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Carrières - La Tribune MontpellierFormation - La Tribune Montpellier

François Galinou : « Le défi de la réforme de la formation professionnelle, c’est de prouver des résultats »

Photo de Cécile Chaigneau

Cécile Chaigneau

Publié le 21 mai 2018 à 14:10 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:57

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François Galinou, président de l’ICPF & PSI

François Galinou, président de l’ICPF & PSI

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Le secteur de la formation professionnelle, connu pour ses dispositifs complexes et son écosystème opaque pour les non-initiés, va connaître de nouvelles secousses, avec le projet de loi baptisé « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » et porté par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Le gouvernement veut « désadministrer » le secteur et simplifier l’architecture du système. François Galinou, président de l’ICPF & PSI, commente.

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À quelques semaines de l'arrivée en première lecture à l'Assemblée nationale du projet de loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel », François Galinou, président de l'ICPF & PSI (Institut de Certification des Professionnels de la Formation et de la Prestation de Service Intellectuel), et membre de la commission de normalisation AFNOR Formation Professionnelle, répond à quelques questions.

Pourquoi le système de la formation professionnelle tel qu'il est organisé aujourd'hui ne satisfait-il pas ?

Aujourd'hui, il n'y a pas de poste de pilotage dans l'avion ! Un salarié voit la formation comme une entité assez floue. Et le système ne fournit pas par lui-même d'informations sur ses résultats, alors qu'il y a des choses qui marchent. Mais je vois une manière d'appréhender et de réguler le système qui n'est pas satisfaisante : on ne sort pas de l'Éducation Nationale, des partenaires sociaux et des Régions, chacun avec son administration. Rien n'est possible dans le privé sans les financements publics et sans l'intervention d'une de ces trois bureaucraties ! Le cadre n'est pas performant... Avec la réforme de 2014, on n'a pas eu la grande réforme de la qualité qu'on attendait. Aujourd'hui, le gouvernement veut agir.

Concernant la collecte des fonds de la formation, les OPCA sont mis sur la touche au profit des Urssaf. Est-ce une bonne chose ?

Le problème n'était pas sur la collecte mais sur la dépense ! Le système créé par les OPCA, ainsi que par les Régions, s'inscrit en opposition avec les objectifs de la réforme de 2014, à savoir concentrer la dépense sur les organismes de formation de qualité. Les OPCA ayant besoin d'organismes diversifiés, ils ont créé le système Datadock(1) et fait rentrer 52 000 ou 53 000 nouveaux organismes, sans faire de sélection par la qualité. Donc, on réduit leur pouvoir, et on leur dit qu'ils vont faire du conseil  et s'occuper des TPE-PME. Mais les entreprises appellent l'OPCA pour se faire financer une formation, pas pour avoir du conseil ! Je ne suis pas sûr que les TPE-PME, qui ont de petits budgets, y auront recours. Ce qui est positif, c'est qu'on veut recentrer les OPCA autour des branches pour identifier les compétences dont elles ont besoin. Mais la question qui subsiste, c'est "quand tu n'as plus le chéquier en main, est-ce qu'on va t'écouter ?"... Par ailleurs, plus de la moitié des fonds de formation est gérée par les Régions et le gouvernement aimerait que les Régions les affectent à des organismes qui prouvent la qualité, c'est à dire qu'elles appliquent le Décret qualité de 2015 dans la constitution des catalogues de références des organismes de formations, ce qu'elles ne font pas vraiment aujourd'hui...

Que pensez-vous de ce nouvel acteur que sera la future agence « France Compétences » et de son mode de gouvernance ?

