Diversification, cotation à Wall Street... TotalEnergies présente sa stratégie à ses investisseurs
latribune.fr
En révélant fin avril à l'agence de presse économique Bloomberg que le groupe étudiait une possible cotation principale de son groupe à New York, le PDG s'est attiré les foudres de la classe politique française.
Devant ses investisseurs réunis à New York, le patron du géant pétrogazier français, Patrick Pouyanné, devrait aborder la diversification énergétique de l'entreprise, le défi de la baisse des prix du pétrole, mais aussi le sujet sensible de la cotation de TotalEnergies à la Bourse de New York.
Diversification, baisse des prix et... cotation à Wall Street : le géant pétrogazier français TotalEnergies présente ce mercredi, à partir de 15h30 sa stratégie devant ses investisseurs réunis à New York. Le choix de cette ville pour cette grande messe de l'énergéticien est devenue une tradition depuis 2017.
Mais l'édition 2024 devrait être particulièrement scrutée des deux côtés de l'Atlantique. D'abord parce que le groupe, qui figure parmi les « big five » des majors pétrolières, va exposer ses perspectives dans un contexte de baisse des prix de l'énergie. Mais surtout parce que Patrick Pouyanné, le PDG de la firme, devrait selon une source de l'AFP proche du dossier, « faire un point » sur un sujet très brûlant vu de France : le projet de cotation de la compagnie à la Bourse de New York.
La cotation à New York, une idée loin de faire l'unanimité
En révélant fin avril à l'agence de presse économique Bloomberg que le groupe étudiait une possible cotation principale de son groupe à New York, le PDG s'est attiré les foudres de la classe politique française, le président Emmanuel Macron lui demandant de « clarifier » sa position. Patrick Pouyanné a, par la suite, évoqué une « erreur de traduction » : il ne voulait pas parler d'une cotation principale à Wall Street, mais d'une transformation en actions classiques de titres déjà échangés, sous une forme réservée aux entreprises étrangères, mais limités en nombre.
Pour justifier cette idée, le PDG avait en effet expliqué à Bloomberg, puis au Sénat à Paris, que les Américains achètent plus d'actions que les Européens. Près de la moitié - 48% - de l'actionnariat de TotalEnergies est désormais constituée d'actionnaires institutionnels nord-américains (fonds de pension, gestionnaires d'actifs, assureurs...). La raison : le plus grand appétit outre-Atlantique pour les projets d'énergies fossiles, alors que l'UE muscle sa réglementation pour flécher les investissements vers la transition énergétique.
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Mais selon BFM Business, le PDG doit encore convaincre le conseil d'administration de son groupe, qui s'est réuni jeudi dernier, et reste divisé sur le dossier, par ailleurs abordé la semaine dernière lors d'une réunion entre Patrick Pouyanné et Matignon. Contacté, le groupe ne fait aucun commentaire sur le sujet qui est « du ressort des travaux du conseil d'administration ».
Des prix en baisse qui menacent
Au lendemain du lancement au Suriname d'un mégaprojet pétrolier à plus de 10 milliards de dollars, le PDG, sous le feu des critiques des associations de défense du climat, devrait également donner, ce mercredi, des perspectives sur sa stratégie qui repose - outre le pétrole à bas coûts - sur l'électricité renouvelable et le gaz, sur lequel le groupe mise comme alternative moins polluante au charbon, avec les regards tournés vers l'Asie.
Or l'environnement est beaucoup moins favorable compte tenu de la baisse des prix pour l'électricité, le gaz et le pétrole, repassé sous la barre des 70 dollars le baril le mois dernier, et d'interrogations sur la croissance de la demande de pétrole, en particulier en Chine.
« On s'intéressera beaucoup à ce que chacune des majors a fait pour consolider son modèle économique face à la baisse des prix, à la manière dont elles envisageront d'ajuster les dépenses d'investissement et les distributions aux actionnaires dans divers scénarios de prix, et à la manière dont les investissements dans les renouvelables seront envisagés au cas où les prix du pétrole baissent quelque peu à court terme », a expliqué à l'AFP Gabor Petroczi, directeur ressources naturelles et matières premières à Fitch Ratings.
Dans ce contexte plus déprimé, le groupe mise sur les contrats à long terme d'électricité et de gaz, avec de récents accords annoncés en Corée du Sud, Chine et Turquie - pour du gaz liquéfié -, qui doivent lui permettre de sécuriser ses ventes et de réduire son exposition aux cours baissiers.
Après des profits record, le ralentissement
Pour rappel, la major pétrolière a enregistré des profits records en 2022 et 2023, dans le sillage de la crise énergétique, causée par le début de la guerre en Ukraine. Le géant pétrolier avait ainsi empoché en 2023 un bénéfice record de 21,4 milliards de dollars et de 20,5 milliards de dollars en 2022, année dopée par la flambée record des hydrocarbures.
Mais 2024 pourrait signer le retour à la normale pour les bénéfices de TotalEnergies. L'élan n'est en effet plus le même depuis le début de l'année : au premier semestre, la compagnie a dégagé un bénéfice net de 9,5 milliards de dollars, en léger recul de 1% sur un an, après un premier trimestre à 5,7 milliards. Les analystes s'attendaient en moyenne à un bénéfice net trimestriel de 4,9 milliards de dollars, selon le consensus calculé par FactSet et Bloomberg.
« Les résultats de TotalEnergies n'ont pas été à la hauteur des attentes du consensus, la faiblesse du raffinage et des produits chimiques ainsi que l'augmentation des coûts de l'entreprise étant à l'origine de cet écart », avait expliqué la banque RBC dans une note, les jugeant « décevants ». Mais le PDG de la major avait, lui, estimé queces derniers résultats financiers restaient « robustes ».
Une nouvelle plate-forme pétrolière offshore au Suriname
Le géant pétrolier français TotalEnergies a annoncé mardi un investissement « d'environ 10,5 milliards de dollars » dans l'exploitation de pétrole au Suriname, avec un démarrage de la production prévu en 2028. Baptisé projet « GranMorgu », celui-ci sera une unité de production offshore (en mer), d'une capacité de 220.000 barils par jour, selon un communiqué de la major. Le projet « développera les découvertes pétrolières des champs de Sapakara et Krabdagu », à environ 150 kilomètres des côtes du pays d'Amérique latine, voisin de la Guyane française. Les réserves sont estimées à « plus de 750 millions de barils ».
La compagnie nationale surinamaise Staatsolie a par ailleurs indiqué que « la majorité » des revenus nets, qui pourraient atteindre entre 16 et 26 milliards de dollars pour toute la durée de vie du champ pétrolier, « reviendront à l'Etat de Suriname ». À noter aussi : ce projet devrait entraîner la création de « plus de 6.000 emplois (2.000 directs et 4.000 indirects et induits) », selon TotalEnergies.