Eaux en bouteille : l'Elysée et Matignon accusés d'avoir « privilégié les intérêts de Nestlé au détriment des consommateurs »
latribune.fr
Début 2024, Nestlé Waters avait reconnu avoir eu recours à des systèmes interdits de microfiltration pour maintenir la « sécurité alimentaire » de ses eaux.
Le Monde et Radio France affirment dans une enquête ce mardi que l'exécutif a permis à Nestlé commercialiser des eaux non conformes à la réglementation et à risque pour la santé, malgré les recommandations d'interdiction des autorités sanitaires dès janvier 2023.
[Article publié le 4 février 2025 à 12h42, mis à jour à 14h17] L'Élysée et Matignon ont laissé Nestlé commercialiser des eaux non conformes à la réglementation et à risque pour la santé, affirment Le Monde et Radio France dans une enquête publiée ce mardi. Citant des « échanges de mails et de notes ministérielles », les deux médias accusent Matignon d'avoir dès 2023 « privilégié les intérêts de Nestlé au détriment des consommateurs » en accordant au groupe des dérogations sur l'usage de microfiltres.
Et ce, alors que Radio France et Le Monde font état d'une note du 20 janvier 2023 du directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, qui recommande de « suspendre immédiatement l'autorisation d'exploitation et de conditionnement de l'eau pour les sites Nestlé des Vosges » et d'étendre cette interdiction « au site d'embouteillage de Perrier (à Vergèze, dans le Gard) ».
Le fruit d'un actif lobbying
Jérôme Salomon citait un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur l'utilisation de microfiltres inférieurs à 0,8 micromètre, qui concluait que l'eau en sortie de puits n'était « pas microbiologiquement saine ». Cette note, qui aurait été transmise au cabinet de la Première ministre, Élisabeth Borne, recommandait de refuser à Nestlé toute dérogation, au risque d'un contentieux avec Bruxelles.
Mais un mois plus tard, les cabinets de Matignon et de l'Élysée auraient autorisé la microfiltration, selon les deux médias. Cette autorisation serait le fruit d'un actif lobbying, jusqu'à une rencontre entre des représentants de Nestlé et Alexis Kohler, secrétaire général de l'Élysée.
Emmanuel Macron a réagi ce mardi, affirmant qu'il n'y a eu ni « entente » ni « connivence avec qui que ce soit ». « Je ne suis pas au courant de ces choses-là. Il n'y a de l'entente avec personne, il n'y a pas de connivence avec qui que ce soit », a-t-il déclaré aux journalistes en marge d'un déplacement à l'institut de lutte contre le cancer Gustave Roussy. Sollicitée par l'AFP, la DGS n'a pas donné suite dans l'immédiat. Également sollicité, Nestlé n'a pas encore réagi à ces informations.
Newsletter
Climat & environnement
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.
Pour rappel, début 2024, visé par de premières révélations, Nestlé Waters, filiale du géant suisse de l'agroalimentaire, avait reconnu avoir eu recours à des systèmes interdits de microfiltration pour maintenir la « sécurité alimentaire » de ses eaux.
Foodwatch réclame un procès
Le groupe, propriétaire en France des marques Vittel, Contrex et Hépar, puisées dans les Vosges, et Perrier dans le Gard, a accepté en septembre 2024 de payer une amende de 2 millions d'euros pour échapper à un procès, après une plainte de Foodwatch. L'association a de nouveau déposé plainte cet automne contre les pratiques de Nestlé et du groupe Sources Alma (Cristaline, St-Yorre...). L'association de consommateurs CLCV a aussi porté plainte contre X. « Le gouvernement français aurait cautionné une fraude d'ampleur mondiale. Foodwatch demande qu'un procès établisse les responsabilités et que des sanctions exemplaires tombent », a réagi l'ONG ce mardi.
Les révélations de presse ont conduit le Sénat à lancer en novembre une commission d'enquête. Un premier rapport sénatorial d'octobre 2024 pointait déjà l'« opacité » des pouvoirs publics et des industriels dans ce dossier.