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Australie: Le contrat de sous-marins était sur la sellette depuis des années

reuters.com

Publié le 21 septembre 2021 à 11:37 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 21:08

Australie: le contrat de sous-marins etait sur la sellette depuis des annees

Australie: le contrat de sous-marins etait sur la sellette depuis des annees

PASCAL ROSSIGNOL

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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par Kirsty Needham

SYDNEY (Reuters) - La France n'aurait pas dû être surprise que l'Australie annule sa commande de 12 sous-marins, les dirigeants australiens ayant fait part depuis des années de leur inquiétude sur les retards, la hausse des coûts et la pertinence du choix initial, fait-on valoir à Canberra.

Dans un rapport publié en 2020, le Contrôleur-Général, un organe de supervision du Parlement australien, soulignait qu'en septembre 2018, une commission d'audit "indépendante" dirigée par l'ancien secrétaire de la Marine des Etats-Unis, Donald Winter, avait conseillé à Canberra de chercher une alternative aux sous-marins français et questionné l'intérêt d'un tel partenariat pour l'Australie.

Des auditions publiques au Parlement et des rapports sur le projet, dont le coût estimé est passé de 40 à 60 milliards de dollars avant même que ne commence le chantier des submersibles, ont également souligné les difficultés posées par le contrat.

En juin, le secrétaire australien à la Défense avait même déclaré devant le Parlement qu'un "plan B" était à l'étude. Il s'est matérialisé la semaine dernière par le partenariat de sécurité conclu par l'Australie avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, surnommé "AUKUS".

"Il aurait fallu qu'ils (les Français) ferment les yeux pour ne pas voir ce qui arrivait", commente le sénateur Rex Patrick, élu sous étiquette indépendante.

Le Premier ministre australien Scott Morrison a répété lundi à son arrivée à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies que son pays s'était contenté d'emprunter une porte de sortie prévue par le contrat parce que l'Australie estimait qu'il n'était plus dans son "intérêt national" d'aller de l'avant.

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A Paris, on conteste le récit selon lequel le contrat était grevé par des problèmes sans fin. Les difficultés avaient été résolues les unes après les autres et la prochaine phase du contrat devait être validée ce mois-ci, dit-on au ministère des Armées.

PARIS DÉNONCE "DISSIMULATION" ET "TROMPERIE"

"Le jour même de l'annonce #AUKUS, les Australiens ont écrit à la France pour dire qu'ils étaient satisfaits des performances atteignables par le sous-marin et par le déroulement du programme. En clair : en avant pour lancer la prochaine phase du contrat", a écrit mardi sur Twitter le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean.

Le 30 août, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays soulignaient encore dans un communiqué conjoint "l'importance cruciale" du programme de sous-marins, a-t-il rappelé.

Le gouvernement français ne conteste pas qu'un contrat de cette ampleur puisse donner lieu à des difficultés, mais il ne digère pas ce qu'il perçoit comme 18 mois de "dissimulation" et de "tromperie" de la part de l'Australie.

"Il n'y a eu aucune mise en garde (de la part de Canberra), aucune proposition de discussions" sur une solution alternative à propulsion nucléaire, bien que les ministres français aient soulevé la question à plusieurs reprises, assure un responsable de l'ambassade de France en Australie.

Selon l'audit de la commission "indépendante" réalisé en 2018, les plans et spécifications techniques proposés par le constructeur français Naval Group après l'annonce de l'accord en 2016 ne "répondaient pas aux besoins" de l'Australie en matière de Défense.

Ces difficultés avaient déjà retardé de 16 mois la signature formelle de l'accord portant sur la commande des 12 sous-marins à propulsion conventionnelle voulus par Canberra, finalement paraphé en février 2019.

L'accord prévoyait des "portes de sortie" permettant à l'Australie de se désengager, ce qu'elle a fait la semaine dernière au profit de sous-marins américains à propulsion nucléaire.

LES BONS CONSEILS AMÉRICANO-BRITANNIQUES

En septembre 2019, alors que le projet avait déjà coûté près de 300 millions d'euros, le ministère de la Défense avait informé le Contrôleur-Général qu'il étudiait la possibilité de prolonger la durée de vie des sous-marins australiens de classe Collins afin de "se donner le temps de développer une nouvelle stratégie d'acquisition".

Dans son rapport de 2020, le Contrôleur-Général estimait que le ministère avait fait part à Naval Group de ses préoccupations "de manière franche et en temps voulu".

Dans un communiqué envoyé à Reuters, Naval Group dit avoir été conscient des difficultés mais rappelle que dans leurs déclarations publiques, les dirigeants australiens avaient renouvelé leur soutien au programme de sous-marins et que Scott Morrison lui-même avait souligné que le revirement de Canberra n'était dû ni à ces difficultés, ni à la réponse de Naval Group.

Selon une source au fait du dossier, l'Australie n'était cependant pas satisfaite des plans soumis par le constructeur français en début d'année et c'est à ce moment-là que Scott Morrison a constitué un comité consultatif chargé de conseiller un cercle restreint de ministres au sein de son gouvernement sur les suites à donner à la commande de sous-marins.

Comme la commission formée en 2018, ce comité consultatif était dirigé par un ancien officier de la Marine des Etats-Unis, le vice-amiral William Hilarides. Interrogé en juin par des sénateurs australiens, dont Rex Patrick, sur les conclusions du comité, il avait invoqué la confidentialité des délibérations pour ne pas répondre.

Murray Easton, ancien patron de BAE Systems Submarines, le programme de sous-marins du constructeur britannique, a pour sa part intégré le comité en février, selon des documents consultés par Reuters. Le comité s'est réuni à au moins dix reprises par visioconférence jusqu'au mois de juin, a fait savoir le gouvernement au Parlement.

Ni Hilarides, ni Easton n'ont répondu aux sollicitations de Reuters.

(Avec la contribution de John Irish à Paris, version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)

reuters.com

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