« Le féminin peut être le moteur d’une révolution » (Corine Pelluchon)
Propos recueillis par Rebecca Benhamou
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Photo d'illustration
Florian Thoss
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Florian Thoss
... se de la cause animale et environnementale. (Cet article est issu de T La Revue n°15 – « Sobriété, frugalité, ingéniosité : comment innover autrement ? »)
Comment atteindre l'espérance ?
Corine Pelluchon Il s'agit d'abord de baisser les armes, de faire place à quelque chose que l'on n'attend pas. L'espérance naît précisément de l'inespéré, de l'inespérable. C'est un horizon qui s'ouvre, une respiration. L'idée que demain ne sera pas pire qu'aujourd'hui. On ne peut atteindre l'espérance que si l'on renonce à la maîtrise - ce qui n'est pas chose aisée dans nos sociétés, où l'on veut tout contrôler, tout expliquer, tout calculer. L'espérance est opposée au déni. Elle implique que l'on regarde en face la gravité de la situation, et que l'on désencombre son regard des faux espoirs et des solutions illusoires...
... et que l'on reconnaisse ses limites ?
C.P. Plus que les reconnaître, il nous faut les accepter ! Il y a quelque chose de l'ordre de l'humilité dans cette quête d'espérance, et dans l'acceptation de notre finitude, de notre faillibilité... Cette prise de conscience est très difficile, car elle va de pair avec la reconnaissance des erreurs associées à notre modèle de développement. Qui plus est, l'absence de perspective fait parfois le lit de l'extrême droite et des partis nationalistes, qui profitent de ce vide pour proposer des récits simplificateurs à partir de l'opposition « amis-ennemis ». Si j'ai écrit ce livre, c'est d'abord pour m'adresser aux jeunes, à celles et ceux qui se sentent à la fois impuissants et en colère, face à l'insuffisance des réponses apportées au dérèglement climatique.
Que leur dites-vous, justement, à ces jeunes ?
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C.P. Malgré le sentiment que les choses ne bougent pas, ou pas assez vite, il est important de souligner que l'éco-dépression qu'ils ressentent a une noble origine : l'amour du monde et le vœu que l'humanité soit enfin à la hauteur des défis actuels. Seulement voilà, on ne peut faire l'économie du négatif. Il convient de le traverser : de le vivre sans chercher à tout expliquer, et sans le fuir. Cette traversée, paradoxalement, rend sensible aux signes qui témoignent d'alternatives fiables à notre modèle de développement. L'espérance est donc la capacité à voir dans le chaos du présent les signes avant-coureurs d'un mouvement qui pourrait ouvrir l'horizon, et que j'appelle « l'âge du vivant ».
Propos recueillis par Rebecca Benhamou