Fin du transit de gaz russe vers l'Europe via l'Ukraine, la Slovaquie inquiète
latribune.fr
Cette route gazière ne représente aujourd'hui plus que 5% des importations de gaz de l'UE mais demeure stratégique pour certains pays dont la Slovaquie. (photo d'illustration)
Les livraisons de gaz russe via l'Ukraine ont cessé ce mercredi. En réaction : la Slovaquie s'inquiète d'une hausse des prix et la Pologne applaudit.
Les réactions se multiplient suite à l'annonce de l'Ukraine fin décembre de couper le robinet du gaz russe. Les livraisons de gaz de la Russie à l'Europe via l'Ukraine ont définitivement cessé mercredi matin.
« Nous avons arrêté le transit du gaz russe, c'est un événement historique. La Russie perd des marchés, elle va subir des pertes financières », s'est félicité le ministre ukrainien de l'Énergie, Guerman Galouchtchenko, cité par ses services dans un communiqué.
Dans l'Union européenne, les importations de gaz en provenance de Russie ont chuté à moins de 10% en 2023, contre plus de 40% en 2021. Cela devrait quand même représenter un nouveau manque à gagner de plusieurs centaines de millions de dollars pour Kiev et de plusieurs milliards pour Moscou. Et si cette route gazière ne représente aujourd'hui plus que 5% des importations de gaz de l'UE, elle demeure stratégique pour trois États membres : l'Autriche, la Hongrie et, surtout, la Slovaquie, dont 65% de la demande de gaz, en 2023, était satisfaite par cet itinéraire.
La réaction de cette dernière ne s'est pas faite attendre. Le Premier ministre slovaque Robert Fico, resté proche de Vladimir Poutine et dont le pays est très dépendant de l'approvisionnement en gaz russe, a averti mercredi des graves conséquences qu'aura la fin du transit selon lui.
« Stopper le transit de gaz via l'Ukraine aura un impact drastique sur nous tous dans l'UE, pas seulement sur la Fédération de Russie », a-t-il alerté dans une vidéo publiée sur Facebook.
Ce dirigeant nationaliste s'était rendu à Moscou le 22 décembre pour tenter de trouver une solution dans l'urgence, provoquant la colère de Volodymyr Zelensky, qui l'a accusé de vouloir « aider Poutine ».
Newsletter
Climat & environnement
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.
«La diversification a un prix et toute alternative au gaz russe sera significativement plus chère», avait prévenu à l'AFP le porte-parole de la compagnie slovaque de gaz SPP, Ondrej Sebesta.
Satisfaction à Varsovie
Si la joie de cette nouvelle était du côté ukrainien, elle l'était aussi du côté polonais. Le ministre des Affaires étrangères a salué ce mercredi la fin du transit du gaz russe via l'Ukraine, considérant ce geste comme « une nouvelle victoire » sur Moscou.
Couper la capacité de Moscou à exporter du gaz directement vers l'UE est « une nouvelle victoire après l'élargissement de l'Otan à la Finlande et à la Suède » en 2023 et 2024, a considéré le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski mercredi sur le réseau X. Ce dernier a rappelé à l'occasion que la Russie avait auparavant « dépensé des milliards pour construire Nordstream (deux gazoducs en mer Baltique, ndlr) afin de contourner l'Ukraine et de faire chanter l'Europe de l'Est en la menaçant d'interrompre ses livraisons de gaz ».
Symboles de la dépendance énergétique européenne, et notamment allemande, vis-à-vis de la Russie, ces gazoducs honnis de longue date par Washington et par Varsovie avaient été au coeur de tensions géopolitiques après l'invasion de l'Ukraine, avant de cesser définitivement de fonctionner après l'enregistrement d'énormes fuites de gaz précédées d'explosions sous-marines, toutes dans les eaux internationales.
Difficulté pour la Moldavie
De son côté, la Hongrie sera marginalement affectée car elle reçoit l'essentiel de ses importations de gaz russe via TurkStream, qui passe sous la mer Noire et donc pas par l'Ukraine. Le plus difficile sera finalement pour la Moldavie, mais pour une autre raison.
Le géant Gazprom doit cesser de livrer du gaz mercredi au pays, dans le contexte d'un différend financier avec cette ex-république soviétique qui vient de réélire une présidente pro-européenne. Signe de l'inquiétude grandissante, Chisinau a décrété l'état d'urgence après l'échec des négociations avec l'entreprise russe.
Gazprom avait déjà arrêté une grande partie de ses livraisons vers ce pays après le début de l'invasion russe en Ukraine, n'alimentant plus que la région séparatiste prorusse de Transdnistrie. Mais sa centrale thermique permet toujours de fournir 70% de l'électricité consommée par tout le pays, l'un des plus pauvres d'Europe.