Les Etats doivent encore renforcer leurs plans en faveur des énergies renouvelables pour atteindre d'ici 2030 l'objectif mondial de triplement nécessaire pour endiguer le réchauffement de la planète, souligne mardi l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
Encore un effort. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui a dévoilé un rapport ce mardi, les Etats manquent toujours d'ambition pour développer les énergies renouvelables. Ce constat est à mettre en perspective avec l'objectif mondial de triplement nécessaire d'ici 2030 pour endiguer le réchauffement de la planète.
L'espoir est de mise : les politiques des 150 pays analysés par l'AIE devraient à ce stade conduire à avoir près de 8.000 gigawatts (GW) de capacités dans le monde à l'échéance 2030 (éolien, solaire, hydroélectricité...). Ce n'est pas encore les 11.000 GW nécessaires, mais ces 8.000 GW c'est beaucoup mieux que ce que le monde prévoyait il y a encore quelques années, souligne l'Agence.
« Les projets des pays ne sont pas encore alignés avec cet objectif clé (de triplement) fixé à la COP28, mais les gouvernements ont les moyens d'accélérer dans les mois qui viennent », souligne l'analyse, publiée six mois après la réunion internationale sur le climat de l'ONU à Dubaï. Au cours de cette COP28, les Etats s'étaient engagés à agir pour multiplier par trois les capacités de renouvelables d'ici 2030.
Le monde a chaque année ajouté en moyenne 11% de nouvelles installations renouvelables depuis 2011
Objectif : remplacer les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) qui émettent du CO2 dans l'atmosphère afin de maintenir le réchauffement de la planète sous 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle. Depuis l'accord de Paris sur le climat de 2015 (COP21), le monde a, chaque année, ajouté en moyenne 11% de nouvelles installations renouvelables, dont les coûts se sont effondrés. Et l'an dernier, il a installé un niveau historique de 50% de plus par rapport à 2022 (plus de 500 GW sur la seule année 2023).
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«La croissance record de l'an dernier met l'objectif de triplement à notre portée, et devrait donner aux dirigeants suffisamment de confiance pour revoir à la hausse» leurs engagements, a souligné Katye Altieri, analyste au centre de réflexion Ember, réagissant au rapport de l'AIE.
En Chine, par exemple, les émissions de dioxyde de carbone ont diminué en mars pour la première fois depuis la réouverture de son économie après la pandémie de Covid-19. Cette baisse découle bien d'une augmentation des capacités en énergies renouvelables, qui ont couvert la quasi-totalité de la croissance de la demande d'électricité sur cette période. Mieux, « si cette capacité continue à croître à des niveaux records, les émissions chinoises pourraient avoir atteint leur maximum en 2023 », selon l'analyse de Lauri Myllyvirta, du Centre de recherche sur l'énergie et la propreté de l'air (CREA).
Aux Etats-Unis, même une victoire de Donald Trump, ne devrait pas remettre en cause le plan climat de Joe Biden
Aux Etats-Unis, mi-mai, la principale conseillère économique de la Maison-Blanche s'est montrée confiante dans le fait que les investissements prévus par le grand plan climat de Joe Biden, l'Inflation réduction act (IRA), seraient maintenus même en cas de victoire de Donald Trump. « Je m'attends à ce que, quelles que soient les circonstances, la loi soit fidèlement appliquée », a déclaré Lael Brainard, lors d'une discussion à la Brookings Institution, à Washington.
L'IRA, le grand plan climat que le président démocrate Joe Biden a fait voter à l'été 2022, prévoit notamment un soutien au développement d'industries locales pour les énergies renouvelables ou les véhicules électriques. L'IRA a fléché 370 milliards de dollars vers les énergies propres. Des crédits d'impôts sont également offerts pour l'achat de certaines voitures électriques, fabriquées aux États-Unis. Lael Brainard a précisé que 100.000 personnes ont à ce jour bénéficié de ce crédit d'impôt.
En France, une politique établir en 2022 à Belfort
En France, mi-mai, Emmanuel Macron, à l'occasion de l'inauguration à Fécamp du troisième parc français d'éoliennes en mer, a défendu sa politique énergétique définie à Belfort en 2022, qui mise à la fois sur le développement des renouvelables et la relance de l'atome. « C'est positif que le président souligne que les énergies renouvelables sont tout aussi importantes que le nucléaire », avait alors estimé Andreas Rüdinger, de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).
Selon cet expert de la transition énergétique, « même si la France revendique de marcher sur ses deux jambes, il ne faut pas se tromper sur les défis à venir : l'électrification prévue d'ici 2035 (...) dépendra en premier lieu de la capacité à accélérer le développement de toutes les filières d'énergies renouvelables (éolien offshore, terrestre et photovoltaïque) ».
« Transformer les promesses en action »
De son côté, l'Australie vient de débloquer 14 milliards d'euros pour devenir « une superpuissance » des énergies renouvelables.
Avec la révision attendue début 2025 des engagements climatiques nationaux, dans le cadre du processus de l'ONU, « les pays ont une occasion majeure de développer des plans clairs de soutien à ces énergies pour permettre au monde d'approcher son objectif », martèle l'AIE.
« Ce rapport montre que l'objectif de triplement est ambitieux, mais réalisable - à la condition que les gouvernements transforment les promesses en plans d'action », souligne le directeur de l'AIE, Fatih Birol, relevant que cet engagement, avec l'objectif de doubler l'efficacité énergétique, annonce « un système énergétique plus sûr, plus abordable et plus durable ».