Traversée d’un côté par le fleuve Orne et de l’autre par un canal, l’agglomération de Caen repense son avenir à l’aune de la montée des eaux qui menace la bande de terre de 15.000 km2 qui relie son centre-ville à la mer.En 2023, l'agglomération de Caen-la-mer stupéfiait le petit monde de la promotion immobilière en portant un coup d'arrêt définitif au projet d'éco-quartier « de la presqu'ile » dont la construction allait débuter quelques semaines plus tard, au terme de vingt ans d'études. Bordé d'un côté par un canal et de l'autre par le fleuve Orne, l'ancienne friche portuaire de 300 hectares devait pourtant devenir le coeur battant de la cité de Guillaume le Conquérant. Un quartier de 2.500 logements et presque autant de commerces.
C'était sans compter sur l'accélération du changement climatique. Non que les aménageurs aient négligé l'élévation du niveau de la mer, leurs plans l'avaient bien pris en compte. Mais trop peu. Le rêve s'est fracassé sur la révision à la hausse des prévisions du GIEC. Président de la communauté urbaine à l'époque, Joël Bruneau s'est résolu « en responsabilité » à renvoyer les pelleteuses au garage « pour ne pas créer un défi supplémentaire pour les générations futures ».
Touchée mais pas coulée
Deux ans plus tard, l'intéressé est devenu député et le nouvel exécutif de l'agglomération replace l'ouvrage sur le métier à l'aune des données réactualisées des experts du climat. « Le GIEC prévoit maintenant une hausse de 1,50 mètre dans 50 ans contre 1 mètre hier. On réoriente donc le projet pendant qu'il en est encore temps », résume son successeur, Nicolas Joyau. Mais plus question de borner la réflexion à la seule presqu'ile où l'agglomération se contente, pour l'instant, d'aménager un parc urbain de quelques hectares.
Cette fois, il s'agit de repenser les usages sur toute la bande de terre de 15 kilomètres de long qui relie Caen à la mer depuis l'agriculture, jusqu'aux activités économiques en passant par le logement, les loisirs ou les infrastructures. Facile à dire, beaucoup moins aisé à mettre en musique.
«Tout ce qui était prévu est caduque,concède la sénatrice du Calvados, Sonia de la Provôté. Il faut reprendre à la base en englobant tout le fond de l'estuaire où on sait qu'il va falloir apprendre à vivre avec les aléas».