Budget : un vote au Sénat sans encombre, une suite moins évidente

Soumis au vote des sénateurs cette après-midi, le PLF 2025 vise un effort de 32 milliards d'économies pour l'État.
Reuters

Soumis au vote des sénateurs cette après-midi, le PLF 2025 vise un effort de 32 milliards d'économies pour l'État.
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Une étape de franchie pour le projet de budget 2025. Le texte a été adopté en première lecture par le Sénat ce jeudi, à 217 voix contre 105. Un résultat qui n'est pas une réelle surprise : la chambre haute étant acquise aux élus de la droite et du centre, globalement favorables à la ligne du gouvernement Bayrou. En revanche, les Socialistes, écologistes et communistes ont voté contre.
En l'état actuel, le texte se concentre sur une réduction de dépenses de l'État. L'exécutif vise un effort de 32 milliards d'économies, et 21 milliards de recettes pour ramener le déficit public à 5,4 % du PIB en 2025, contre un niveau de 6,1 % attendu pour 2024. Cette trajectoire devrait s'inscrire dans une prévision de croissance du PIB de 0,9 % cette année (après 1,1 % en 2024), selon les derniers chiffres de Bercy.
En outre, le texte soumis aux sénateurs reprend en partie la mouture proposée par Michel Barnier, précédent chef du gouvernement tombé sur une motion de censure, à la suite d'un 49.3.
« Ce budget entame l'effort de redressement des comptes. Nous sommes dans une situation d'extrême urgence et il est temps d'en prendre conscience, sans sacrifier nos convictions ni aligner nos lignes rouges », commentait ce matin, auprès de la presse, le rapporteur général du budget Jean-François Husson (LR), qui pilotait les débats budgétaires au palais du Luxembourg.
Si le passage de la haie sénatoriale s'est donc fait sans encombre, la suite semble moins évidente pour le gouvernement. Le prochain « stress test » sera l'examen du PLF par une commission mixte paritaire (CMP), convoquée le 30 janvier et composée de sept sénateurs et sept députés. Celle-ci est chargée d'aboutir à un texte de compromis, censée ensuite passer le filtre de l'Assemblée nationale dans la semaine du 3 février, pour un ultime vote.
La réussite de cette étape est loin d'être assurée en raison de la division politique de l'Assemblée nationale, avec trois blocs politiques distincts (NFP, RN et la coalition présidentielle). Cette situation pourrait aboutir à une nouvelle convocation de l'article 49.3 par le Premier ministre, qui ouvrirait la voie à une motion de censure... au risque d'une nouvelle chute du gouvernement.
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C'est cette issue que tente d'éviter François Bayrou. Sa stratégie depuis le départ : obtenir le soutien du Parti socialiste, membre du NFP, sur sa politique. Il a réalisé cette prouesse une première fois en le convainquant de ne pas le censurer après sa déclaration de politique générale.
Le prix pour y arriver : accéder à certaines demandes des cadres socialistes, comme le renoncement à la suppression de 4 000 postes d'enseignants, au passage à trois jours de carence dans la fonction publique, ainsi que la possible renégociation de la réforme des retraites de 2023 (sans l'abroger pour autant). Le tout, en redonnant la main aux partenaires sociaux lors d'un prochain « conclave » sur la réforme.
Quoi qu'il en soit, les cadres du PS ont fait savoir cette semaine que ces concessions du Premier ministre n'étaient pas suffisantes. « En termes de coupes budgétaires, cela va toujours trop vite, cela va toujours trop fort. La répartition des efforts ne va pas dans le sens que nous souhaitons », a ainsi déclaré ce jeudi à la presse Patrick Kanner, sénateur du Nord et président du groupe socialiste dans cet hémicycle.
Ministre de l'Économie aux sensibilités de gauche, Eric Lombard a d'ailleurs poussé les feux en faveur du PS aujourd'hui. Lors de ses vœux aux acteurs économiques, il a notamment déclaré : « Certaines de ces concessions ont un coût. Je veux juste rappeler que le coût d'une censure est plus élevé encore.» Et le patron de Bercy d'appuyer son propos en brandissant ce chiffre clé : « L'instabilité que la censure a générée a coûté au budget de la France 12 milliards d'euros supplémentaires », soit l'équivalent du budget de la Justice, selon son calcul.
Dans la même allocution, l'ancien directeur général de la Caisse des Dépôts a aussi salué « la qualité du dialogue » avec le Parti socialiste. « Un dialogue constructif, qui s'est traduit par de vraies évolutions, en matière de réouverture du dialogue sur les retraites, de lutte contre la ''sur-optimisation'' fiscale, et d'amélioration de certaines politiques publiques ».
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Autre preuve de son envie de voir aboutir la négociation avec le PS : hier soir, dans une interview accordée au journal Les Echos, il a réaffirmé la position « sans ambiguïté » du gouvernement sur cet enjeu clef du prochain budget : « Pas de nouveaux impôts sur les ménages ». Et de préciser sa pensée : « L'adoption du budget 2025 doit, au contraire, permettre que 18 millions de personnes ne voient pas leur impôt sur le revenu augmenter grâce à l'indexation du barème ». Pour rappel, le parti socialiste souhaite que l'effort budgétaire repose le moins possible sur les ménages, en particulier les classes moyennes et les plus modestes.