Biodiversité : Barbara Belvisi sème la vie sur Mars

L’entrepreneuse de 38 ans construit des serres futuristes pour la parfumerie à Grasse... et bientôt pour la Nasa.
Barbara Belvisi devant le « BioPod »
Barbara Belvisi devant le « BioPod » (Crédits : © Thomas Chéné / Antonin Roy / Interstellar Lab)

L'analogie fait sourire Barbara Belvisi. Le « BioPod » qu'a développé la fondatrice d'Interstellar Lab avec son équipe ressemble à un vaisseau extraterrestre sorti d'un film de science-fiction. Cette structure gonflable de 55 mètres carrés, de forme ovoïdale, en composite et en plastique souple, abrite plusieurs rangées de plantes aromatiques en aéroponie. La prouesse, ici, c'est de faire pousser hors sol des végétaux de manière accélérée, en consommant le moins d'énergie et d'eau possible. « L'installation permet de faire pousser du patchouli, du vétiver, de l'edelweiss, de la vanille, de la pervenche de Madagascar et bien d'autres espèces », énumère la jeune entrepreneuse, fière de son premier contrat, signé le mois dernier avec Robertet.

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Fondée en 1875, cette grande entreprise familiale installée à Grasse (Alpes-Maritimes), devenue un géant des arômes et parfums, investit dans des centres de recherche de pointe. Ce qui l'a séduite dans l'invention de Barbara, c'est la possibilité, grâce à « l'environnement totalement contrôlé » de la serre futuriste, équipée de capteurs et de sa propre intelligence artificielle, d'agir sur la composition moléculaire des plantes. « En maîtrisant le climat à l'intérieur de cette bulle, ajoute Barbara Belvisi, on peut faire pousser des plantes uniques qu'on ne retrouve pas dans la nature et qui ne sont pas réplicables par le reste de l'industrie. » Pour Robertet, il s'agit, comme l'affirme son directeur général délégué, Jérôme Bruhat, « d'ouvrir un nouveau chapitre de l'agronomie et de la recherche sur le vivant », rien de moins.

Des perspectives sur lesquelles ont également misé le groupe L'Oréal, avec qui celle que l'Institut Choiseul a classée 51e de sa liste des 100 leaders économiques de demain vient d'annoncer un accord. Le fait que la technologie soit made in France est un argument qui compte ; le site de fabrication d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) devrait « atteindre son rythme de croisière en septembre prochain, avec un BioPod produit toutes les deux semaines ».

Mais le Graal de Barbara Belvisi, c'est le secteur du spatial, en quête de solutions pour cultiver des plantes comestibles en apesanteur, sur la Lune ou sur Mars. Lauréate d'un programme mené par la Nasa (Deep Space Food Challenge), elle teste avec l'agence américaine un prototype de mini-serre pour compléter l'alimentation des astronautes. « La Nasa nous fait profiter de l'expérience de chercheurs qui ont déjà travaillé sur la culture des plantes en microgravité, explique cette passionnée de conquête spatiale. Sa stratégie est d'accompagner des entreprises innovantes pour utiliser les technologies dont elle aura besoin dans un avenir pas si lointain. »

Ma grand-mère avait une serre pour cultiver des tomates et j'imaginais faire la même chose sur une autre planète

Barbara Belvisi

À l'aise dans ce milieu high-tech, Barbara Belvisi n'est pourtant pas une scientifique pur sucre. « Pas assez forte en physique pour des études d'ingénieur », cette enfant élevée avec ses deux sœurs à Champigny-sur-Marne par un musicien et une juriste file « par hasard » en école de commerce (Emlyon) avant d'embrasser une carrière dans la finance. Pendant dix ans, elle fait partie des rares femmes à s'imposer au plus haut niveau dans plusieurs sociétés de capital-risque. À 26 ans seulement, elle lance en France un fonds d'investissement, Hardware Club. Elle découvre alors un foisonnement de projets portés par des entrepreneurs de la tech. Robotique, intelligence artificielle, numérique : elle se passionne pour ces sujets et investit dans plusieurs start-up.

En 2017, SpaceX entre dans l'Histoire avec sa première fusée réutilisable. C'est pour elle un déclic. Pendant un an, elle se forme aux technologies de survie dans l'espace au sein d'un centre de recherche de la Nasa (Ames Center). Puis fonde Interstellar Lab dans la foulée. « Ma grand-mère avait une serre pour cultiver des tomates et, enfant, j'imaginais faire la même chose sur une autre planète. » Son rêve de petite fille se réalisera-t-il ? L'avenir le dira.

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