Bordeaux s'étend encore rive droite avec le quartier Deschamps-Belvédère
Pierre Cheminade
La place Marie de Gournay fait office de lieu d'entrée et d'espace public central du nouveau quartier Deschamps-Belvédère, sur la rive droite de Bordeaux.
Longtemps délaissée, la rive droite de Bordeaux ne cesse désormais de gagner des habitants dans une série de nouveaux quartiers. Dernier en date, le secteur Deschamps-Belvédère qui articule 140.000 m2 de logements, bureaux, commerces et équipements publics sur neuf hectares. Près de 4.000 personnes y habitent déjà.
Au cœur d'un des départements français à la démographie la plus dynamique, Bordeaux ne cesse de pousser les murs depuis une quinzaine d'années. Au Nord, avec le quartier Ginko puis les Bassins à flot, au Sud avec Belcier et Amédée-Saint-Germain mais aussi vers l'Est, sur la rive droite, avec Bastide Niel, Brazza et, désormais, la ZAC Garonne Eiffel. C'est dans ce secteur, au croisement de la Garonne et de la LGV vers Paris, que se glisse le secteur Deschamps-Belvédère sur une petite dizaine d'hectares. En dix ans, la bretelle d'autoroute a laissé la place à un tout nouveau quartier dont l'architecture contemporaine tranche avec la ville de pierre qui déroule ses façades historiques le long des quais de la rive gauche. « Ici c'est Bordeaux ! Ça n'allait pas de soi il y a dix ans donc c'est important de le rappeler, cette transformation de la rive droite est un pari aussi audacieux que réussi », salue Valérie Lasek, la directrice générale de Bordeaux Euratlantique.
Situé dans le périmètre de cette opération d'aménagement d'intérêt national qui court jusqu'en 2040, le développement de Deschamps-Belvédère a été confié à deux promoteurs de premier plan : Altarea et Nexity. Le nouveau quartier, qui s'articule autour de la place Marie de Gournay, à la sortie du pont Saint-Jean, développe des surfaces considérables : 1.400 logements, dont 35 % de logements locatifs sociaux, sur 70.000 m2 ; cinq immeubles de bureaux sur 43.000 m2 ; une vingtaine de commerces et restaurants sur 9.000 m2 et un lieu évènementiel de 2.000 m2.
Photo d'illustration (Crédits : Agence APPA)
La place Marie de Gournay a réutilisé de vieux pavés bordelais (crédits : Agence APPA).
Un horizon végétalisé
La hauteur des bâtiments, qui tranche avec les basses échoppes bordelaises, grimpe peu à peu pour dessiner une ligne d'horizon en escalier depuis la Garonne. Une volonté de l'architecte-urbaniste néerlandais Mathis Güller qui a imaginé « un quartier avec beaucoup de terrasses plantées pour dessiner une skyline verte sur les toits, ce qui contribue à la qualité de vie et à limiter les îlots de chaleur. » Ce qui frappe, c'est aussi la largeur des rues et cheminements piétons qui laissent le ciel largement visible comme l'ont souhaité les paysagistes écossais de Gross Max. Le tout dispose d'une cohérence d'ensemble exigée par Bordeaux Euratlantique : « Le recours à de la pierre blonde en façade figurait dans le cahier des charges pour donner une identité au quartier tout en permettant des interprétations variées », précise Pierre Bonnecarrère, directeur de projet aménagement urbain à l'EPA. « Cela donne une ville contemporaine et audacieuse qui répond à la ville de pierre sans l'imiter », juge Véronique Bédague, la PDG de Nexity.
Il reste maintenant aux 3.500 nouveaux habitants actuels, qui seront 4.500 d'ici trois ans, à s'approprier ce morceau de ville qui dispose déjà d'un groupe scolaire et d'équipements sportifs : « On est aux deux tiers de la programmation prévue, maintenant il faut que ça vive, il faut que ça grouille ! », invite Alain Taravella, le président-fondateur d'Altarea, qui s'empresse d'ajouter : « C'est un enjeu difficile de construire un nouveau quartier qui fait aussi office d'entrée de ville mais tout ce qui a été livré a été vendu, logements comme bureaux ! » Ce qui n'a rien d'évident dans le contexte de marché actuel. Les logements privés sont partis en moyenne à 4.200 €/m2, hors parking et annexe. Du côté du tertiaire, le nouveau quartier accueille déjà le siège régional de Nexity tandis que celui de la MSA (Mutualité sociale agricole) est en construction.