Un projet de loi relatif à la souveraineté énergétique est en préparation. Le texte mentionne bien le rôle des énergies renouvelables pour la sécurité d’approvisionnement du pays sans pour autant assigner d’objectifs précis à leur déploiement... contrairement au nucléaire. Tandis que le gouvernement défend une approche « neutre technologiquement », plusieurs observateurs y voient une manœuvre politique pour obtenir le vote du texte au Parlement.Le gouvernement a-t-il supprimé les grands objectifs chiffrés de développement des énergies renouvelables dans son projet de loi relatif à la souveraineté énergétique par crainte que la droite s'y oppose et bloque le vote du texte ? C'est en tout cas une explication qu'avancent et déplorent plusieurs acteurs du secteur, dont Jules Nyssen, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), alors que l'adoption de la loi sur l'accélération des énergies renouvelables, au printemps dernier, avait déjà suscité de vifs débats parlementaires.
« Le gouvernement présuppose que les députés LR ne voudront pas entendre parler d'énergies renouvelables. Il y a une volonté de privilégier le fait qu'un texte soit voté à son contenu », regrette-t-il.
«On se retrouve donc avec un projet de loi où le récit de l'avenir énergétique de la France ne repose que sur le nucléaire. Alors que la ministre assure que les énergies renouvelables sont complémentaires, où sont les objectifs chiffrés ? Il manque une donnée de l'équation. Je suis extrêmement surpris de la première version de ce texte de loi. C'est la mauvaise nouvelle de la rentrée», lâche, très irrité, le représentant de la filière.
Eviter un blocage de la droite
« L'extrême droite et la droite ne voteront aucun projet aussi ambitieux que ce que souhaite faire le gouvernement sur le solaire et l'éolien offshore. (...) C'est une question politique. Si l'aile gauche de l'Assemblée nationale soutenait beaucoup plus activement les énergies renouvelables, nous aurions peut-être eu un projet de loi plus engageant sur ces dernières », estime, pour sa part, Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting.
Dans une interview accordée dimanche 7 janvier dans nos colonnes, la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a présenté les grandes lignes d'un avant projet de loi visant à assurer la souveraineté énergétique de la France à l'horizon 2035. Le texte fait la part belle à l'atome civil en lui assignant plusieurs objectifs précis. Il est ainsi question de « maintenir une puissance installée d'au moins 63 GW et une disponibilité d'au moins 66 %, avec l'objectif d'atteindre une disponibilité de 75 % à partir de 2030, assurant un socle de sécurité d'approvisionnement jusqu'en 2035 ».