Est-ce parce qu'ils ont en partage cette blancheur-blondeur échevelée - que le jean noir terre à terre qu'ils portent l'un comme l'autre ne saurait relativiser - si intensément cérébrale ? Jón Kalman Stefánsson et son épouse, Sigrídur Hagalín Björnsdóttir, n'ont pas besoin de se frôler le bras ou les doigts - ce que néanmoins ils feront souvent au cours de l'entretien - pour que leurs êtres semblent se répondre.
Mon sous-marin jaune, neuvième roman traduit en français du grand écrivain islandais qui, en 2022, a reçu le prix du livre France Inter/Le Point pour le prodigieux Ton absence n'est que ténèbres (Grasset), est l'un des gros tirages de cette rentrée littéraire : les éditions Christian Bourgois (Stefánsson y a suivi son éditeur et ami Jean Mattern) en ont imprimé 35 000 exemplaires.
Le titre n'est pas trompeur : Paul McCartney est bien l'une des figures tutélaires de ce livre - à l'instar de la mère qui meurt quand son fils a 7 ans, du père qui a peur des sentiments, et de l'Éternel, ce Dieu loin de n'être que de bonté. Mais ce que Stefánsson a composé dans ce texte - car il fait résonner les mots comme un musicien les notes, avec des refrains, des lignes de basse, des stridences - va au-delà de la comptine que sa mère, avant de « sombr[er] dans les ténèbres », essaya de lui apprendre à jouer à l'harmonica en lui expliquant que cela parlait « de notre désir à la fois douloureux et puéril de trouver un havre de paix, un univers parallèle où les contraintes et les mauvais coups du monde ne nous atteignent pas ». Dans le roman de Stefánsson, il y a tout cela, mais il y a beaucoup plus.