En Indonésie, la production de biomasse aggrave la déforestation
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Au niveau mondial en 2023, 6,37 millions d'hectares de forêts ont été perdus, l'équivalent de 9,1 millions de terrains de football, selon un rapport récent.
Reuters
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Au niveau mondial en 2023, 6,37 millions d'hectares de forêts ont été perdus, l'équivalent de 9,1 millions de terrains de football, selon un rapport récent.
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Les efforts de l'Indonésie pour ajouter la biomasse à son bouquet énergétique et à ses exportations contribuent à la déforestation et menacent les habitats clés d'espèces en danger telles que les orangs-outans, estime un rapport publié ce jeudi par plusieurs groupes de défense de l'environnement, dont Auriga Nusantara et Earth Insight, dans leur rapport.
Pour rappel, la bioénergie, qui utilise des matières organiques comme les arbres pour produire de l'électricité, est considérée comme une énergie renouvelable par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), car le carbone libéré par la combustion de la biomasse peut théoriquement être absorbé en plantant davantage d'arbres.
Mais selon leurs détracteurs, les centrales électriques à biomasse émettent plus de dioxyde de carbone par unité d'énergie produite que les centrales à charbon modernes. L'utilisation de la biomasse pour « co-alimenter » les centrales au charbon n'est qu'un moyen de prolonger la durée de vie du combustible fossile polluant, estiment encore ces voix critiques.
La production de granulés et de copeaux de bois utilisés pour les centrales à charbon mixtes risque également de conduire à la déforestation, les forêts naturelles étant abattues et remplacées par des monocultures à croissance rapide. L'Indonésie, qui abrite la troisième plus grande forêt tropicale du monde, a vu sa production de granulés de bois grimper de 20.000 à 330.000 tonnes entre 2012 et 2021, selon le rapport.
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L'ONG indonésienne Auriga Nusantara estime également que près de 10.000 hectares de forêt ont disparu au cours des quatre dernières années, en raison de la production de biomasse. Le document publié pointe également la demande croissante en Corée du Sud et au Japon, deux marchés majeurs pour les exportations de granulés de bois indonésiens.
Le rapport s'est également penché sur les centrales mixtes et sur les usines de pâte à papier existantes et sur les zones de 100 km qui les entourent. Selon le rapport, plus de 10 millions d'hectares de « forêt intacte », situées dans ces zones, sont menacés de déforestation, dont beaucoup « chevauchent de manière significative » l'habitat d'espèces menacées comme les orangs-outans à Sumatra et Bornéo.
L'utilisation du bois pour réduire de seulement 10% la consommation de charbon dans les plus grandes centrales électriques d'Indonésie « pourrait provoquer la déforestation d'une superficie environ 35 fois plus grande que celle de Jakarta », préviennent les ONG.
Contacté par l'AFP, le ministère indonésien de l'Environnement et des Forêts n'ont pas répondu dans l'immédiat. Les ONG exhortent en tout cas l'Indonésie à s'engager à protéger ses forêts naturelles restantes et à réformer ses plans énergétiques pour se concentrer sur l'énergie solaire, tout en interdisant les nouveaux projets de centrales au charbon. « La science a clairement prouvé le rôle vital des forêts tropicales pour la stabilité climatique, la biodiversité et la survie humaine », rappelle le rapport.
La déforestation n'est pas qu'un problème indonésien, mais touche le monde entier. La COP26 qui s'est tenue en 2021 à Glasgow en Ecosse s'était particulièrement emparée du sujet. Près de 130 pays y avaient ainsi fait la promesse du « zéro déforestation » en 2030. Mais trois ans après le lancement de cet objectif, le compte n'y est pas, selon le dernier rapport sur le sujet, publié mardi par une trentaine d'ONG, groupes de réflexion et organismes de recherche.
En 2023, 6,37 millions d'hectares de forêts ont donc été perdus, l'équivalent de 9,1 millions de terrains de football, selon cette évaluation. Cela « dépasse de manière significative » le niveau (pas plus de 4,4 millions d'hectares) qui aurait permis que le monde reste sur la bonne trajectoire pour éliminer la déforestation en 2030. « Au niveau mondial, la déforestation est devenue pire, au lieu de s'améliorer, depuis le début de la décennie », a souligné Ivan Palmegiani, expert auprès de Climate Focus, et l'un des auteurs principaux de l'étude.
En particulier, 3,7 millions d'hectares de forêt tropicale primaire (essentielles pour leur capacité à absorber le CO2 et la richesse de leur biodiversité) ont disparu l'an dernier, à un niveau proche du début de la décennie, alors que ce chiffre aurait déjà dû baisser nettement pour tenir les objectifs à l'horizon 2030.
Les zones géographiques où les plus grandes pertes de forêts ont été observées se situent au Brésil (malgré une baisse significative de 62 % par rapport à 2022), en Bolivie et en République démocratique du Congo, et justement en Indonésie. Ces destructions sont essentiellement causées par l'installation de cultures agricoles ou des sites d'extraction minière, relève l'étude.
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Pour rappel, la déforestation est le facteur majeur de la perte de biodiversité à travers le monde. Selon la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), 70% des écosystèmes mondiaux sont aujourd'hui dégradés.
(Avec AFP)
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