Les Régions ou les syndicats critiquent le manque de résultats alors qu'ils sont en train de gérer le système ! On avait trois entités qui menaient chacune sa politique, et le fait que ce soit des entités séparées a généré des échecs. Par exemple, il existe la liste du Cnefop(2) avec 50 certifications qualité et le catalogue Datadock, qui n'ont pas le même niveau d'exigence ni les mêmes niveaux de contrôle. Il y a donc une sorte de concurrence entre les deux, et avec ce fonctionnement non coordonné, le nombre de créations d'organismes de formation en France a continué d'augmenter. Si ça marche, il y aura une seule stratégie qualité, une seule politique de certification, avec une chance d'aborder des problèmes réels comme le fait que n'importe qui pouvait s'improviser organisme de formation. Ce n'est pas parce qu'il y a une table que tout le monde vient, mais je suis donc plutôt partant.

Son action sera-t-elle de nature à mettre un terme à la critique récurrente d'opacité ?

La réforme de 2014 a réduit les fonds de formation qui servaient à financer les syndicats, on les a mis à part avec la création d'une structure ad'hoc. La critique sur le détournement des fonds a donc disparu...Aujourd'hui, elle porte sur la médiocrité : on se dit "les formations, je n'y crois pas". Il y a des lettres de noblesse à redonner.Le défi, c'est de prouver des résultats.

La réforme acte la conversion en euros des heures acquises sur le CPF. Cela facilitera-t-il vraiment l'accès aux droits pour les salariés ?

Il faut tout d'abord lever une illusion : tous les Français ne se lèvent pas le matin en se disant "je vais me former"... La démarche est complexe. La réforme permettra à ceux qui savent ce qu'ils veulent d'aller plus vite. Notamment, le fait de voir le budget disponible grâce à l'application est essentiel...  Mais la formation de qualité, ça commence par la volonté de se former : envoyer quelqu'un en formation alors qu'il ne le veut pas, c'est de la non qualité ! Ainsi, la réforme n'apportera pas vraiment de réponse à ceux qui ne savent pas ce qu'ils veulent faire ou qui sont éloignés de l'emploi. Par exemple, la réforme de l'apprentissage ne résoudra pas le problème des jeunes de banlieue éloignés de l'emploi. C'est une solution pour une certaine catégorie de profils mais pas pour tout le monde. On a tendance à généraliser la moindre solution pédagogique, mais chaque profil d'apprenant doit avoir sa solution pédagogique. En matière d'accompagnement, on prévoit une nouvelle couche de conseil en évolution professionnelle alors que le marché est déjà encombré de dizaines d'entités sensées conseiller les gens pour choisir leur formation, comme par exemple Atout Métiers en Languedoc-Roussillon, mais aussi les Maisons de l'emploi, les Pôles Emploi, etc.. Si le système fonctionnait bien, avec de vrais organismes de formation, on n'aurait pas besoin de ça.

Qui seront les gagnants et les perdants de cette réforme ?

On ne mesure pas complètement les effets de la précédente réforme, mais déjà, on voit que les Régions ont perdu l'apprentissage qui était un levier politique. Les financeurs publics ont perdu la capacité de référencer par eux-mêmes les organismes de formation. Les gagnants seront les organismes de formations certifiés, c'est à dire 8 000 aujourd'hui sur 80 000. Est ce que ça va se traduire en développement ? Sûrement car ils ont un temps d'avance.

Quels sont les indicateurs qui permettront de dire que la réforme est réussie ?

Le chiffre qui dira si l'on concentre vraiment les fonds sur les formations de qualité, c'est la diminution du nombre d'organismes. Ensuite, il s'agira que, dans les entreprises, l'obligation de formation se traduise en terme qualitatif. L'indicateur sera une satisfaction, une dynamique économique retrouvée grâce à la formation et à la montée en compétences, ainsi que la diminution du chômage.

Que manquerait-il, selon vous, à ce projet de réforme ?

Il ne faut pas mettre un pilote dans l'avion mais d'abord construire un poste de pilotage. Or France Compétences n'est pas encore un poste de pilotage, c'est une instance de discussion. Je ne vois pas comment elle sera organisée, et j'ai peur qu'elle n'ait pas de barre, qu'elle ne sache pas à quelle vitesse elle va, qu'elle n'ait pas de levier, et ne puisse pas accélérer ni freiner.

Cécile Chaigneau

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