Chômage des jeunes : une situation toujours préoccupante

 |   |  1153  mots
Les jeunes de 16 à 25 ans sont plus fortement exposés au chômage en moyenne que
l'ensemble de la population active.
Les jeunes de 16 à 25 ans sont plus fortement exposés au chômage en moyenne que l'ensemble de la population active. (Crédits : Reuters)
Le taux de chômage des jeunes actifs s'est établi à 22,6% à la fin du premier semestre 2017, selon les récents chiffres du ministère du Travail. Malgré une consolidation de la reprise économique, ce fort taux de chômage risque de peser sur la croissance future.

Si la plupart des indicateurs économiques sont au vert, le chômage des jeunes reste particulièrement marqué en France. Selon le dernier tableau de bord publié par le ministère du Travail, le taux de chômage au sens du BIT s'élevait à 22,6% à la fin du second trimestre 2017 d'après des données encore provisoires, en hausse de 0,9% par rapport au premier trimestre. Au même moment, le taux de chômage de la population active s'élevait à 9,5% selon les données de l'Insee. Un contraste qui ne semble pas s'estomper malgré les différents plans de lutte mis en place par les gouvernements successifs.

Par ailleurs, cette catégorie de population constitue souvent une véritable variable d'ajustement en cas de crise ou de récession. Cela signifie que cette tranche d'âge réagit plus facilement aux aléas de l'activité. Et il se pourrait que la situation ne s'améliore pas vraiment dans les mois à venir comme le rappelle l'économiste de Natixis, Véronique Janod dans un entretien accordé à La Tribune :

"le chômage ne baisse pas comme attendu (en 2017 : NDLR). Il est remonté à 9,4 % au troisième trimestre, après être tombé à 9,2 % au deuxième trimestre. Cette remontée du chômage laisse transparaître l'existence de problème d'appariement entre les compétences offertes par les demandeurs d'emploi et celles recherchées par les entreprises."

Un taux d'emploi inférieur à la moyenne européenne

La comparaison du taux d'emploi (*) des jeunes français avec ceux des autres pays européens est particulièrement révélateur des difficultés d'insertion de la jeunesse française sur le marché du travail (voir graphique ci-dessous). Moins médiatisé, le taux d'emploi demeure un indicateur pertinent pour mesurer l'état du marché du travail comme l'a expliqué l'économiste  André Zylberberg dans les colonnes du Figaro.

"le taux d'emploi est un indicateur plus pertinent [...] Celui-ci donne une bonne indication du potentiel productif d'un pays, puisqu'il mesure les capacités humaines mobilisées pour la production de biens et services. De son côté, le taux de chômage est plus un indicateur du déséquilibre du marché du travail. Il faut le considérer comme complémentaire du taux d'emploi".

 Il apparaît que le taux d'emploi des 15-24 ans en France (28,6%) est bien inférieur à la moyenne européenne (34,6%) et à quelques voisins européens comme l'Allemagne, le Royaume-Uni ou le Pays-Bas.

Pourquoi de telles difficultés ?

Le chômage des jeunes en France est particulièrement alarmant. Dans une note du Conseil d'Analyse économique, les experts soulignent que près d'un million de jeunes sont à la dérive en France.

"Cette situation désastreuse prévaut depuis près de 30 ans sans qu'aucune politique, aucun plan pour l'emploi, ne soit parvenu à l'améliorer. Pourtant, l'expérience étrangère, en Europe ou ailleurs, démontre qu'il n'y a aucune fatalité : pour améliorer la situation des jeunes, il faut cibler les moyens sur ceux qui sont en difficulté et combattre de manière massive les vraies barrières."

Les économistes soulignent également les difficultés pour les non diplômés d'accéder au marché du travail et recommandent pour cela de prendre à bras-le-corps :

  • les insuffisances de l'enseignement professionnel, trop difficile d'accès pour les jeunes non qualifiés;
  • la faiblesse de l'accompagnement vers l'emploi des jeunes les moins qualifiés. Pour trouver un emploi ou une formation, un jeune sans qualification a besoin d'être financé, suivi et conseillé de façon intensive. De nombreux pays étrangers consacrent des moyens considérables à cette activité. Ce n'est pas le cas de la France.

