Production d'électricité : le charbon dépassé par les renouvelables dès 2025, selon l'AIE
latribune.fr
15/01/2023 18:10 PICTURE ENVIRONMENT-CLIMATE-DEMONSTRATIONS Further development on the evacuation of Lützerath Disclaimer: This asset – including all text, audio and imagery – is provided by DPA / Picture Alliance. Reuters Connect has not verified or...
La quantité d'électricité produite à partir du charbon, dans le monde, devrait être inférieure à l'électricité issue d'énergies renouvelables à partir de 2025, a affirmé l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ce vendredi. La production électrique issue du charbon ne devrait cependant pas diminuer en volume à court terme, au vu des besoins de la Chine.
Voilà une nouvelle encourageante pour le climat. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la quantité d'électricité d'origine renouvelable produite à l'échelle mondiale devrait dépasser en 2025 pour la première fois celle issue du charbon.
Ce bond de la demande mondiale «révèle le rôle croissant de l'électricité dans nos économies mais aussi l'impact des canicules sévères», a pointé, ce vendredi, Keisuke Sadamori, directeur Marchés et sécurité énergétiques de l'AIE, soulignant que l'essor des modes de production décarbonées n'est pas encore assez rapide.
Hydroélectricité, solaire, éolien... Les renouvelables devraient fournir globalement 35% de l'électricité en 2025, contre 30% en 2023. Le photovoltaïque seul devrait couvrir pour moitié la croissance de la demande (solaire et éolien couvrant à eux deux 75%), note un rapport sur l'électricité publié lui aussi ce vendredi.
La production électrique issue de centrales à charbon ne devrait cependant pas décliner dès 2024, en raison d'une très forte hausse des besoins en Chine et en Inde en particulier. Cependant, l'AIE ajoute que les capacités hydrauliques chinoises pourraient créer la surprise, et in fine faire baisser, dès cette année, la part du charbon et avec elle les émissions globales de CO2 du secteur électrique.
La demande et les investissements en électricité décarbonnée au plus haut
Globalement, l'Agence observe un retour à une croissance annuelle de la demande d'électricité à des niveaux jamais vus depuis 2007 (hors rebond post-Covid). Selon l'AIE, la demande mondiale d'électricité, poussée par l'activité économique et l'électrification des équipements, devrait croître de 4% en 2024, et de 4% encore en 2025 (contre 2,3% en 2023).
Aux Etats-Unis, où la demande de courant avait reculé l'an dernier pour cause de météo tempérée, elle devrait croître de 3% cette année, du fait de l'activité économique, des besoins en climatisation et des besoins - encore mal évalués -, des data centers sur fond d'essor de l'intelligence artificielle. En Inde, elle devrait bondir de 8% cette année, en raison aussi des canicules dont le pays est victime. En Chine, elle est attendue à +6%. Enfin, la demande électrique en Europe est attendue à +1,7%, après deux ans de repli lié à la crise de l'énergie et la flambée des prix.
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En parallèle, les investissements dans le solaire« devraient dépasser 500 milliards de dollars »cette année, selon l'Agence internationale de l'Énergie (AIE) dans son rapport annuel consacré aux investissements dans l'énergie publié le 6 juin.
Un montant qui « [surpassera] toutes les autres sources de production (électrique) réunies », est-il précisé. Plus globalement, c'est l'ensemble des sommes allouées au développement des énergies renouvelables que l'AIE attend à la hausse. Malgré la hausse des taux d'intérêt, qui freine les nouveaux projets, notamment dans les pays du Sud, « les investissements mondiaux dans les énergies propres devraient presque doubler par rapport aux combustibles fossiles en 2024, grâce à l'amélioration des chaînes d'approvisionnement et à la baisse des coûts des technologies propres », peut-on lire dans son rapport.
