Pour pallier les effets négatifs du réchauffement climatique, les vins du Centre-Loire et de Bourgogne, issus majoritairement des cépages blancs sauvignon et rouges pinot noir, ont créé des ceps de vignes spécialement adaptés à ce changement. Environ 200 000 de ces plans ont été plantés en amont des vendanges.Les vendanges ont débuté cette année début septembre avec 15 jours d'avance à Sancerre, à Quincy ainsi qu'à Reuilly, trois des neuf appellations des vins du Centre Loire. Issus du cépage sauvignon, ils sont élevés dans le Cher, dans l'Indre et au nord-ouest de la Nièvre. Du jamais vu depuis 2003 !
«Cette précocité de la récolte constitue la phase ultime des conséquences du réchauffement climatique, explique Pierre Morin, viticulteur à Bué près de Sancerre.Elles se traduisent en amont par une concentration plus rapide des sucres, une acidité en baisse et une maturité aromatique désynchronisée. Sans action particulière, nos vins seraient aujourd'hui déséquilibrés et dénaturés, et présenteraient notamment taux d'alcool excessif ».
Conservatoire et vigne mère
Dans les faits entre 200 et 250 000 ceps de haute qualité, respectant le patrimoine génétique du sauvignon et capables de pallier ces inconvénients, sont plantés chaque année depuis 2020 sur les 6.000 hectares que compte ce vignoble du Centre-Val de Loire. Afin de préserver la typicité du sauvignon, cépage emblématique du bassin ligérien apprécié en France et à l'international pour sa fraîcheur et ses notes florales, Le Bureau Interprofessionnel des Vins du Centre (BIVC) a en effet créé dès 2014 une unité de recherche agronomique spécifiquement dédiée, sorte de « conservatoire » du cépage.
Installé sur une parcelle viticole plantée à Saint-Père près de Cosne-sur-Loire dans l'appellation Côteaux du Giennois, le Centre Expérimental de Production et de Sélection (CEPS) pratique la sélection dite massale des pieds de vigne par opposition à la sélection clonale. « Elle consiste à planter une multiplicité de plans de sauvignon intéressants pour leurs qualités sanitaires, agronomiques et œnologiques, précise Arnaud Bourgeois, vice-président du BIVC. Les greffons sélectionnés sur cette vigne mère sont ensuite reproduits par six pépiniéristes, tenus par un cahier des charges draconiens, qui commercialisent ces ceps de haute qualité auprès des vignerons. Cette méthode est plus vertueuse que le clonage qui appauvrit la diversité génétique du sauvignon ».
Guillaume Fischer (avec Amandine Ibled, en Bourgogne-Franche-Comté)