Le débat sur le solaire aux champs rebondit en Normandie. Le président de la région annonce le dépôt d’un recours devant le Conseil d’Etat contre le décret encadrant l’agrivoltaïsme. Dans l’attente de la décision, Hervé Morin espère qu’il refroidira les porteurs de projets.Et de deux ! Après la Confédération paysanne, c'est au tour de l'exécutif de la région Normandie, pourtant peu connu pour sa proximité avec le troisième syndicat agricole, d'annoncer qu'il va déposer un recours contre le décret encadrant l'implantation de panneaux solaires sur les espaces agricoles. Son président Hervé Morin avait déjà proscrit l'agrivoltaïsme de son schéma régional d'aménagement (SRADDET). Cette fois, il franchit une marche supplémentaire pour, explique t-il, « éviter un développement nocif, débridé et anarchique » du solaire aux champs.
Pour l'ancien ministre de la défense, le texte paru le 9 avril présente plusieurs défauts rédhibitoires, qui font peser un grave risque sur l'écosystème agricole et agroalimentaire normand. Se disant soutenu par la Chambre régionale d'agriculture, il pointe en particulier l'autorisation de couvrir de panneaux la totalité des surfaces en herbe (800.000 hectares en Normandie) où paissent les troupeaux.
Sa crainte ? Que l'élevage ne devienne alors un pis aller pour des agriculteurs en quête des revenus plus confortables promis par les énergéticiens. « Si on peut couvrir 100% des prairies, la production animale va devenir un alibi pour ceux qui peuvent vivre avec des panneaux photovoltaïques. Derrière, c'est toute la filière laitière qui s'effondrera », prévient-il.
L'approche jacobine contestée
Autre faiblesse du décret dénoncée par Hervé Morin, son application uniforme sans considération pour les spécificités des territoires. « La question ne se pose pas de la même façon en Normandie qu'en Occitanie. Le seuil de couverture de 40% prévu pour les surfaces cultivées peut se concevoir au Sud de la Loire mais pas au Nord », martèle t-il. Pour l'intéressé, le gouvernement fait fi, au passage, des nouvelles compétences des régions en matière de déploiement des énergies renouvelables. « C'est une négation des dispositions prévues par la loi », peste-t-il.