Nouvelle étape cruciale de franchie vers la mise en route de l'EPR de Flamanville
latribune.fr
L'ASN « a reçu aujourd'hui la demande d'EDF pour la divergence de l'EPR », a confirmé le gendarme du nucléaire, qui doit l'examiner « dans les prochains jours ».
Stephanie Lecocq
EDF a déposé ce vendredi sa demande d'autorisation pour procéder à la « divergence » de l'EPR de Flamanville, c'est-à-dire la première réaction nucléaire du réacteur normand. Selon le calendrier d'EDF, le 57e réacteur français devrait commencer à livrer ses premiers mégawatts d'ici la fin de l'été, soit avant le 21 septembre.
Nouvelle étape cruciale vers la mise en fonctionnement de l'EPR de Flamanville. EDF a déposé ce vendredi sa demande d'autorisation pour procéder à la « divergence », c'est-à-dire la première fission nucléaire du réacteur, a indiqué à l'AFP l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
L'ASN « a reçu aujourd'hui la demande d'EDF pour la divergence de l'EPR », a confirmé le gendarme du nucléaire, qui doit l'examiner « dans les prochains jours ». A noter : l'ASN dispose d'un délai de 4 jours ouvrés pour y répondre. Cette demande était initialement attendue en juillet, mais EDF avait dû y renoncer en raison d'un certain nombre d'aléas techniques, selon Les Echos.
L'autorisation de l'ASN est « une condition nécessaire, mais pas suffisante » pour activer le cœur du réacteur, précisait début juillet à La Tribune Alain Morvan, directeur de projet Flamanville 3. Cette décision reviendra en effet à Grégory Heinfling, le directeur d'exploitation du réacteur, lorsque ce dernier estimera que toutes les conditions de sûreté sont réunies.
Pour mémoire, l'exploitant des centrales nucléaires a reçu le 7 mai le feu vert de l'ASN pour la mise en service du 57e réacteur français, installé à côté de deux plus anciens, à Flamanville. EDF a alors immédiatement procédé au chargement de 60.000 crayons de combustible nucléaire dans la cuve du réacteur. L'étape de chargement, clé pour le lancement progressif de la production d'électricité, s'est achevée à la mi-mai.
Une étape cruciale vers le démarrage du réacteur
La divergence est une étape technique cruciale dans la phase de démarrage du réacteur normand. Celle-ci correspond à l'initiation du processus de réaction nucléaire en chaîne, laquelle permettra de produire de l'énergie sous forme de chaleur et de vapeur, dans un premier temps.
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A quelques minutes de cette opération très minutieuse, les équipes de conduite d'EDF en salle de commandes entendront réellement un son répétitif de coups nets, tel un battement de cœur. Ce martèlement correspond à « l'image sonore de l'évolution du flux neutronique », très utile pour guider les opérateurs, avait aussi expliqué en juillet François Tronet, formateur chez EDF.
La maîtrise du flux neutronique joue un rôle essentiel dans cette étape. Et pour cause, il s'agira de projeter des neutrons sur des atomes d'uranium très lourds, lesquels éclateront et libéreront une grande quantité d'énergie, mais aussi d'autres neutrons qui casseront à leur tour d'autres noyaux, et ainsi de suite. De sorte que la réaction s'auto-entretiendra.
En attendant le jour J, les répétitions générales se sont multipliées pour jouer et rejouer cette divergence, et ce grâce à un simulateur. « Chaque équipe de conduite l'a déjà fait deux ou trois fois », assurait à ce sujet, toujours auprès de La Tribune, Grégory Heinfling, directeur d'exploitation de l'EPR.
Première livraison d'électricité au plus tard le 21 septembre
En ce qui concerne le raccordement, ou « couplage », au réseau électrique de ce nouveau réacteur à eau pressurisée, le 4e de ce type installé dans le monde, « il n'y a pas d'évolution de planning », a indiqué ce vendredi EDF.
A rappeler également : le déclenchement de la divergence ne sera pas synonyme de production électrique, laquelle ne démarrera que lorsque la puissance du réacteur aura atteint 25% de sa capacité nominale. A ce moment précis, 400 mégawatts (MW) seront directement injectés sur le réseau.
Actuellement, l'énergéticien tricolore table sur une livraison des premiers électrons avant la fin de l'été, et donc au plus tard le 21 septembre, soit 12 ans après le calendrier prévu initialement. Quant à la production électrique à pleine puissance, elle est attendue d'ici la fin de l'année.
EDF veut construire ses réacteurs 2 à 3 fois plus vite
Une déclaration forte, loin d'être un hasard du calendrier. A quelques jours du démarrage de l'EPR de Flamanville, et alors que la Chine vient tout juste d'annoncer un programme d'investissement massif dans l'atome, Luc Rémont, PDG d'EDF, a déclaré mardi que le délai de construction des centrales nucléaires devra être réduit, à terme, à moins de six ans. Le but, selon le dirigeant qui s'exprimait depuis la REF, événement phare du Medef, dédié aux chefs d'entreprises français : « Ramener à l'échelle industrielle » la construction de réacteurs, et par là même, l'entreprise EDF au centre du jeu.
Car jusqu'ici, les résultats ont été catastrophiques : au lieu de cinq ans, la livraison de l'EPR de Flamanville, le tout premier mis au point sur le territoire, a pris dix-sept ans. Soit près de trois fois plus que pour les centrales du parc historique, édifiées entre 1960 et 2002. L'objectif sera donc de revenir, à l'avenir, à « 70 mois pour la construction », soit un « raccourcissement très significatif par rapport aux dernières réalisations », a ainsi souligné cette semaine le patron de l'énergéticien.