Les plans du gouvernement

Face à ce fléau, le gouvernement veut mettre en place un vaste plan de formation visant un million de demandeurs d'emploi peu qualifiés et un million de jeunes décrocheurs. Ces mesures reposent avant tout sur le programme d'Emmanuel Macron mis en avant pendant la campagne. L'exécutif veut mettre la priorité sur :

  • des formations longues et qualifiantes
  • un accompagnement individualisé des personnes admises en formation
  • une transformation du système de formation professionnelle.

Le gouvernement veut particulièrement mettre l'accent sur la réforme de l'apprentissage. Elle vise notamment à :

  • "renforcer la transparence et l'attractivité du système d'apprentissage;
  • placer les entreprises au coeur du système grâce à un refonte des règles permettant de proposer davantage d'offres d'apprentissage;
  • réformer la taxe d'apprentissage et les aides à l'apprentissage pour les orienter vers les besoins de court et moyen termes des entreprises."

Des divisions pesantes

Vendredi dernier, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a annoncé qu'elle allait passer à "à la deuxième phase" de la concertation pour réformer l'apprentissage, en recevant en bilatérale cette semaine l'ensemble des acteurs pour discuter des sujets "qui fâchent" (de gouvernance et de financement). Alors que la concertation lancée à l'automne a donné lieu ces dernières semaines à de vives tensions entre les régions et le Medef, la ministre a dit sa "confiance" d'arriver à une réforme permettant de "développer l'apprentissage massivement".

"Je ne suis pas inquiète, je suis confiante dans la volonté de tous, dans l'intérêt général des jeunes, de développer l'apprentissage. Nous avons des débats vifs, c'est aussi ça la démocratie", a-t-elle déclaré. L'organisation patronale a d'ailleurs quelques points de discorde dans un récent communiqué :

"La multiplicité des pilotes, chacun dans son champ, ne peut donc pas fonctionner. Les régions donnent à l'apprentissage un rôle d'aménagement du territoire. Les entreprises considèrent cette voie comme la réponse au besoin de formation des jeunes et à leurs besoins d'emploi. Les objectifs ne sont donc pas les mêmes. Dans ces conditions, le copilotage est voué à l'échec. Cela explique d'ailleurs grandement la situation actuelle."

Ce mardi, madame Pénicaud a tout de même regretté "une focalisation excessive" sur le futur "circuit de financement" de l'apprentissage, objet d'un bras de fer entre les régions et le patronat. "La focalisation sur un seul sujet, qui est ce circuit de financement, est une focalisation excessive", a-t-elle déclaré sur CNews

Par ailleurs, selon Matignon, Edouard Philippe doit recevoir le mois prochain les partenaires sociaux dans le cadre du second acte des réformes sociales (apprentissage, formation professionnelles et assurance chômage). "Il recevra probablement les partenaires sociaux et les régions courant février", a-t-on indiqué dans l'entourage du Premier ministre. Si la nécessité d'une réforme de l'apprentissage est régulièrement exprimée par les professionnels de l'emploi, elle pourrait prendre plus de temps que prévu au regard des tensions survenues lors des premières semaines de discussion.

