Apprentissage : l'excellence française à l'honneur

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Donné favori dans la discipline Couverture métallique, Youni Le Coutour a remporté la médaille d'or des Euroskills, les championnats d'Europe de l'apprentissage.
Donné favori dans la discipline Couverture métallique, Youni Le Coutour a remporté la médaille d'or des Euroskills, les championnats d'Europe de l'apprentissage. (Crédits : European Skills)
Lors des championnats européens, les jeunes apprentis Français se sont placés au troisième rang, devançant l'Allemagne et les Pays-Bas.

Ne boudons pas notre plaisir ! Alors que l'économie tricolore souffre bien souvent de la comparaison avec sa concurrente allemande, la jeunesse française prend sa revanche !

Dévoilé dimanche soir, le palmarès des Euroskills 2016 organisé à Göteborg en Suède est en effet enthousiasmant. Avec 18 médailles, dont quatre d'or, trois d'argent, trois de bronze et huit d'excellence, la délégation française d'apprentis s'est hissée à la troisième place, derrière l'Autriche et la Finlande mais devant l'Allemagne et les Pays-Bas. Débutés jeudi et clos dimanche, ces championnats européens réunissaient 27 pays et mettaient aux prises près de 500 apprentis de moins de 26 ans, dans 44 métiers et 6 secteurs tels que les métiers de l'alimentation et du service, de la maintenance, de l'industrie et des nouvelles technologies.

Rafraîchissant ? A plus d'un titre. Mercredi, lors de la cérémonie d'ouverture de ces " jeux olympiques " des apprentis, le Premier ministre suédois est venu en personne célébrer l'événement.

Des discours très positifs

Après un show à l'américaine au cours duquel les délégations nationales ont défilé en bataille et de façon spontanément désorganisée, Stefan Löfven a surgi au milieu d'un ballet de pâtissiers, de balayeurs et de maçons au rythme des sons d'un DJ.

" Au cours de cet événement, qui sont à mes yeux les Jeux les plus importants de tous, vous avez l'occasion de nous montrer vos extraordinaires talents. Quelle fierté de maîtriser parfaitement ses gestes, de construire quelque chose, de réparer ce qui ne marchait plus. Dans vos mains, il y a nos produits, nos services de demain, notre avenir. Vous m'inspirez, vous les savez, mais vos professeurs l'inspirent aussi. N'oubliez jamais de remercier ceux qui sont vous ont si bien formés ", a déclaré dans un anglais impeccable le chef du gouvernement de sa majesté royale, Carl XVI Gustaf.

Le discours d'Hubert Romer, le président de Workskills Europe fut également laudateur. " Vous êtes des héros, nos héros, notamment pour les élèves et les étudiants qui vous observent. C'est aussi grâce à vous, à vos personnalités fortes que nous pourrons construite une Europe prospère et en paix ", a-t-il poursuivi.

L'apprentissage se sent peu soutenu

Pour la délégation française présente à Göteborg, représentée notamment par l'Assemblée permanente des chambres des métiers et de l'artisanat (APCMA) et les Compagnons du devoir, ces paroles sont douces. Si douces. La très grande majorité de ces membres déplore les allers-retours du gouvernement dans ce domaine, notamment dans le financement de l'apprentissage qui vit ses ressources ponctionnées au début du quinquennat au profit du contrat de génération. Depuis, lancé en 2015, le plan de relance tente de rattraper le terrain perdu afin que l'objectif de François Hollande de former 500.000 apprentis soit atteint d'ici 2017.

Le financement n'est pas le seul blocage qui empêche l'apprentissage de décoller. Comme en conviennent les différentes institutions en charge de l'apprentissage, leurs intérêts n'ont pas toujours convergé. " Nous n'avons pas assez dialogué entre nous pour afficher un front uni, notamment face au ministère de l'Education nationale », admet l'un des membres de la délégation tricolore.

Alors qu'en Suède ou en Allemagne l'apprentissage et la filière générale font bon ménage, et entre lesquels les passerelles sont multiples, les relations entre les responsables de l'apprentissage et l'Education nationale sont compliquées, en dépit des discours de façade.

