Enki Bilal : « L’Occident est en train de s’effondrer sur lui-même »

Anna Cabana
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Enki Bilal
© Hannah ASSOULINE

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Enki Bilal
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Ce qui vous saisit, dès qu'il ouvre la porte de son atelier près des Halles, c'est la mobilité. De ses yeux, tellement intranquilles ; de sa main dont le dos frappe son front dans une pose digne d'un penseur qui mériterait d'être taillé dans le marbre, puis cette même main s'en va retrouver l'autre pour se joindre en prière devant le nez avant de repartir frôler le bonnet qui jamais ne le quitte dans la vie éveillée ; tout cela en quelques secondes. L'intensité surveille si bien Enki Bilal qu'il a abandonné à cette geôlière le contrôle de son existence.
On n'est pas encore assise dans le petit fauteuil en velours lustré que nous a désigné cet artiste de légende à la réputation - méritée - de pythie que déjà il prophétise : « Je pense que l'Occident est en train de s'effondrer sur lui-même. Je suis profondément écœuré par la situation et le comportement de la majorité des politiques. » Avant qu'il n'éteigne le téléviseur au-dessus de nous, on voit s'ébranler le cortège parisien de la marche contre l'antisémitisme.
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« Au départ, j'ai trouvé l'idée de Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet formidable : on était sur un truc essentiel de survie de la société mondiale. Ensuite, Yaël Braun-Pivet a dit qu'elle ne voulait pas défiler à côté du RN. Sans parler d'Olivier Véran, qui a tenté d'organiser la polémique autour de la participation de Marine Le Pen. Quel manque d'intelligence ! Ça renforce Marine Le Pen, parce que les gens ne sont pas dupes... Je ne défends pas le RN, bien sûr que Jean-Marie Le Pen était antisémite ; mais en les ostracisant, on leur fait gagner des voix. À moins que ce ne soit fait exprès... Quelle déception ! C'est médiocre, d'avoir fait ça. Emmanuel Macron aurait dû dire que la marche était ouverte à tout le monde... » Il se reprend, embêté. « Je vous dis ça alors que j'apprécie l'homme... »
Anna Cabana