Chômage partiel : la crise n'a pas épargné les cadres

 |  | 661 mots
Lecture 4 min.
(Crédits : Reuters/Gonzalo Fuentes)
Plus d'une personne sur cinq placée en chômage partiel était un cadre en 2020 selon une récente étude du ministère du Travail.

Le chômage partiel a concerné toutes les catégories de travailleurs. C'est le bilan tiré d'une enquête menée par la direction statistique du ministère du Travail (Dares) rendue publique ce mardi 20 avril. Malgré la possibilité de faire du travail à distance, les cadres ont représenté plus de 21% des personnes en chômage partiel au cours de l'été 2020 alors que leur proportion dans la population salariée était d'environ 19% en 2019.

Avant cette pandémie, seuls 6% des salariés placés en chômage partiel étaient des cadres sur la période 2015-2019. "Les cadres sont tout autant bénéficiaires de l'activité partielle que les autres catégories socioprofessionnelles" a rappelé le président du comité de suivi et d'évaluation des aides Benoît Coeuré lors d'un point presse ce mardi matin consacré à la présentation d'un rapport intermédiaire. Globalement salué par la plupart des économistes, ce dispositif est monté en puissance rapidement en France, entraînant parfois des "effets d'aubaine" et des fraudes avérées. Sa vocation universelle peut sans surprise faciliter ce type de risque surtout au début de la crise où le délai d'acceptation implicite de la demande a été réduite de 15 jours à deux jours jusqu'au premier octobre 2020. Ce délai a par la suite été allongé pour éviter les escroqueries.

> Lire aussi : Aides aux entreprises : plus de 200 milliards d'euros mobilisés depuis un an

La part des cadres a dépassé celle ouvriers en 2020

La note dévoilée par les experts du ministère du Travail n'apporte pas de facteurs d'explication précis sur cette montée en puissance de l'activité partielle chez les cadres. Il faut néanmoins rappeler que le poids des cadres dans la population active a pour la première fois en quarante ans dépassé celle des ouvriers au cours de l'année 2020.

Dans de récents travaux les statisticiens de l'Insee ont montré la proportion de cadres est passée de 7% à 20% depuis le début des années 80. A l'opposé, la part des ouvriers est passée de 30% à 19% sur la même période. "Au début des années 1980, les ouvriers étaient près de 4 fois plus nombreux que les cadres", avait complété l'Insee. Le délitement du tissu industriel avec les vagues de délocalisations et la transformation de l'économie française vers les services ont profondément bouleversé la composition de la population active.

A cela s'ajoute l'ampleur de la crise sanitaire qui a frappé l'ensemble des secteurs. De l'industrie aux services, la grande majorité des métiers ont connu une baisse de l'activité hormis quelques secteurs comme la santé, le commerce en ligne, l'agroalimentaire ou encore l'immobilier.

Une très forte proportion d'employés en chômage partiel

L'autre enseignement important de l'étude de la Dares est que les employés et techniciens ont représenté parfois 60% des effectifs au chômage technique alors qu'ils représentaient 51% de l'emploi salarié en 2019. La fermeture administrative de plusieurs secteurs comme l'hôtellerie, la restauration faisant appel à un grand nombre ce type de métiers peux expliquer de tels chiffres. En outre, la grande majorité des tâches réalisées dans ces métiers s'effectuent sur le terrain. Quant aux ouvriers, si le taux de recours au chômage partiel a atteint un pic au mois de mars à 38% avec la fermeture d'un grand nombre d'usines et de chantiers, il n'a cessé de baisser depuis.

Si beaucoup de secteurs se sont adaptés aux différentes mesures d'endiguement depuis le premier confinement, l'évolution de l'épidémie demeure la boussole de l'activité économique. Le dispositif de chômage partiel risque encore de fonctionner pendant plusieurs semaines tant que le niveau de contamination restera à un niveau élevé. La sortie de crise et le débranchement des aides pourrait faire des dégâts si le gouvernement décide de serrer la vis trop tôt.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/04/2021 à 11:12 :
Si les nouveaux esclaves sont eux aussi au chomage c'est que cette crise est vraiment grave.
a écrit le 21/04/2021 à 9:57 :
Je vais pas pleurer, car 80 % de 4000 euros , c'est plus sympa que 2000 non?
Le chômage lorsque l'on est cadre est plus facile que pour les non cadres, et si l'on ajoute le fait que les grands gagnants sont les cadres disposants d'une maison secondaire, nous avons pu le voir pour Paris.......

Et comme il n'y a pas des tonnes de cadres la ou (93) il y a eu le plus de morts et la plus grande perte de pouvoir d'HA, du coup au moins on se préoccupe d'eux médiatiquement, tant mieux... Par contre, aucune questions a ceux qui touchent le RSA depuis le début du covid.
Réponse de le 21/04/2021 à 12:38 :
Le chômage partiel est une forme élaborée de protection d'un salarié, par rapport aux précaires, aux indépendants, aux chômeurs ou aux intermittents.

Le fait que les cadres en ont bénéficié plus que les autres, démontre plutôt à mes yeux qu'ils ont été plus protégés que la moyenne.
Avec le COVID c'est plus d'un million de CDD et autres contrats précaires qui ont été terminés, et les victimes n'ont ni chômage à 80%, ni emploi garanti à la sortie.
Réponse de le 22/04/2021 à 9:24 :
@gonzague a écrit le 21/04/2021 à 9:57
Fake News Le salaire brut médian des cadres est € 49 000/an en 2021 (source APEC) donc on est loin des 80% qui gagne € 4000/mois comme vous le prétendez.
De plus, il y a cadre et "bombardé cadre" car le plafond sécu est environ
€ 41 000/an, il y a beaucoup de cadres qui ne cotisent pas au régime des cadres mais doivent recevoir quelques points "cadre" (pas certain que cela soit le cas maintenant car le système a changé).
Cordialement

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :