Pollution plastique : échec des négociations à Busan, ce qu'il faut retenir
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Plus de 90% du plastique dans le monde n'est pas recyclé et des millions de tonnes finissent chaque année dans la nature ou dans les océans.
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Plus de 90% du plastique dans le monde n'est pas recyclé et des millions de tonnes finissent chaque année dans la nature ou dans les océans.
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[Article publié le lundi 2 décembre 2024 à 10h52, mis à jour à 13h50] Le scénario était redouté et a été confirmé dimanche : aucun accord n'a été conclu autour d'un traité mondial contre la pollution plastique. Pendant une semaine pourtant, les représentants de plus de 170 pays, réunis à Busan en Corée du Sud, ont tenté de trouver une solution pour réduire la pollution plastique.
« Il est évident qu'il ne s'agit pas d'un échec », a néanmoins affirmé ce lundi la cheffe du Programme environnemental de l'ONU, Inger Andersen, dans un entretien avec l'AFP. Et d'ajouter : « Nous avons effectué de très, très bons progrès » depuis la première réunion sur ce sujet en 2022, estime-t-elle. À ses yeux, le délai de deux ans fixé pour la conclusion de ce traité mondial historique était ainsi « très ambitieux », pour ne pas dire trop.
Cette semaine a constitué le cinquième cycle de négociations autour de ce sujet. Au terme des quatre précédents, les désaccords s'étaient matérialisés par un avant-projet de traité de 77 pages, aussi gigantesque que contradictoire. À Busan, Luis Vayas Valdivieso a obtenu que tous les pays acceptent, comme base de la négociation, un texte réduit à une vingtaine de pages rédigé par lui-même. Ce qu'Inger Andersen a salué.
Un avis partagé par la cheffe de la délégation rwandaise, Juliet Kabera. « Nous avons réalisé des progrès indispensables sur une série de questions qui seront cruciales pour que le traité atteigne son objectif de protection de la santé humaine et de l'environnement contre les effets néfastes de la pollution plastique », a-t-elle déclaré à la fin de la conférence. Et le Norvégien Erland Draget de souligner que « pour la première fois, les contours d'un traité apparaissent » dans le dernier texte auquel sont parvenus les négociateurs.
Reste que même ce nouvel avant-projet de traité comporte un nombre colossal de contradictions et de nombreux points d'achoppement.
Parmi les sujets de friction, celui sur la production du plastique. La résolution de l'ONU de 2022, qui a lancé les négociations sur le traité, prévoit « une production et une consommation durable du plastique ». Des termes à la signification très différente selon les parties. D'un côté, une large majorité de pays, regroupés sous l'appellation « la Coalition des hautes ambitions », souhaitent limiter la production et interdire certains produits dangereux ainsi que les plastiques à usage unique. Mais d'autres s'opposent à toute réduction contraignante, au premier rang desquels plusieurs gros producteurs de pétrole comme la Russie, l'Iran et l'Arabie saoudite.
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La « Coalition des hautes ambitions » soutient par ailleurs des mesures visant à réduire ou éliminer les « produits chimiques problématiques » pour la santé humaine, sur la base de critères mesurables. Mais certains pays continuent à rejeter toute initiative en ce sens, invoquant les accords internationaux (Reach en Europe, par exemple) et les réglementations nationales existants en matière de toxines.
Plus globalement, une question demeure sans réponse. Le traité doit-il créer des règles mondiales globales qui contraindront toutes les nations à respecter les mêmes normes ou permettra-t-il à chaque pays de fixer ses propres objectifs ? Là encore, les avis divergent. L'Union européenne a prévenu d'emblée qu'elle ne soutiendrait pas « un traité dans lequel chaque partie ne ferait que ce qu'elle juge nécessaire ». De l'autre côté, certains pays affirment que les différences de niveau de capacité et de croissance économique rendent les normes communes déraisonnables.
Enfin, autre point de friction et pas des moindres : le financement. La mise en œuvre d'un traité coûtera de l'argent, notamment en ce qui concerne la collecte, le tri et le recyclage des déchets plastiques. Argent que les pays en développement affirment ne pas avoir. Ils soutiennent en outre que les pays riches, qui ont historiquement bénéficié d'activités industrielles liées à la production de plastique, doivent mettre la main au portefeuille. Mais les pays développés rétorquent que la majeure partie de la production de plastique dans le monde est le fait de pays en développement.
Face à tous ces points non réglés, plusieurs pays ont donc insisté pour que l'ensemble du texte soit ouvert à la renégociation ou amendable lors d'un prochain cycle de négociations. Aucune date ni aucun lieu n'ont toutefois été encore fixés pour la reprise des échanges. Le Canada et la France ont en tout cas demandé que ce prochain rendez-vous se fasse au niveau gouvernemental, et non entre ambassadeurs et hauts fonctionnaires.
Malgré ces bonnes intentions, les organisations de défense de l'environnement redoutent déjà que cette nouvelle phase de pourparlers ne fasse que reproduire l'impasse constatée à Busan. « Des conversations significatives » sont nécessaires entre les pays pour réduire leurs divergences avant de nouvelles négociations, a reconnu Inger Andersen.
Inger Andersen s'est dite « absolument déterminée » à voir un accord émerger en 2025. « Le plus tôt sera le mieux, car nous avons un énorme problème », a-t-elle rappelé. Les faits sont en effet alarmants. Plus de 90% du plastique dans le monde n'est pas recyclé. Et des millions de tonnes finissent chaque année dans la nature ou dans les océans, s'infiltrant dans l'eau potable, dans les aliments et même dans le corps humain. Si rien n'est fait, la pollution plastique pourrait tripler dans le monde d'ici 2060, selon un calcul de l'OCDE. Sachant que la production mondiale a déjà triplé, à 1,2 milliard de tonnes actuellement contre 460 millions de tonnes en 2019.
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La responsable onusienne s'affiche toutefois optimiste. Pour elle, aller de l'avant reste possible. « C'est comme ça que fonctionnent les négociations. Les pays ont des intérêts différents, ils les exposent, et alors des conversations doivent avoir lieu (...) pour chercher un terrain d'entente », a-t-elle conclu.
(Avec AFP)
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