Livre : « Compléments à la théorie sexuelle et sur l'amour », guide de haute pensée
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Pascal Quignard, écrivain français
© MATSAS/LEEXTRA VIA OPALE.PHOTO
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Pascal Quignard, écrivain français
© MATSAS/LEEXTRA VIA OPALE.PHOTO
Un genre littéraire, c'est comme une maison : cela s'habite, et si certains écrivains préfèrent les architectures éprouvées, comme celle du polar, voire préfabriquées, comme celle de la romance, d'autres ont besoin d'édifices personnalisés pour laisser s'épanouir leur inspiration. Tel Pascal Quignard, qui s'est bâti, à force de livres inclassables, un beau domaine aux frontières de l'essai, du roman, de l'autobiographie et de l'historiographie. Dans ce lieu fascinant et ouvert à tous, les fleuves Narration et Réflexion confluent jusqu'à se confondre, et des nuages de paragraphes lyriques ont tôt fait de vous porter vers un ciel de hautes pensées. Là, les déesses locales - Antiquité, Littérature, Psychanalyse, Peinture - se renvoient la balle... Mais le problème avec les dieux et les devins, c'est qu'on ne comprend pas toujours ce qu'ils veulent dire, et l'élucidation de leurs sentences cryptiques augmente souvent le mystère.
À lire également
Quignard commence par une interrogation à la fois centrale et que nous ne nous posons jamais : pourquoi avons-nous proscrit la représentation du coït, alors que de toute évidence c'est de là que vient chacun d'entre nous ? Alors que « nous sommes la seule espèce qui relie sexualité et reproduction » et que, comme nous l'a appris Freud, « personne ne peut s'élever au-dessus de sa genèse » ? Pour y répondre, le livre invoque des foules, dont Tirésias, « le dernier chamane de l'histoire des Grecs », qui fut homme et femme, et qui jugeait que pour une mesure de plaisir masculin il y en avait neuf féminines - parlait-il des neuf mois qui prolongent éventuellement l'acte ? Vient aussi la Vénus d'Urbin, saisie nue par le Titien dans un geste d'une pudeur si ambiguë qu'il suggère aussi la masturbation : quelle leçon cache son sourire ? Et encore les figures pariétales des chasseurs-cueilleurs : l'homme bison prêt à saillir la femme lionne, en un paléolithique où cette figuration n'était donc pas honnie mais sacralisée... On y retrouve aussi le goût de l'auteur pour les chats, en qui il voit l'image de l'in-fant : l'être d'avant la socialisation... Bref, tout cela vole haut, et c'est un plaisir.
Courbet, Rembrandt, Monet, De Vinci... Quand les artistes explorent l'art de l'autoportrait
Olivier Faure, une « pré-primaire » pour contraindre Glucksmann. La chronique politique de Pierre Lepelletier
Présidentielle 2027 : Dominique de Villepin soigne sa gauche
Ces macronistes bientôt arrimés à Pécresse