Derrière l'affaire Pegasus, une nouvelle géopolitique des écoutes
Marc Endeweld
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
iStock
Marc Endeweld
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
iStock
Les révélations journalistiques sur le logiciel d'espionnage Pegasus ont provoqué un véritable séisme au niveau international. En France pourtant, les réactions politiques furent relativement timides, jusqu'à ce qu'on apprenne que le chef de l'Etat lui-même, aurait pu être une cible. Pour montrer l'extrême gravité de la situation, Emmanuel Macron décida de convoquer à l'Elysée un conseil de défense exceptionnel.
Outre les réactions gênés du fait des États mis en cause (Maroc, Israël notamment), on trouve également beaucoup d'hypocrisie dans la plupart des réactions de la classe politique française. Car au temps de cette nouvelle globalisation, la saine compétition économique a laissé la place à une guerre économique sans merci où tous les coups sont permis. C'est d'ailleurs pourquoi Guillaume Poupard, le directeur de l'Agence nationale de sécurité des systèmes d'information (ANSSI), a profité de cette semaine pour alerter, à travers un statut sur son profil LinkedIn, sur une autre menace, « une vaste campagne de compromission, toujours en cours et particulièrement virulente, touchant de nombreuses entités françaises. Elle est conduite par le mode opératoire APT31. » Derrière ce nom de code, on trouve la Chine qui attaquerait actuellement numériquement plusieurs « entités » françaises.
C'est un secret de polichinelle : toutes les puissances réalisent aujourd'hui des captations électroniques à grande échelle. Officiellement, pour lutter contre le terrorisme. En réalité, ce renseignement numérique concerne avant tout la guerre économique entre nations parfois amies, et la lutte pour le leadership mondial. À ce petit jeu, la France n'est d'ailleurs pas la moins mal placée avec l'expertise et la puissance de feu de la direction technique de la DGSE, qui sait parler d'égal à égal avec la NSA américaine.
À lire également
Et pourtant : avec l'affaire Pegasus, ce qui frappe, c'est l'extrême vulnérabilité de l'Europe face aux attaques électroniques. Les pays européens, même disposant de moyens techniques comme la France, semblent être des cibles de choix. La société israélienne NSO qui a créé le logiciel Pegasus empêche au contraire ses différents clients de pouvoir espionner tout citoyen des grandes puissances que sont les États-Unis, la Russie et la Chine. Manifestement, il existe donc un véritable pacte de non agression entre ces pays et Israël.
Marc Endeweld