LA TRIBUNE - Parler d'architecture frugale sous-entend que les pratiques courantes sont trop gourmandes en ressource. Peut-on concilier la frugalité avec la promesse architecturale de beauté et de confort ?
Jules MANSART, architecte - On est à un tournant où il faut se poser la question de ce qui peut être produit en terme de matériaux et d'énergie. C'est un enjeu de santé publique car en fonction des matières utilisées, on a des bâtiments plus ou moins confortables et émetteurs. Il y a besoin de transformer les pratiques. On voit un effet de génération autour de ces questions mais l'architecture reste un élément culturel : quand on apprend à faire d'une certaine manière, on continue à la promouvoir. Mais les architectures frugales existent depuis toujours donc on sait comment les concilier avec les attentes.
Comment la définissez-vous ?
La frugalité se veut plus large que la sobriété, qui de mon point de vue est plutôt une question de comptabilisation. Dans la frugalité, il y a certes la volonté de mettre moins de matière, d'utiliser moins d'énergie, mais il y a aussi tout l'aspect d'architecture vivante. C'est faire attention aux habitants qui vivent dans les lieux en pensant aux conséquences sociales. Derrière les questions techniques du sol et des matériaux, on se demande comment faire les habitations avec les gens. Cette démarche veut répondre aux problématiques architecturales mais aussi sociales. Utiliser un matériau géosourcé à un endroit ne suffira pas. Il faut se poser la question de la vie du bâtiment dans le temps. On s'est par exemple retrouvé à mettre tellement de machines dans les bâtiments qu'on investit moins dans les matériaux et donc dans le cycle de vie.