Le monde dépensera ainsi, en 2024, 2.000 milliards de dollars pour s'équiper dans les énergies propres (solaire, éolien et nucléaire, véhicules électriques, réseaux et stockage électriques, carburants bas carbone, efficacité énergétique, pompes à chaleur). Soit deux fois plus que le montant pour les énergies fossiles (1.000 milliards). Les investissements pour l'extraction et la production de gaz et de pétrole devraient atteindre cette année 570 milliards de dollars (+7% après 9% en 2023).
«Il est encourageant de voir la part des énergies propres grandir, mais cela doit se produire plus rapidement», a cependant commenté, ce vendredi, Keisuke Sadamori, appelant à renforcer les réseaux et à de meilleures normes d'efficacité énergétique «pour réduire les impacts d'une demande de climatisation croissante».
L'AIE appelle à aller encore plus vite
Selon un rapport de l'Agence, dévoilé le 4 juin, les Etats manquent toujours d'ambition pour développer les énergies renouvelables. Ce constat est à mettre en perspective avec l'objectif mondial de triplement nécessaire d'ici 2030 pour endiguer le réchauffement de la planète.
L'espoir est de mise : les politiques des 150 pays analysés par l'AIE devraient, à ce stade, conduire à avoir près de 8.000 gigawatts (GW) de capacités dans le monde à l'échéance 2030 (éolien, solaire, hydroélectricité...). Ce n'est pas encore les 11.000 GW nécessaires, mais ces 8.000 GW, c'est beaucoup mieux que ce que le monde prévoyait il y a encore quelques années, souligne l'Agence.
Depuis l'accord de Paris sur le climat de 2015 (COP21), le monde a, chaque année, ajouté en moyenne 11% de nouvelles installations renouvelables, dont les coûts se sont effondrés. Et l'an dernier, il a installé un niveau historique de 50% de plus par rapport à 2022 (plus de 500 GW sur la seule année 2023).
«La croissance record de l'an dernier met l'objectif de triplement à notre portée, et devrait donner aux dirigeants suffisamment de confiance pour revoir à la hausse» leurs engagements, a souligné Katye Altieri, analyste au centre de réflexion Ember, réagissant au rapport de l'AIE.
« Les projets des pays ne sont pas encore alignés avec cet objectif clé (de triplement) fixé à la COP28, mais les gouvernements ont les moyens d'accélérer dans les mois qui viennent », souligne l'analyse, publiée six mois après la réunion internationale sur le climat de l'ONU à Dubaï. Au cours de cette COP28, les Etats s'étaient engagés à agir pour multiplier par trois les capacités de renouvelables d'ici 2030.
L'AIE alerte sur un risque d'« excédent majeur » de production de pétrole d'ici 2030
L'Agence internationale de l'énergie s'attend à un « excédent majeur » sur les marchés du pétrole d'ici 2030, selon un rapport annuel publié le 12 juin. Essor des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique, accélération des voitures électriques... A mesure que la transition énergétique progresse, « la croissance de la demande mondiale de pétrole devrait ralentir dans les années à venir », souligne l'AIE dans ce rapport sur le pétrole.
L'AIE prévoit ainsi que la demande mondiale de pétrole, en incluant les biocarburants, « se stabilisera à près de 106 millions de barils par jour vers la fin de la décennie », contre un peu plus de 102 millions de barils par jour en 2023. Une progression d'un peu moins de 4% seulement, tirée par les économies émergentes d'Asie, en particulier la Chine et l'Inde, tandis que la demande chute dans les économies avancées.
« Dans le même temps », explique l'AIE, « la production mondiale de pétrole devrait augmenter, atténuant les tensions sur le marché et poussant les capacités de production supplémentaires vers des niveaux jamais vus en dehors de la crise du Covid » en 2020.
L'augmentation de l'approvisionnement mondial en or noir, sous l'impulsion des producteurs non membres de l'OPEP+, notamment des Etats-Unis, devrait dépasser la demande prévue dès 2025. La capacité totale d'approvisionnement devrait atteindre près de 114 millions de barils par jour d'ici à 2030, dépassant de 8 millions de barils par jour la demande mondiale estimée. Cet excédent de production « pourrait ouvrir la voie à un environnement de prix du pétrole plus bas », souligne l'AIE.