Les premiers regrettent que le " mammouth " ne les soutiennent pas pour expérimenter de nouveaux enseignements, de nouveaux diplômes qui, si les résultats l'attestent, pourraient permettre de renforcer le nombre d'apprentis et leur employabilité sachant que celles-ci est déjà très élevée. En effet, comme le précise le ministère de l'Emploi, 65% des jeunes apprentis trouvent un emploi à l'issue de leur formation. Rappelons que le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans tutoie en France les 25%.

" L'enseignement général est toujours la voie privilégiée par l'Education nationale. Même si certains professeurs ont été sensibilisés et ont pris consciences des opportunités offertes par l'apprentissage, celui-ci reste dénigré ", explique un autre membre de la délégation française. Actuellement, le ministère refuse que certaines expérimentations de formations courtes aient lieu, sauf si celles-ci ne sont pas validées par un diplôme. Or, si ces formations ne sont pas diplômantes, comment les valoriser auprès des jeunes, de leurs familles, puis des entreprises ?

Les entreprises ont la clé, selon le gouvernement

Pour Clotilde Valter, la Secrétaire d'État auprès de la ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, chargée de la Formation professionnelle présente à Goteborg, les difficultés de l'apprentissage ne se trouvent pas là. " Elles trouvent leur origine dans les représentations sociales et à la méconnaissance des métiers. De ce point de vue, les entreprises ont des efforts de communication à faire pour que les citoyens, et en particulier les jeunes découvrent les opportunités de métiers. C'est particulièrement vrai dans l'industrie. L'entreprise est encore trop souvent une boite noire que l'on ne connaît pas. C'est regrettable. Alors que les révolutions numériques bouleversent les métiers et les compétences, l'industrie souffre encore souffre encore de sa réputation, car considérée à tort comme bruyante et polluante ", explique la ministre à La Tribune.

Ce ne sont pas les seuls maux dont souffre l'apprentissage. Si certains métiers sont en effet peu visibles et donc mal connus, ce qui explique le fait qu'ils peinent à trouver des candidats, d'autres filières, à l'inverse, ne peuvent accueillir tout le monde. " En France, ni les entreprises ni les jeunes ne trouvent leur compte dans l'apprentissage, perçu comme trop exigeant en termes de formation académique et trop peu adaptable aux besoins des entreprises ", expliquait un récent rapport du Conseil d'analyse économique (CAE), qui met également en avant la complexité de la gouvernance du système, en raison notamment du nombre d'intervenants. Une complexité qui frappe également les mécanismes de financement.

Les médaillés sont ...

Qui sont les lauréats français ? Dans la catégorie Technologies de l'information et de la communication Gold, le tandem Alexandre Etienne et Anthony Lebarbanchon ont remporté la médaille d'or. Yohan Christians s'est hissé sur la plus haute marche du podium dans la catégorie Plâtrerie et construction sèche, tout comme Romain Bouland en menuiserie. Donné favori dans la discipline Couverture métallique, Youni Le Coutour a également remporté l'or.

Les médaillés d'argent sont Laurent Terrien, dans la catégorie Plomberie et Chauffage, Michaël Henry (Ebenisterie), Maxime Couet (Solier, un artisan qui fabrique des sols).

Le bronze a été remporté par Maxime Couet, (Taille de pierre), Julien Lair (Peinture et décoration) et Sébastien Tholière (Mécanique véhicule industriel). Les huit médailles d'excellence ont été ont été décernées à Thomas Blot (Carrelage), Valentin Géray (Maçonnerie), Alexis Hervier (Contrôle industriel), Martin Piasco (Réfrigération technique), Alexandre Paradis (Soudage), Cléo Roussel (Soins esthétiques), Gilles Claret (Cuisine) et Coralie Cruzel (Service en salle), cette dernière ayant également été distinguée par le prix spécial de l'équipe de France des métiers.

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Commentaires
a écrit le 05/12/2016 à 14:38 :
Bravo à nos jeunes.

les jeunes allemands se détournent de l'apprentissage depuis quelques années, il me semble, et préfèrent l'Université.
comme toujours les Francais et leurs entreprises s'en prennent au bouc émissaire, l'Etat.

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