la séquence budgétaire qui s'ouvrira le 10 octobre avec la mise en musique de 60 milliards d'euros d'économies qui préoccupe ces entreprises de taille intermédiaire (250 à 5.000 salariés) qui sont à 75 % installées en-dehors des grandes métropoles. « Nous sommes les grosses boîtes du coin et nous avons un impact économique majeur pour les territoires où nous sommes implantés », appuie Marc Prikazsky, à la tête d'une association qui fédère 120 entreprises régionales employant 100.000 salariés. Et cette incertitude politique qui dure depuis le mois de juin a poussé 33 % des dirigeants d'ETI à suspendre leurs investissements et 38 % à les réduire. Autant dire que le coup de frein actuel pourrait laisser des traces aux quatre coins du territoire.
« Les responsables politiques sont crispés, chacun sur ses positions, alors que les Français attendent qu'ils trouvent des solutions ensemble, se désole Marc Prikazsky pour qui il est impératif de ne pas augmenter les impôts de production, de mettre un coup d'accélérateur sur la simplification des procédures et de décentraliser au niveau régional l'entièreté de la politique de développement économique. « Les ETI restent trop méconnues de nos élus alors que ce sont des entreprises familiales solides, peu dépendantes de la commande publique et bien souvent leader de leur marché », regrette également Jean-Paul Calès, le fondateur de Cap Ingelec.
Énergies renouvelables et formation
Mais sans attendre le verdict des débats budgétaires, le club des ETI mène deux fronts deux initiatives originales en circuit-court. La première c'est l'achat groupé d'électricité renouvelable directement à un producteur via un PPA (Power Purchase Agreement). Il s'agit d'un contrat d'achat d'électricité de long terme (10 à 20 ans), signé entre un producteur d'énergie et un industriel (parfois via un intermédiaire, agrégateur ou fournisseur).
Cette démarche, unique en France puisqu'elle associe onze entreprises différentes, a été lancée début 2024 et l'appel d'offres vient d'aboutir. Onze développeurs solaires et éoliens ont candidaté au PPA qui doit couvrir 20 % des besoins et six fournisseurs se sont positionnés pour l'achat groupé couvrant les 80 % restants. « C'est très positif d'avoir eu autant de réponses, on étudie les offres et on espère signer d'ici la fin de l'année 2024 », précise-t-on du côté du Club des ETI. « En étant regroupés, nous pensons être plus forts et en achetant plus, nous espérons acheter mieux. Mais nous ne savons pas encore quels seront les bénéfices. Il existe des incertitudes à travailler, notamment en cas de défaillance de l'une ou l'autre des entreprises
L'autre démarche collective du Club des ETI c'est une vaste campagne de formation initiée l'an dernier. L'objectif est de déployer des modules de formation croisées entre une douzaine d'entreprises sur les transformations environnementales, industrielles, managériales et numériques. Une quinzaine de parcours ont été lancés permettant de former plus de 300 salariés. La formation la plus demandée est un parcours de huit mois sur la directive européenne CSRD relative aux obligations de reporting extra-financier. Une dizaine d'ETI devraient rejoindre la démarche en 2025 avec notamment un parcours sur l'intelligence artificielle appliquée aux métiers industriels.
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