La prière de Bernard-Henri Lévy

Anna Cabana
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
© LTD / BRUNO ARBESU/REA

Anna Cabana
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
© LTD / BRUNO ARBESU/REA
Faut-il qu'il considère l'heure grave pour que Bernard-Henri Lévy finisse ce livre-ci par une... prière ! Lui l'irréligieux revendiqué, lui qui a toujours claironné et jamais imploré, lui qui pas une fois n'a renoncé, sous prétexte qu'elles menaçaient de desservir ses causes, aux leçons d'indignation-de-courage-et-on-en-passe que depuis cinquante ans ses chemises blanches trop ouvertes s'en vont donner aux chancelleries du monde entier, s'abstient soudain de faire le malin. Dans Solitude d'Israël, point de grands mots lyrico-sévères ou d'arrogances empanachées. Comme si, cette fois, il avait conscience de ne pouvoir prendre le risque de fatiguer. La défense d'Israël oblige BHL à se dépouiller du BHLisme.
À lire également
C'est l'extrême sobriété de son texte qui nous a alertée. Quand on lui soumet ce sentiment, son corps ne se défile pas ; il quitte l'arrière de sa chaise pour faire face : « La situation est plus inquiétante qu'elle ne l'a jamais été. Il y a quelque chose qui est au bord de craquer... Les Juifs, contrairement à ce que pensent les imbéciles, sont plus fragiles que bien des "damnés de la terre". Depuis quatre-vingts ans, ils ont été un peu protégés par la mémoire de la Shoah mais la parenthèse est en train de se refermer. » On aperçoit à son poignet deux pointes de tissu rouge dépasser, pendouillantes, de son costume. À notre demande, il remonte la manche.
Anna Cabana