L'exécutif bruxellois s’est engagé à importer pour 250 milliards de dollars par an de produits énergétiques américains, afin d'éviter une guerre commerciale. Soit trois fois plus qu'en 2024, alors que les Etats-Unis figuraient déjà parmi ses principaux fournisseurs de pétrole et de gaz naturel liquéfié.Cela ressemble à une déclaration trumpiste, aussi provocante que démesurée. Elle vient pourtant d'Ursula von der Leyen, renouvelée à la tête de la Commission européenne il y a moins d'un an : « Selon nos estimations, nous pouvons réaliser pour environ 250 [milliards de dollars] par an sur trois ans » d'achat d'énergie en provenance des États-Unis, a-t-elle assuré, dimanche, dans le cadre de l'accord avec Washington sur les droits de douane. Soit près de trois fois plus de gaz naturel liquéfié (GNL), de pétrole et de combustibles nucléaires américains à importer sur le Vieux Continent dès l'année prochaine, par rapport à 2024.
« Je pense que c'est infaisable », tranche d'emblée Phuc-Vinh Nguyen, chef du Centre Energie de l'Institut pro-européen Jacques Delors. « C'est démentiel et évidemment impossible », abonde Edouard Lotz, analyste chez Omnegy.
Remplacer le GNL russe
Selon la cheffe de l'exécutif bruxellois, cet afflux massif répondrait à la « nécessité de nous débarrasser des combustibles fossiles russes », alors que « beaucoup trop de GNL arrive encore » du pays dirigé par Vladimir Poutine « par la porte arrière », c'est-à-dire par navires plutôt que par gazoduc. Alors qu'il est prévu d'interdire ces échanges dès 2027, la « version américaine » de cet hydrocarbure deviendrait, logiquement, encore plus précieuse.
Mais voilà : l'an dernier, l'UE a dépensé environ 7,6 milliards de dollars pour acheter du GNL russe, d'après les données de l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA). Contre près de 20 milliards pour la même molécule acheminée depuis les États-Unis. Même en y ajoutant l'équivalent des volumes russes, la facture globale resterait donc bien éloignée des 250 milliards évoqués par von der Leyen. « Un calcul de coin de table suffit à comprendre que tout ça ne colle pas », poursuit Phuc-Vinh Nguyen. « La capacité d'exportation de GNL américain devrait augmenter de 80 % d'ici à 2030, mais ce sera toujours largement insuffisant », pointe Edouard Lotz.