(*) Le taux d'emploi est défini comme la part des personnes ayant un emploi parmi les personnes âgées de 15 à 64 ans, exprimée en pourcentage. Dans ce le graphique de l'article, il concerne seulement les 15-24 ans.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/01/2018 à 0:44 :
Les jeunes sont peu mobiles, peu motorisés car le permis pour l'état n'est qu'un bout de papier qu'on ne veut pas donner ou qu'on pique pour des raisons oiseuses, et sont la plupart du temps incapables de déménager, les logements pour jeunes sont rarissimes, et tout ce que les patrons proposent c'est de l'intérim mal payé, sans déplacements.
Hé oui si on ne paye pas les déplacements pour faire venir des jeunes de 100km et plus, faut pas s'étonner s'ils restent chez papa maman.
a écrit le 24/01/2018 à 18:52 :
Plus que les données trimestrielles ou annuelles du taux de chômage global, qui fluctuent théoriquement en fonction de l’activité économique et non en fonction d’un quelconque théorème (on a parfois l’impression d’avoir a faire à des exorcistes ou à des candides plus qu’à des économistes), le taux de chômage des jeunes est probablement l’échec le plus cuisant des politiques menées depuis de nombreuses années. Comme si les responsables se désintéressaient de l’avenir du pays sur la décennie à venir. Comme si le fait de former une élite, certes élitiste, suffisait à faire tourner l’économie d’un pays.
Un vrai gâchis.
Parmi les théories qui devraient le plus interroger on trouvera : le travailler plus pour gagner plus, le report de l'âge de départ à la retraite pour les plus anciens, la théorie du ruissèlement (la compétence ne ruisselle pas elle se construit), le prolongement infini ou indéfini des études, la multiplication des emplois précaires, etc...
Peut être (éventuellement) que les nouvelles générations n'ont pas envie de travailler "comme avant", mais si c'est ça il faut se demander pourquoi ? Notre société n'est elle pas quelque peu sclérosée ?
Place aux jeunes, faites des études et passionnez vous.
a écrit le 24/01/2018 à 17:26 :
On vous dit que tout ira mieux demain avec Macron....alors attendons! d'ici là les jeunes seront devenus vieux.....:)
a écrit le 24/01/2018 à 16:18 :
il y a toujours des solutions , mettre les personnes age en retraite plus tot,les personnes tres malade en invalidide ? gardez plus longtemt les enfant en formation?diminuez les horaires du travail. 32HEURES les allemand y pensent deja? cela couteras SUREMENT moins cher a la societe que de leurs donne un salaire a vie ? POUR L INSTANT CAR JE SUIS PERSUADEZ QU IL VAS FALLOIR Y PENSEZ TOT OU TARD CAR LES NOUVELLES TECHNOLOGIES VONT FAIRE DES GROSSES PERTE D EMPLOIS DANS LES ANNEES QUI VONT VENIR???
a écrit le 24/01/2018 à 13:36 :
Toujours le même discours victimaire sur le chômage des jeunes . Quand est ce qu'un homme politique aura le courage de dire à la jeunesse et à l'éducation nationale que tout le monde ne pourra pas faire le métier qu'il désire ! Que tout le monde ne pourra pas devenir sociologue, archeologue, biologiste, cinéaste, psychologue, expert en communication, prof de sports, pilotes d'avions de chasse, architecte, chercheur à la NASA ou au CNRS, etc...
Réponse de le 24/01/2018 à 17:26 :
" Quand est ce qu'un homme politique aura le courage de dire à la jeunesse et à l'éducation nationale que tout le monde ne pourra pas faire le métier qu'il désire ! "

Faudra déjà le dire aux parents.
Réponse de le 24/01/2018 à 18:20 :
Très juste la chose. Les parents sont en grandes partie responsable de ce gâchis. Bien sur tout les parents souhaitent voir leurs enfants réussir et qu'ils trouvent un beau métier rémunérateur et épanouissant mais ils sont eux aussi prisonnier de leurs illusions.
a écrit le 24/01/2018 à 12:43 :
Il n'y a aucun soucis au problème au chômage des jeunes, aujourd'hui bon nombre d'entreprises licencies, mais c'est pour mieux embaucher demain. Un peu comme le coiffeur qui rase gratis demain.
a écrit le 24/01/2018 à 11:33 :
Tout est fait pour détruire l'emploi ,nos jeunes n'ont plus d'avenir devant eux ,plus rien n'est fabriqué en France ,en Chine et maintenant les Chinois délocalisent en Afrique ou c'est encore moins cher que chez eux .
L'emploi ne pourra jamais repartir chez nous nous avons trop de charges pour les entreprises pour être compétitif trop de social tue l'emploi .
Réponse de le 24/01/2018 à 14:42 :
"nous avons trop de charges pour les entreprises pour être compétitif trop de social tue l'emploi"

