Serge Zaka, agri-climatologue et chasseur d’orages : « On a dépassé la limite génétique de résistance des végétaux »
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Serge Zaka, agriclimatologue chez ITK à Montpellier, et chasseur d'orages.
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Serge Zaka, agriclimatologue chez ITK à Montpellier, et chasseur d'orages.
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LA TRIBUNE - Vous êtes chercheur agro-climatologue pour l'entreprise montpelliéraine ITK (qui propose des outils d'aide à la décision pour la viticulture et l'arboriculture, pour les grandes cultures et pour l'élevage), et à vos heures perdues, vous êtes aussi chasseur d'orages... Que disent les orages du réchauffement climatique ?
SERGE ZAKA - Être chasseur d'orages, c'est être à la croisée entre art, science et aventure... Le chasseur d'orage est un observateur de terrain. Depuis une dizaine d'années, j'observe le phénomène d'épisodes cévenols sur la région Occitanie et je constate leur intensification. Être chasseur d'orage, cela permet d'accrocher le public par une histoire, une aventure. Les orages sont des phénomènes violents et poétiques à la fois, beaux et inquiétants, ce qui en fait une entrée en matière intéressante pour captiver les gens et évoquer le changement climatique.
Comment le changement climatique affecte-t-il aujourd'hui l'Occitanie ?
On est sur un climat méditerranéen, et ce qu'on observe est valable pour l'Espagne, la Corse ou les autres pays méditerranéens. Il s'agit d'un climat explosif : il peut faire très beau et en quelques heures, on bascule sur des orages diluviens avec des inondations catastrophiques. Ce climat est associé à une géographie particulière : une région calcaire avec des paysages de collines ou de montagnes et donc des risques de ruissellement urbain comme on le voit à Nîmes et Montpellier, les villes les plus dangereuses de France au niveau climatique... Ce sont aussi des régions soumises à des vents locaux, comme le mistral, avec une présence de la mer, dangereuse pour les climatologues car elle accumule les énergies l'été et peut les restituer à l'automne sous forme d'orages et de pluies diluviennes.
Quels sont les phénomènes les plus inquiétants frappant d'ores et déjà l'Occitanie ?
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Le premier phénomène, qui présente l'impact le plus important, ce sont ces précipitations intenses d'automne en augmentation de +5 à +15% depuis les années 1980 où on a commencé à les observer. Ces précipitations viennent compenser le manque d'eau en été car on observe que la baisse des précipitations commence plus tôt et dure plus longtemps, avec des sécheresses plus intenses, sauf exception comme cet été 2021. Mais on sort de trois années de sécheresse ! Cela accentue la tension autour de l'eau entre le monde agricole, le monde de la ville et le monde touristique. Or il ne faut pas qu'on en arrive au conflit d'usages ! Pour l'instant, ça passe, mais il faut anticiper : prévenir le gâchis d'eau et mettre en place l'irrigation de résilience. Celle-ci est basée sur plusieurs principes : la nécessité de faire des retenues d'eau en hiver pour les périodes estivales mais pas pour maximiser les rendements agricoles à outrance. Il faut de l'irrigation intelligente, basée sur des modèles agronomiques. Et il faut préserver les sols, c'est à dire moins labourer, garder un couvert végétal, apporter de la matière organique pour fertiliser, afin pour qu'ils soient plus riches et donc plus capables de capter plus d'eau.