Compte personnel de formation : un bilan en demi-teinte

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La durée moyenne des formations a diminué entre 2015 (117 heures) et 2018 (88 heures).
La durée moyenne des formations a diminué entre 2015 (117 heures) et 2018 (88 heures). (Crédits : Benoit Tessier)
Si le nombre de salariés ayant suivi une formation via leur compte personnel de formation (CPF) a bondi entre 2015 et 2018, ce dispositif bénéficie avant tout aux plus diplômés et aux cadres.

Le gouvernement devrait se féliciter de la montée en puissance du compte personnel de formation. Selon une étude publiée par le service de statistiques du ministère du Travail (Dares) ce mercredi 19 février, près de 900.000 formations ont été suivies par les salariés du privé entre 2015 et 2018. Ce dispositif mis en oeuvre en 2015 sous la majorité précédente a connu des débuts difficiles avant de séduire de plus en plus d'actifs sur la période étudiée. Ainsi, le nombre de dossiers a bondi entre 2015 (53.000) et 2018 (383.000). "Les inscriptions continuent de s'accroître à un rythme soutenu" a expliqué Cindy Balmat, chargée d'études à la Dares, lors d'un point presse.

En outre, avec le lancement de l'application mon compte personnel à l'automne dernier, le gouvernement espère accroître encore les demandes. Selon un bilan communiqué jeudi 13 février, l'application a été téléchargée 967.000 fois depuis son lancement. Il reste que d'après les statistiques communiquées par le ministère de la rue de Grenelle, l'usage de cet instrument est resté pendant ces quatre premières années très limité. S'il améliore la portabilité des droits pour les actifs, le CPF est encore loin d'avoir atteint l'objectif de toucher un maximum de travailleurs et de demandeurs d'emploi. Surtout, il continue de laisser au bord de la route les actifs qui auraient le plus besoin de formation qualifiante.

Une très faible minorité de salariés mobilise le CPF

Le bilan chiffré dressé par les statisticiens montre que le taux de recours au CPF a atteint seulement 1,7% chez les salariés du secteur privé. "Le principal blocage que les salariés évoquent lors des enquêtes pour suivre une formation est le manque de temps, plus qu'un problème de financement", explique la Dares. Cette moyenne masque néanmoins quelques disparités selon les catégories socioprofessionnelles. Chez les cadres et professions intellectuelles supérieures, ce taux de recours s'élève à 2,7% contre seulement 1% chez les ouvriers. Surtout, la proportion de cadres ayant recours à une formation CPF a été multipliée par 7 entre 2015 et 2018 (0,4% en 2015) contre 5 chez les ouvriers (0,2% en 2015) et "cet écart tend à s'accroître".

Par catégories d'âge, ce sont les 25-44 ans qui sollicitent le plus cet outil (2,2%). Viennent ensuite les plus de 45 ans (1,4%). En revanche, les jeunes de moins de 25 ans ont eu assez peu recours à ce dispositif (0,8%). Enfin, il y a une surreprésentation des salariés diplômés de l'enseignement supérieur ayant eu recours au CPF (57,5%) alors qu'ils ne représentent que 40,8% des salariés du privé. À l'opposé les titulaires ayant un niveau CAP, BEP sont beaucoup moins nombreux en proportion.

Stabilisation chez les demandeurs d'emploi

Chez les inscrits à Pôle emploi, les formations se stabilisent. Après avoir connu un sommet en 2016 (209.000) au moment de la montée en puissance du plan 500.000 formations lancé sous François Hollande, le nombre de dossiers de formation déposés par les demandeurs d'emploi a chuté pour s'établir autour de 150.000 depuis 2017. Le taux de recours demeure également assez faible chez les inscrits à l'agence publique (2,1%). "Les heures CPF sont insuffisantes pour suivre une formation lorsque l'on est demandeur d'emploi", explique la Dares. Contrairement aux formations des salariés qui sont financées en grande majorité par les heures acquises, les formations suivies par les demandeurs d'emploi nécessitent des financements complémentaires, parfois plus difficiles à obtenir.

Les formations en langues vivantes et en informatique plébiscitées

Les offres de formation accessibles dans le cadre du CPF sont pléthoriques. Le ministère du Travail a ainsi recensé 12.500 certifications éligibles au CPF. Sur l'ensemble du catalogue, les salariés privilégient une dizaine de formations. Ainsi, 38%, des salariés ayant suivi une formation en 2018 ont choisi une langue vivante. Dans une très grande majorité des cas, ces formations correspondent à une préparation à des tests de langues comme le TOEIC parfois indispensables dans certains métiers. Viennent ensuite les formations en informatique (66,4 % d'entre eux préparent la certification informatique TOSA et 14,5 % la certification PCIE). Enfin, les transports et la manutention arrivent en troisième position avec 11,7% de salariés.

1.040 euros sur les comptes personnels de formation

La conversion du nombre d'heures allouées chaque année en crédits pour la formation en euros "a eu pour conséquence une meilleure visibilité du budget de formation des salariés", explique une étude de la caisse des dépôts rendue publique ce mercredi 19 février. Sur la période 2015-2018, une année travaillée à temps plein permettait à un salarié de monétiser environ 24 heures (soit 360 euros). Au maximum, les salariés pouvaient cumuler environ 1.440 euros de droits entre 2015 et 2018. Depuis 2019, avec le changement de règles, une année complète permet de cumuler 500 euros de crédits au maximum.

Il apparaît que à la fin du mois d'octobre dernier, 69 heures créditées, soit 1.040 euros étaient disponibles en moyenne sur les comptes CPF des Français. En outre, en prenant en compte les heures cumulées grâce au droit individuel à la formation (DIF) qui ne sont pas déclarées (ancien dispositif de la formation professionnelle), les comptes CPF atteindraient près de 2.000 euros.

Un coût moyen de 2.400 euros

Les travaux de la caisse des dépôts indiquent que le coût moyen de la formation est d'environ 2.400 euros. Derrière cette moyenne, les coûts peuvent osciller très fortement. La durée, le domaine peuvent être des facteurs de poids dans le prix des formations. En 2018, le coût moyen d'une formation en langue s'élevait à 2.067 euros pour une durée moyenne de 57 heures en moyenne par exemple. Du côté de l'informatique, les formations coûtent en moyenne 1.723 euros pour une durée similaire de 57 heures en moyenne. Enfin, les formations suivies dans les transports s'élèvent à 1.228 euros pour une durée moyenne de 58 heures.

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Commentaires
a écrit le 20/02/2020 à 22:28 :
Je trouve ça trompeur de faire des comparaisons en euros entre 2015 et 2018 alors que les compteurs étaient en heures. Sur la période 2015-2108 un salarié cumulait 24h par an, soit suffisamment pour effectuer, par exemple, un bilan de compétences dont les prix varient entre 1500€ et 2000€. Jusqu’en 2018, il fallait donc travailler 1 an pour se payer un bilan de compétences (ou un PCIE), maintenant il faudra travailler entre 3 et 4 ans ! Il me semble donc erroné d’avancer 360€ de gain par an entre 2015 et 2018. En ramenant à l’unité de cette période, on était plutôt à 1800€/2000€
a écrit le 19/02/2020 à 19:45 :
le toefl, c'est bien
si vous voulez apprendre l'anglais, allez dans des pubs
oui, c'est sur, c'est pas rembourse par la secu
' good idea, i keep it ' under the elbow'', comme on dit en france ( chez ceux qui ne se sont pas vu interdire l'anglais a l'ecole par les amis et amies a hollande car c'est elitiste donc stigmatisant')

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