L'Université de Bordeaux valorise son foncier pour soulager son budget

Maxime Giraudeau

L'Université dispose de neuf sites sur l'agglomération bordelaise dont elle est propriétaire.
Arthur Pequin

Maxime Giraudeau

L'Université dispose de neuf sites sur l'agglomération bordelaise dont elle est propriétaire.
Arthur Pequin
Des universités en déficit budgétaire, faudra-t-il s'y habituer ? Elles étaient 15 en 2022, en voilà désormais 60 en 2024, selon le syndicat Snesup-FSU. Pour la deuxième année consécutive, l'Université de Bordeaux sera dans le rouge en fin d'année. La perte devrait tourner autour des 12 millions d'euros. Et pour 2025, pas de retournement : le gouvernement démissionnaire tablait sur une baisse de dotation de 300 millions d'euros sur un budget national de 31,3 milliards.
« On est assez inquiets par rapport aux chiffres annoncés, ce sont des trajectoires effrayantes pour les établissements », s'est ému Dean Lewis, le président de l'Université de Bordeaux lors de sa conférence de presse de rentrée ce 23 septembre. Pour faire face aux surcoûts, notamment énergétiques, aggravés par la baisse de dotations de l'État, les établissements se voient désormais contraints de présenter des budgets déficitaires. Et de piocher dans leurs fonds de roulement pour compenser les recettes manquantes.
Une trésorerie sur laquelle compte l'État pour réaliser des économies. Le ministère de l'Économie et des Finances a estimé que les caisses des universités contiennent 5,6 milliards d'euros. L'ex-gouvernement souhaitait pousser les établissements à utiliser ces fonds. À Bordeaux, ils s'élèvent à 90 millions d'euros mais une partie découle d'appels à projets comme France 2030 et doit servir à financer des projets de transition écologique ou de formation.
« On a construit une trajectoire budgétaire 2024-2028 où, en prélevant régulièrement sur nos fonds de roulement, on reste soutenable sur les quatre années. Le budget est volontairement construit sur quatre ans car sur un an, on se fait peur. On arrive alors à régénérer nos fonds de roulement et à dessiner une trajectoire soutenable », s'explique le président bordelais à la tête d'un campus de 54.000 étudiants.
L'Université de Bordeaux compte un avantage dont peu disposent : elle est propriétaire de son foncier et de ses bâtiments depuis 2021. Et elle compte l'utiliser pour voir venir. 27 hectares sur un domaine global de 130 ont été fléchés pour créer de nouvelles recettes. L'établissement va tout d'abord proposer en janvier, à travers un appel à manifestation d'intérêt, des baux à construire. Les entreprises retenues construiront alors des logements qu'elles exploiteront pendant plusieurs dizaines d'années tout en versant un loyer à l'Université. Le bâti sera ensuite rétrocédé à l'établissement qui demeure propriétaire du terrain.
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Autre option sur la table : la création d'une société foncière au côté de la Banque des Territoires afin d'implanter des entreprises innovantes. « On a avancé sur le modèle juridique et financier mais on ne créera la foncière qui si on est sûr qu'il y a des acteurs que cela puisse intéresser », tempère Dean Lewis. Un pôle pourrait par exemple être créé autour des biotechnologies sur le campus au sud de l'agglomération bordelaise. Et si l'initiative intéressait Treefrog Therapeutics, la medtech bordelaise qui cultive les cellules souches dans la lutte contre le cancer ? C'est en tout cas une des idées de la manœuvre. Mais la foncière pourra voir le jour seulement si les comptes de l'établissement sont excédentaires.
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Pour se prémunir enfin des surcoûts énergétiques et des aléas, l'Université compte beaucoup sur la création d'un réseau de chaleur universitaire grâce à la géothermie et la biomasse. Les installations financées par plusieurs établissements du campus bordelais et la Métropole sont attendues d'ici la fin de la décennie.
Maxime Giraudeau