Croissance de la France : les bémols de Didier Migaud

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Le Haut conseil des finances publiques, présidé par Didier Migaud, actuel président de la Cour des comptes, s'inquiète notamment d'un potentiel risque de déstabilisation des relations commerciales internationales.
Le Haut conseil des finances publiques, présidé par Didier Migaud, actuel président de la Cour des comptes, s'inquiète notamment d'un potentiel risque de déstabilisation des relations commerciales internationales. (Crédits : Charles Platiau)
Didier Migaud, président du Haut conseil des finances publiques, exprime quelques réserves sur le "programme de stabilité" budgétaire, présenté mercredi dernier par le gouvernement, lequel a relevé sa prévision de croissance à 2% cette année, au lieu des 1,7% jusque-là annoncés.

Des menaces pèsent sur la croissance. Dans un avis rendu public le 13 avril dernier, le Haut conseil des finances publiques (HCFP)  a souligné quelques facteurs d'incertitude qui pourraient peser sur l'activité française. Si l'institution juge que les prévisions macroéconomiques du gouvernement sont "réalistes", elle reste prudente à cause notamment des points faibles de l'économie française tels que le commerce extérieur ou la compétitivité hors-prix.

Une contexte international incertain

Le premier facteur d'incertitude pour les auteurs de l'avis repose avant tout sur la politique économique actuellement menée par le président américain Donald Trump. La mise en place d'une politique budgétaire très expansive risque "d'alimenter plus que prévu l'inflation et d'accélérer le resserrement de la politique monétaire [...] dans une économie proche du plein emploi." L'instauration de mesures protectionnistes par l'administration américaine et les réponses des pays concernés "constituent une menace importante à moyen terme pour les échanges commerciaux et pour la croissance mondiale. Les tensions géopolitiques demeurent par ailleurs très fortes au niveau mondial."

Les autres menaces mises en avant dans l'avis du conseil concernent la poursuite de la hausse des cours du pétrole qui pourrait augmenter la facture pour les entreprises et l'appréciation de l'euro qui "pourrait affecter la croissance de la zone euro". L'activité dans l'union monétaire pourrait également ralentir en raison des incertitudes "qui caractérisent la situation politique de certain pays". L'Italie, qui traverse actuellement une phase de négociations pour la mise en place d'un nouveau gouvernement, interroge de nombreux dirigeants européens sur la configuration du nouvel exécutif. La montée des populismes et de l'euroscepticisme pourraient affaiblir la confiances des investisseurs.

Des prévisions atteignables

S'agissant de 2019, la croissance de 1,9% attendue en France est qualifiée d'"atteignable", même si le Haut Conseil souligne que la majorité des autres prévisions publiées à ce jour anticipent un ralentissement un peu plus marqué par rapport à 2018. En revanche, il qualifie d'"optimiste" le scénario d'un PIB qui progresserait au rythme de 1,7% par an entre 2020 et 2022.

Il signifierait selon lui que la croissance effective de l'économie française se maintiendrait au-dessus de sa croissance potentielle sur toute la période car les hypothèses du gouvernement conduisent à une "quasi-fermeture dès 2018 de l'écart de production (différence entre la croissance réelle et la croissance potentielle)" accumulé ces dernières années.

De plus, "le scénario du gouvernement est construit en formulant implicitement l'hypothèse que l'environnement international de l'économie française demeurerait stable à l'horizon 2022", ce qui n'est pas acquis.

Il retient aussi un effort structurel sur les finances publiques devenant plus important à partir de 2019 mais sans que cette orientation plus restrictive de la politique budgétaire ne semble avoir de conséquence sensible sur la croissance.

Le Haut conseil relève enfin que la remontée des taux d'intérêt retenue par le gouvernement "devrait également avoir pour effet de freiner la demande globale à cet horizon", ce qui ne sera pas sans conséquence sur la croissance.

