Au premier essai, il était bleu lagon, à l'image de la carte postale de ces rivages. « Tout le monde était très content », s'amuse Lucile Viaud, artiste-chercheuse. Puis, petit à petit, en peaufinant la recette, le verre recyclable à l'infini a pris une teinte ambrée. « Une nuance terrienne, chaleureuse, de fougère, voire gourmande comme le caramel au beurre salé : c'est le paysage qui révèle une couleur. » Ce nouveau matériau a été fabriqué à base de sable excavé lors de la construction de logements sociaux sur l'île d'Hoëdic (Morbihan), de chaux issue des filtres du matériel de plongée professionnelle à Ouessant (Finistère), de cendres du fumage du poisson sur l'île d'Yeu (Vendée) et l'île de Groix (Morbihan). Mais pas seulement : une cinquantaine d'autres ingrédients ont été aussi glanés pour la palette d'émaux, telles des coquilles d'huître ou des carapaces de homard.
Pour la fabrication, trois verriers - les Verreries de Bréhat (Côtes-d'Armor), Fluïd et Bo Glass Studio à Belle-Île-en-Mer (Morbihan) - ont été mis à contribution. Installée au sein du laboratoire Verres et céramiques de l'Institut des sciences chimiques de Rennes (Ille-et-Vilaine), Lucile Viaud a chapeauté le processus de bout en bout. L'idée lui était venue à Ouessant alors qu'elle accompagnait des élèves de l'École européenne supérieure d'art de Bretagne (Eesab) pour un atelier sur la valorisation des trésors de grève apportés par les marées.