Boum, boum, boum. D'ici quelques jours, ou semaines tout au plus, le cœur du réacteur de l'EPR de Flamanville commencera à battre, après 17 longues années de chantier et des dérapages à répétition. Cette étape cruciale dans la phase de démarrage du réacteur normand, baptisée la divergence dans le jargon atomique, correspond à l'initiation du processus de réaction nucléaire en chaîne. Laquelle permettra de produire de l'énergie sous forme de chaleur et de vapeur, dans un premier temps.
A quelques minutes de cette opération très minutieuse, les équipes de conduite d'EDF en salle de commandes entendront réellement un son répétitif de coups nets, tel un battement de cœur. Ce martèlement correspond à « l'image sonore de l'évolution du flux neutronique », très utile pour guider les opérateurs, explique François Tronet, formateur chez EDF, depuis le simulateur, une copie conforme de la salle de commande, véritable cockpit du réacteur. « Chaque toc que l'on entend correspond à 1.000 neutrons qui viennent toucher le détecteur », poursuit-il en tendant l'oreille au milieu des écrans d'ordinateur.
La maîtrise du flux neutronique joue un rôle essentiel dans cette étape. Et pour cause, il s'agira de projeter des neutrons sur des atomes d'uranium très lourds, lesquels éclateront et libéreront une grande quantité d'énergie, mais aussi d'autres neutrons qui casseront à leur tour d'autres noyaux, et ainsi de suite. De sorte que la réaction s'auto-entretiendra.