Amélia Matar apprend à coder aux enfants sans écran
Lysiane J. Baudu
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« J'ai vraiment pris conscience du levier que représente l'éducation des jeunes enfants pour leur avenir mais aussi pour celui de la société tout entière »
, explique-t-elle. Puis, elle a elle-même eu un enfant, et sa conviction n'a fait que se renforcer. La nouvelle économie étant celle du savoir et de l'apprentissage permanent, notamment via le numérique, pourquoi ne pas développer une méthode pour apprendre, entre autres, aux tout jeunes enfants, ceux de trois à six ans, à coder ? Après tout, c'est cet accès premier qui pourrait déterminer leurs chances à venir de s'épanouir dans un monde du travail largement technologique et numérique. Elle s'appuie sur diverses études, dont celle de Kimberly Smith, alors étudiante au Media Lab du Massachusetts Institute of Technology, qui vise à élaborer des outils tactiles et fun pour des cours d'informatique à destination de tout jeunes enfants, fondés entre autres sur les méthodes pédagogiques utilisées dans les écoles Montessori.« Je ne me suis pas enfermée dans la pédagogie Montessori, très stricte et codifiée
, précise d'entrée de jeu Amélia Matar.Je me suis surtout inspirée de la vision de Maria Montessori concernant les besoins de l'enfant. »
La jeune femme s'est aussi appuyée sur les livres pour enfants de la Finlandaise Linda Liukas, dontHello Ruby
, qui décrit le monde magique des ordinateurs. D'ailleurs, cette auteure à succès a également fondé un mouvement mondial pour enseigner la programmation informatique aux jeunes filles. Une rencontre avec elle semble avoir provoqué le second déclic. Voici Amélia Matar embarquée dans l'aventure, avec le lancement, en 2018, de la start-up qui porte la méthode COLORI, après de premiers ateliers expérimentaux en 2017. Et elle fait mouche. De la ville de Montreuil à l'École Alsacienne, les établissements scolaires lui font rapidement confiance pour donner à des enfants de trois à six ans les clés de leur avenir informatique, sur le temps scolaire ou périscolaire. Aujourd'hui, la méthode, à base d'objets en bois, de gommettes, de jetons, de livres de découpage, de collage et de coloriage, est enseignée à travers toute la France, dans une soixantaine de villes, ce qui représente environ 130 établissements. Et ce sont plus de 10 000 enfants qui ont déjà été formés. Au printemps 2022, une levée de fonds d'un million d'euros, notamment auprès de la Banque des Territoires, de Business Angels et MAIF Impact, sans oublier Aurélie Jean, spécialiste de l'intelligence artificielle et des algorithmes, va permettre un maillage plus serré du territoire. L'expansion prend déjà forme avec des contacts positifs, de Douai à Saint-Raphaël en passant par Strasbourg.Lysiane J. Baudu