(Avec agences)

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a écrit le 18/04/2018 à 7:39 :
Trop d'Hommes Politiques, aucun Homme d'Etat! Imagine-t-on le Général de Gaulle à la traine du Président des USA? Il semble que l'ENA n'enseigne pas l'arithmétique puisque tous nos présidents (la majuscule est de trop) énarques sortant de ce machin ignorent que le résultat (excédent ou déficit) budgétaire est la différence entre recettes et dépenses. Un signe de bon sens et d'économie de Notre-Président-Bien-Aimé-Que-Le-Pape-Bénisse serait de virer ce ministère (qui assume ses dépenses à nos dépens) et de nommer une main (cinq!) de Ministres ayant le souci de l'Etat et le respect des Citoyens, choses que la basse-cour qui nous gouverne ignore. Quant-à nos députés,....! Sont-ce les nôtres, au fait? Merci à Notre-Président-Bien.... etc de nous laisser espérer un impôt nouveau; pardon: une Idée Intéressante! Que l'Enfer l'engloutisse! Ah! C'est vrai! L'Enfer n'existe plus!
a écrit le 18/04/2018 à 6:09 :
Le ver dans la pomme c'est le fait qu'il n'y dans les accords mondiaux rien pour empêcher qu'un pays n’essaye de résoudre ses problèmes de chômage aux dépens des autres pays par des exportations excédentaires, comme le font surtout l'Allemagne et la Chine actuellement, et demain l'Inde peut-être ?
Le seul espoir est que Trump y mette un terme.
Malgré un premier petit succès avec la Chine, j'en doute beaucoup.
a écrit le 17/04/2018 à 18:17 :
Amen mon père, désolé d'avoir essayé de parler durant votre messe...
a écrit le 17/04/2018 à 18:08 :
La France n'a rien pour réussir.
Trop de dettes, trop d'endettement, trop d'immigration non qualifiée.
Pas de vrais réformes, pas de fonds de pension.
On a juste de la chance d'être tiré par l'extérieur mais la future crise boursière va arriver d'ici 2019 2020.
Et là on sera mal avec notre niveau élevé de dépenses publiques !
Réponse de le 17/04/2018 à 20:12 :
@ chris

La France aurait des chances de réussite si l'État avait un minimum de discipline budgétaire et si on ne s'était pas laisser-aller à un défaitisme chronique et mortifère. La France vit nettement au-dessus de ses moyens.

Et c'est sans compter la désindustrialisation qui arrive à son apogée, le déficit du commerce extérieur qui reste inquiétant et difficile à résorber, un taux de chômage encore trop élevé dans une conjoncture économique mondiale tout à fait exceptionnelle, l'exode des capitaux et des jeunes diplômés vers le reste de l'Europe et l'Amérique du Nord, etc.

La France se déclasse de l'Allemagne encore un peu plus à chaque année et se rapproche de plus en plus de l'Italie et de l'Espagne, mais avec moins de volonté politique et de handicaps.

Et vous avez parfaitement raison, et à la prochaine crise dans les 12 à 18 prochains mois, la France est encore en bien moins bonne posture qu'en 2007-2008 et la BCE n'a à peu près plus de munitions pour être capable d'intervenir de façon efficace. À partir de là, tous les scénarios vont être mis sur la table, et on verra la vraie capacité de résilience de la France.
Réponse de le 17/04/2018 à 21:44 :
La France n'a rien a réussir parce que son élite a signé pour ses intérêts, mais pas pour la France! Loin d'être absurde?
a écrit le 17/04/2018 à 16:21 :
Ca n'a rien de nouveau.
Les mêmes "experts" qui ont fait le programme de Hollande en 2012, celui de Sarkozy en 2007 sont toujours à Bercy et leurs recettes ne changenet pas.
Il va y avoir de la croissance donc pas besoin de travailler la partie dépense puisque de toutes les facons la partie recettes ne peux plus que marginalement monter.
Ca n'a pas besoin d'être réaliste c'est juste ce que leurs chefs veulent entendre.
a écrit le 17/04/2018 à 15:32 :
La priorité est de terminer avec cette dette monstrueuse en utilisant tous les moyens y compris la question de la création monétaire véritable rente pour les banques privées. Puisque nous sommes capables de bombarder la Syrie et bien action pour cette dette.

