SIBYLE VEIL - Nous vivons une époque paradoxale. On n'a jamais eu autant d'outils de communication ; pourtant, on ne s'est jamais aussi peu écoutés. En famille, au bureau, dans la société, les écrans s'interposent entre nous, et les postures aussi. La « société du défouloir », ce sont des gens qui s'invectivent pour l'important mais aussi le dérisoire, qui jugent avant d'avoir compris, c'est celui qui parle le plus fort et le plus radicalement qui est entendu. De manière injuste - et dangereuse -, l'écoute et la modération sont dévalorisées. La conviction que je porte, c'est qu'elles ont pourtant un grand pouvoir et qu'il faudrait leur faire plus de place dans nos vies.
La thématique des réseaux sociaux est au cœur de votre ouvrage...
Parce qu'il faut connaître leur fonctionnement pour comprendre comment on en est arrivés là. Au départ, ils portaient une promesse libératrice. C'est progressivement que l'on a pris conscience de leur mécanique insidieuse. Les algorithmes privilégient le buzz ; leur carburant, c'est l'indignation et la colère. Tous les excès y sont permis. Est-on plus heureux pour autant ? Le problème, c'est l'effet de contagion sur le reste : les médias, la rue et une société de plus en plus fracturée, polarisée et violente. Je vous avoue qu'on s'est interrogés à Radio France sur le fait de rester ou non sur X. Mais en tant que service public, ce qui prime c'est d'être là où les gens sont exposés à de la désinformation pour y apporter un contrepoids. Ça n'en est pas moins une question démocratique majeure.