Leroy-Somer fabrique l'intégralité d'un moteur, de sa bobine en cuivre à son carter en aluminium, acier en fonte. Division du groupe Nidec, son siège est basé à Angoulême, en Charente.
Le fabricant centenaire de moteurs électriques, désormais sous pavillon japonais, compte encore sept usines en France. Entre le maintien de savoir-faire de pointe et les assauts de la concurrence asiatique, l'équation économique est tendue.
Dans les ateliers de Leroy-Somer, des ouvriers travaillent des bobines de cuivre à la main pour façonner le cœur d'un moteur électrique. En bout de chaîne, l'un d'eux, ancien maçon, s'est reconverti pour passer maître dans l'art du tissage autour des fils cuivrés, étape cruciale et millimétrée pour garantir la performance énergétique du système.
La scène aurait pu s'observer au 19e siècle, mais elle est plus que jamais d'actualité à Mansle, en Charente. L'une des nombreuses unités de production du site accouche des moteurs électriques équipant les nouvelles générations de bus urbains, et ce grâce à un savoir-faire bien particulier.
« Le bobinage est une étape très complexe, c'est vraiment un métier à part », commente, admiratif au milieu des ateliers, Mario Pereira, le responsable du site. Selon les gammes de moteurs, l'étape est réalisée par des mains humaines ou par des machines. « On se bat sur le front de la productivité en intégrant de la robotique sur certaines parties pour conserver nos parts de marché en Europe. » Un bon résumé du grand défi du groupe, attaché à maintenir une industrie sur le sol européen.
Des petits moteurs pas compétitifs
Leroy-Somer, qui a fêté son centenaire en 2019, est spécialisé dans la conception et la fabrication de moteurs de petite taille et d'alternateurs imposants, adressant principalement les marchés de la ventilation des bâtiments, des pompes à eau et des compresseurs à air. La marque devenue référence dans le monde industriel appartient depuis 2017 au géant japonais Nidec, qui pilote sept usines en France pour plus de 3 000 salariés. Cette force de frappe lui permet d'innover avec, par exemple, le lancement d'un moteur dépourvu de terres rares, et donc moins sensible aux aléas géopolitiques.
La firme pèse pour 17 milliards de dollars de chiffre d'affaires et dispose de sites dans plus de 40 pays. Dans le domaine du moteur électrique, seuls deux autres groupes disposent d'une telle proximité avec leurs marchés, le suédo-suisse ABB et le brésilien WEG. Sur les basse et moyenne gammes en revanche, la concurrence chinoise les chamboule tous.
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Selon nos informations, la branche moteurs de la marque Leroy-Somer a enregistré environ 30 millions d'euros de pertes au cours du dernier exercice. Sur ces moteurs de petite puissance et à faible valeur ajoutée, impossible de rivaliser avec la compétitivité chinoise. « Les alternateurs [de plus grosse taille, ndlr] font 30 millions d'euros de bénéfice, c'est eux qui comblent le déficit de Leroy-Somer. En terme de coût, on ne rivalise pas avec les produits qui viennent du Brésil, d'Asie du Sud-Est et de Chine », déplore un représentant du personnel. « Quand on réalise plus de 700 millions d'euros de chiffre d'affaires, ce n'est pas normal de n'enregistrer qu'entre 1 et 5 millions d'euros de bénéfice », réagit un autre.
Datacenters
Un talon d'Achille qui fait pourtant partie de la stratégie de la direction. « Sur les petits moteurs, il y a beaucoup plus de concurrence puisqu'on peut les fabriquer partout. Donc les marges sont très réduites. Pourtant, on est contraint de continuer à les fabriquer car, quand un client se tourne vers nous, il souhaite avoir accès à l'ensemble de la gamme », explique Ricardo Bristotti, vice-président de la branche moteurs industriels et commerciaux du groupe Nidec.
La direction mise beaucoup sur de nouveaux marchés de pointe pour rééquilibrer la balance. La poussée des datacenters va générer une forte demande de moteurs électriques pour la régulation thermique et également de générateurs qui pourront prendre le relai de l'alimentation énergétique en cas de coupure de courant. L'entreprise est déjà en lien avec un grand nom du cloud. Les besoins de moteurs de taille importante dans la défense ou l'aéronautique sont aussi des relais importants. D'autant que la Chine ne maîtrise pas encore parfaitement la technologie.
Avion électrique
« Il faut toujours avoir deux pas d'avance sur la Chine, concède Ricardo Bristotti. On se doit en permanence d'être meilleur que les autres fabricants en cherchant par exemple à intégrer l'électronique sur nos moteurs. » Il y en aura besoin par exemple sur le projet de propulsion électrique pour les moteurs des avions Airbus. Le fabricant français a missionné en 2023 Leroy-Somer pour imaginer la prochaine génération d'avions décarbonés. Rien n'est encore sorti des bureaux d'études, mais de premiers prototypes sont en cours de réalisation selon la direction.
Mais l'innovation ne suffira pas à l'heure où le contexte économique ralentit les activités industrielles, entre des passes d'armes géopolitiques et, plus spécifiquement, une crise de la construction neuve qui perdure. Fin 2022, en sortie de Covid, Leroy-Somer s'était résolu à un plan de licenciement. L'entreprise attend désormais l'avènement de l'électrification des usages, qui tarde à se réaliser, pour éviter de replonger et, surtout, jouer tout le rôle qui lui est promis dans la transition énergétique.