https://www.latribune.fr/economie/international/les-suisses-voteront-pour-oter-aux-banques-leur-pouvoir-de-creation-monetaire-539180.html
Réponse de le 17/04/2018 à 21:47 :
Depuis que l'on loue "notre" monnaie cela nous revient très cher!
a écrit le 17/04/2018 à 9:29 :
en gros, la croissance dépend d'éléments extérieurs.
UBS disait il y a quelques jours que la France a les meilleures perspectives de la zone Euro à moyen/long terme.
les éléments ci-dessous sur la compétitivité hors-prix sont effectivement encourageants :
La France est 1ère des études Eurostat sur les morts évitables (06/2017 et 05/2016), grâce à un très bon système de santé. Voir aussi : "US ranks last on preventable deaths", Commonwealth Fund, 09/2011.
Et la France a la plus faible part de dépenses d'administration dans la dépense totale de santé avec le Japon, les USA et l'Allemagne étant les moins bien positionnés (étude Harvard/LSE résumée sur le site du Commonwealth Fund : "Health care spending in the US and other high-income countries", Commonwealth Fund, 03/2018).
La formation, l'innovation et le management français doivent y être pour quelque chose...
Les Français ont été classés 3e à l'Euroskills 2016 (championnat des Métiers/de l'Apprentissage), devant Allemagne et UK. 7e des Worldskills 2017.
Mohed Altrad, immigré syrien parti de rien, désigné entrepreneur mondial de l'année 2015 par le cabinet EY.
Trois Français dans le Top 10 des patrons les plus performants au monde (Harvard Business Review, 2016 & 2017).
Trois Français dans les 10 des dirigeants d'entreprise les mieux payés au Japon (Bloomberg, 07/2016).
Seuls 23% des diplômés français du supérieur sont sous-employés (ont un "non graduate job") contre 58% au UK, 38% en Espagne, 35% en Suède et Irlande (Chartered Institute of Personnel & Development, 2015). 44% aux US (Federal Reserve Bank of NY, 04/2017).
Les diplômés des établissements français du supérieur sont les mieux payés - avec les diplômés suisses - en Europe (emolument.com, 08/2016).
Très bons classements de la France en R&D/innovation :
Clarivate/Thomson Reuters Top 100 Global Innovators (3e derrière US et Japon, devant l'Allemagne ; pas de représentant du UK), Top 25 Reuters des Instituts de Recherche les plus innovants (CEA en 2e position ; 4 Instituts dans le Top 15), Deloitte Tech Fast 500 EMEA (France, 1er pays pour la septième année consécutive), PWC Cities of Opportunity 2016 (Paris, 3e métropole mondiale en capital intellectuel/innovation), Robocup Soccer (ENSEIRB Bordeaux vainqueur en 2016 & 2017), etc...
L'effort de R&D français des entreprises, corrigé de la structure industrielle du pays, est dans les plus élevés avec les scandinaves et le Japon (données OCDE dans "The UK R&D Landscape", University of Cambridge, 2012).
25% de la R&D des entreprises est faite par les PME, contre 10% en Allemagne (OCDE).
"Comment la fiscalité a boosté l'innovation des PME", Le Journal des Entreprises, 15/01/2018.
L'effort de R&D du secteur manufacturier français porte majoritairement sur la "high tech" (données OCDE dans "The UK R&D Landscape", University of Cambridge, 2012).
Avec 10,1 chercheurs pour 1000 salariés, la France est bien positionnée (OCDE).
La France a un meilleur ratio brevets obtenus/demandes de brevets que USA, Allemagne, Corée Sud, Suède, Danemark, Finlande, Pays-Bas, Suisse, Canada, UK ou Chine (d'après les World Intellectual Property Indicators de l'OMPI). D'ou le bon résultat au classement Clarivate/Thomson Reuters Top 100 Global Innovators.
Magazine L'Expansion, 09/2012 : les ingénieurs français d'IBM se sont montrés bien plus efficaces que les collègues des autres pays dans le développement d'applications, dans le cadre d'une compétition interne à l'entreprise. Cohérent avec le très bon classement de la France en productivité horaire (OCDE).
Les formations françaises à la programmation informatique sont au top (CodinGame).
La France tend à remplacer des jobs moyennement qualifiés plutôt par des jobs plus qualifiés, alors que le UK tend à remplacer plutôt par des moins qualifiés ("UK economy shows shift to low-skilled jobs", Financial Times, 01/2015).
La DARES (Ministère du Travail) a confirmé en avril 2015 et janvier 2017 que l'emploi qualifié/très qualifié a beaucoup progressé en France sur les 30 dernières années.
Le nombre d'entreprises des secteurs "high tech" a quasiment doublé en France entre 2009 et 2014 (Eurostat), seuls les Pays-Bas ayant fait aussi bien parmi les pays développés de l'UE.
D'ou la domination française du classement Deloitte Tech Fast 500 EMEA ces dernières années, probablement.
etc...
Réponse de le 17/04/2018 à 10:20 :
Désolé pour le côté rabat joie, car incontestablement on a tous les atouts en main, sauf qu'un équilibre semble rompu.
Celui des finances publiques en premier lieu. Ce n’est pas nouveau, la question étant de savoir si c’est encore et toujours aux classes moyennes de payer ?
Qu’il y ait une élite c’est incontestable, mais qu’en est-il de l’égalité, de la justice, de la fraternité, des libertés, etc… ?
A force de voir des inégalités de traitement ou d’en avoir le sentiment, les Français se sont crispés et restent bloqués à défendre chacun son petit privilège, ou ce qui y ressemble. Pour preuve des blocages, la quasi obligation de faire passer des réformes « de gré ou de force », alors qua dans une société normalement constituée une simple explication rationnelle devrait théoriquement suffire. A croire que toute action politique devient suspecte. Les politiques, toutes tendances confondues sont pour beaucoup dans ce climat malsain. Faute d’avoir été exemplaires et à défaut d‘avoir réussi à faire évoluer sur la durée, ils se sont pour beaucoup contentés de faire du clientélisme et de profiter de la situation, en se reposant d’ailleurs sur les réussites exemplaires que vous énumérez.

