« L'économie bleue devra être durable » (Rémi Parmentier, directeur du cabinet The Varda Group)
Propos recueillis par Laurence Bottero

Rémi Parmentier, Directeur du Cabinet Varda Group
LTD/IISD/ENB | Ángeles Estrada
Propos recueillis par Laurence Bottero

Rémi Parmentier, Directeur du Cabinet Varda Group
LTD/IISD/ENB | Ángeles Estrada
LA TRIBUNE DIMANCHE - La crise climatique est, dites-vous, une crise socio-écologique. Qu'entendez-vous par là ?
REMI PARMENTIER - L'océan est la salle des machines du système climatique mondial : il absorbe près de 90 % de l'excès de chaleur que nous produisons sur terre et un peu plus de 25 % du CO2. Mais cela a un coût pour l'océan et pour nous tous : d'une part les températures de l'océan augmentent, comme les riverains de la Méditerranée peuvent le constater chaque fois qu'ils mettent les pieds dans l'eau, et ce réchauffement est à l'origine de la multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes de type ouragan et de changements dans les routes migratoires des poissons. Par ailleurs, l'augmentation des concentrations de CO2 provoque ce que nous appelons l'acidification océanique : en changeant la composition chimique de l'océan la vie marine se voit affectée, en particuliers les mollusques et les crustacés avec des effets boomerang sur le reste de la chaîne alimentaire océanique. Tout ça sans oublier la montée du niveau de la mer en raison de la fonte des glaces un peu partout. La géographie du littoral est en train de se métamorphoser : dans une sorte d'« effet papillon », le réchauffement des zones polaires affecte de plus en plus notre littoral en France, en Europe et partout dans le monde - en particulier dans les îles et atolls de basse altitude.
Vous soulignez le besoin de ne plus laisser le « business as usual » dominer les business models. Comment faire évoluer les mentalités ? Sur quelles innovations faut-il s'appuyer ?
Les changements environnementaux que je viens de décrire appellent à une évolution des modes de production et de consommation, sinon la crise ne fera que s'amplifier. Mais il n'y a pas de crise sans opportunité, comme dit le proverbe. En accélérant la transition écologique vers une authentique transformation de nos modèles, nous gagnerons en compétitivité. Au moment où je vous parle, la présidente de la Commission européenne n'a pas encore annoncé la nomenclature exacte de la nouvelle Commission, mais le fait qu'elle considère la création d'une grande vice-présidence alliant transformation numérique et transformation écologique a fuité. Je ne sais pas si ça va se faire cette fois-ci, mais c'est intéressant. Bref, l'environnement est moteur d'innovation et de compétitivité.
Quel est et quel doit être le rôle de la recherche, des start-up ?
Moi qui m'occupe de politique environnementale depuis cinquante ans et m'approche de mes 70 ans, je trouve intéressant et encourageant de voir la multiplication de jeunes entrepreneurs qui font de l'innovation environnementale leur cœur de métier.
Est-il possible de revenir de la phase anthropocène dans laquelle nous sommes à la phase holocène ? Peut-on passer d'un océan désespéré à un océan porteur d'espoir ?
Activiste environnemental depuis cinquante ans, je n'ai pas seulement vu comment l'océan changeait, mais aussi comment nous le percevons, et comment la valeur que nous lui donnons continue à évoluer. Ne perdons pas espoir, sans oublier que c'est une course contre-la-montre, au train où vont les choses. D'où l'importance de ne pas rater l'opportunité transformatrice que peut représenter la conférence de Nice l'an prochain.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Les aires marines protégées font débat. Faut-il être plus exigeants sur ce point ?
Absolument. Il est absurde que des activités destructrices comme le chalutage de fond continuent à être autorisées dans des aires marines dites protégées. C'est un débat auquel la conférence de Nice n'échappera pas et on attend un engagement clair des États, au premier rang desquels la France, qui accueille la conférence.
L'économie bleue dominera-t-elle le monde ? Et comment la financer ?
L'économie bleue sera durable ou ne sera pas - si elle n'est pas durable, ce sera juste une autre bulle spéculative, avec les conséquences que vous pouvez imaginer. Avant de réclamer plus d'argent dans le cadre de l'économie bleue, les gouvernements devraient mettre en œuvre leurs engagements pris déjà de longue date dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce, des objectifs du développement durable et de la convention-cadre de l'ONU sur la biodiversité biologique, consistant à éliminer les subventions que les gouvernements continuent à distribuer par milliards chaque année à des secteurs industriels qui maintiennent des activités nocives pour l'environnement, par exemple dans les secteurs de l'énergie, de la pêche ou de l'agriculture. L'argent existe, il est juste mal employé et mal distribué. Et n'oublions pas que l'argent de ces subventions nous appartient, à nous les contribuables.
Faut-il, au niveau des États, créer un ministère de l'Océan ?
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C'est une des propositions de Let's Be Nice to the Ocean: partout, des ministères de l'Océan veillant sur nos mers nourricières et ses écosystèmes de façon holistique, et pas seulement des « ministères de la Pêche ». Il ne faut pas dire « attendons de voir ce que nous réservera la conférence de Nice », mais au contraire mettre des propositions innovantes sur le tapis niçois.
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