La Tribune - Quelles sont les conséquences de la chute du gouvernement Bayrou pour l'économie française?
Anthony Morlet-Lavidalie - Ce que l'on peut dire à ce stade, c'est que cela va immédiatement augmenter l'incertitude dans l'ensemble du pays. Cela va notamment affecter deux grands agents que sont les entreprises et les ménages. L'investissement des entreprises peut être très rapidement ajusté à la baisse en cas de manque de visibilité. Les entreprises pourraient essayer de garder de la trésorerie et ne pas engager leurs dépenses d'investissement face à une dégradation de la conjoncture.
Du côté des ménages, plus d'attentisme également. Cela peut se traduire par moins d'investissements, moins d'achats immobiliers. Mais surtout, alors que le taux d'épargne des ménages est déjà à un niveau historiquement élevé de 19 %, ces derniers pourraient continuer d'épargner et nous nous retrouverions avec une consommation bridée, ou en tout cas un redémarrage moins progressif qu'anticipé jusqu'alors.
La trajectoire du déficit public sera a priori plus dégradée qu'attendu, puisque le budget Bayrou avait vocation à ramener le déficit public à 4,6 % du PIB en 2026, après 5,4 % en 2025. Il y a aussi un risque de choc financier, après la tension sur les écarts de taux avec l'Allemagne et d'autres. La France est désormais extraordinairement déclassée dans la hiérarchie des pays européens et emprunte plus cher que la Belgique, le Portugal ou l'Espagne. Cela pourrait s'amplifier, puisque ce vendredi 12 septembre, [l'agence] Fitch, qui va rendre son jugement sur la notation française, pourrait la dégrader en simple A et les autres agences de notation pourraient suivre.