Il va falloir des sacrées preuves de confiance et une mobilisation collective, un élan, pour redresser la situation. Sinon on aura toujours une élite, mais qui devrait rapidement se faire déborder par des populismes des tous ordres. En lieu et place de réformes de haut vol, on risque « un nivèlement par le bas ». Sombre perspective.
Réponse de le 17/04/2018 à 10:54 :
Et aussi 3,2 millions de français exposés à un risque élevé au syndrome d'épuisement professionnel (burn-out) . La Dépêche 17/04 .
Réponse de le 17/04/2018 à 11:19 :
les politiques et l'Administration n'ont pas fait du si mauvais boulot d'après mes données ci-dessus (je pourrais en rajouter un tas d'autres, que j'ai déjà publiées sur La Tribune).
le nivellement par le bas (la "race to the bottom"), il vient des partenaires de la France. on leur doit notamment l'essentiel de notre excès de dette publique.
tu comprends ce que je veux dire, Velka ?
Réponse de le 17/04/2018 à 13:21 :
c'est drôle de baser tout sur des statistiques alors que la réalité est très nettement moins brillante
Réponse de le 18/04/2018 à 10:24 :
GFX, l'indecrottable optimiste. Cocorico.
a écrit le 17/04/2018 à 9:11 :
Une croissance de 2% malgré les taux de la BCE à 0% c'est peu.
Il y a un ver dans la pomme.
Et les pays périphériques de l'UE feront encore moins bien, forcement.

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