Les cotisations sociales, souvent appelées de manière impropre charges sociales.Les cotisations sociales correspondent à une part socialisée du salaire, c'est-à-dire collectée par des organismes appelés caisses afin d'être redistribuée. Les cotisants bénéficient en contrepartie d’une couverture partielle ou totale de frais divers, engendrés par l'un des grands « risques » que sont le chômage, la vieillesse, la famille, la maladie et les accidents du travail et maladies professionnelles. Cette contrepartie peut être immédiate (risque immédiat), ou différée : le salarié touche une pension à l'âge de la retraite.
Réponse de le 24/01/2018 à 18:51 :
@la chose:merci pour le magnifique discours sur les charges.Les salariés seront heureux de cotiser pour les syndicats puisqu'ils en profitent après.Les indépendants seront émerveillés de voir leurs cotisations pour la CCI,la formation ,la retraite(celle qui disparait),leur apporter bien etre et sécurité .Vous chantez une bien belle petite musique......
a écrit le 24/01/2018 à 11:24 :
Chômage des jeunes : une situation toujours préoccupante

idem pour le chômage des séniors,

toutes les générations sont concernées par les plans sociaux massifs

L'effet Macron Philippe LREModem, c'est la multiplication exponentielle des plans sociaux MASSIFS depuis quelques mois ;

Seraient-cet les ordonnances qui permettent de liquider boucler fermer les entreprises et massacrer le tissus industriel ?
a écrit le 24/01/2018 à 10:46 :
la cocote est toujours sous pression ! la jeunesse va finir par se révolter devant cette équipée dilettantisme qui s exulte
a écrit le 24/01/2018 à 8:54 :
Reprendre les paroles de Penicaud est ballot, hier j'ai lu une citation d'elle sur une dépêche afp, c'est simple je n'ai absolument rien compris. Et les autres d'ailleurs ne sont pas bien mieux.

"Pourtant, l'expérience étrangère, en Europe ou ailleurs, démontre qu'il n'y a aucune fatalité : pour améliorer la situation des jeunes, il faut cibler les moyens sur ceux qui sont en difficulté et combattre de manière massive les vraies barrières.""

Quoi !? Lutter contre les inégalités !? Mais ça va nous enlever de la marge bénéficiaire ça ! ET si on ne peut pas mettre cet argent dans les paradis fiscaux qu'allons nous devenir ? Qu'ils se débrouillent les gueux !
a écrit le 24/01/2018 à 7:46 :
Pour réduire le chomage il faut appliquer la note n°6 du CAE. Qui le comprendra?
Réponse de le 24/01/2018 à 9:50 :
" la note n°6 du CAE"

Note de douze pages sur l'énergie, indigeste au possible, donc avant de le comprendre comme vous dites il faudrait la lire et quand vous l'avez vu croyez moi que vous n'avez plus du tout envie de la comprendre.

Bref selon vous il faut payer l’électricité plus cher et ce, à tous les coups, pour entretenir le parc nucléaire non ?

On peut en parler si vous voulez mais hélas impossible de ne pas déplorer que vous y avez forcément intérêt à conseiller de lire des notes indigestes orientées.

Vous êtes un rigolo.
Réponse de le 24/01/2018 à 13:19 :
Merci, merci pour votre réponse. En effet, la lecture des dix premières pages est indigeste; il suffit de lire les pages 11 et 12, et surtout la 12; c'est même un exemple de concision; quelques articles de quelques lignes seulement. Par exemple, répartir les cotisations sociales sur le travail et sur l'énergie. Il manque cependant un développement de l'idée d'une allocation pour rétablir l'équité.
Réponse de le 24/01/2018 à 13:34 :
Suite de la réponse. Le problème ne se résume pas à payer l'énergie plus chère, mais de répartir les charges sociales sans augmenter le niveau du prélèvement. C'est ce qu'on appelle "le double dividende". C'est difficile à concevoir pour un esprit cartésien basé sur l'analyse. Il faut aborder la synthèse. Encore merci.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :